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RIDERS OF JUSTICE

Un vélo volé, un licenciement, un accident de train… Coïncidence ou lien de causalité ? L’analyste de données Otto se penche sur la question avec l’aide de son collègue excentrique Lennart et de leur ami encore plus étrange, Emmenthaler. Avec le soldat professionnel Markus, qui a perdu sa femme dans l’épave du train, les hommes se transforment en anges de colère.

Critique du film

Encore injustement méconnu à l’international, et notamment dans l’hexagone, le prolifique Anders Thomas Jensen n’a pourtant rien d’un novice. Considéré dans son pays d’origine comme l’un des scénaristes les plus talentueux du Danemark, il a signé en tant que réalisateur des comédies noires singulières et savoureuses telles que Les bouchers verts, Adam’s Apple et, plus récemment, Men & Chicken, dont les répliques ahurissantes et l’humour absurde les ont consacrées au rang de pépites discrètement chéries par certains cinéphiles. Moins fréquemment installé dans le fauteuil du réalisateur, il s’est fait principalement (re)connaître en signant les scénarios de plusieurs œuvres reconnues telles que Open hearts, Brothers et After the wedding, pour Susanne Bier, mais aussi The salvation pour Kristian Levring et La duchesse avec Keira Knightley.

Paradoxalement, son nouveau long-métrage, Riders of justice ressemble à un alliage de son travail personnel et de ses fructueuses collaborations. Toujours aussi drôle et atypique dans sa tonalité, cette comédie dramatique noire gagne en maturité et sérieux. Car, derrière l’absurdité de certaines situations, il signe un drame touchant sur le destin et les périodes sombres de la vie qui peuvent amener à remettre en question notre raison d’être, surtout lorsqu’une suite d’événements invite brutalement la tragédie à la table familiale.

Le sens de la vie

Au centre du film, on retrouve Markus, soldat surentraîné rapatrié d’une zone de guerre suite au décès soudain de sa femme, se montre intransigeant envers sa fille qui, elle, cherche une explication logique pour expliquer la terrible disparition de sa mère. Entre sa volonté de rédemption et le feu de la colère qui le consume, l’amenant à envisager une mission de représailles, il perd définitivement pied avec ce qui demeure essentiel lorsqu’Otto et ses compères remettent en question la thèse de l’accident.

Dans ce périlleux exercice d’équilibriste, entre le questionnement existentiel et ses élans nihilistes, Jensen parvient à traiter ces thèmes tout en ménageant ce qu’il faut de place à sa comédie noire – sans que cela n’entrave l’impact émotionnel du film. Sa galerie de protagonistes boiteux, tous brisés par la vie, créé l’empathie. De Nikolaj Lie Kaas à Mads Mikkelsen, en passant par Andrea Heick Gadeberg, Nicolas Bro, Lars Brygmann et Roland Moller (vu récemment dans Bluebird), sa distribution d’acteurs, sur des registres tout à fait différents, fait le reste. Présenté en ouverture du Festival de Rotterdam, le film devrait bénéficier d’une sortie française sous la bannière SND.

Bande-annonce

2021 – De Anders Thomas Jensen, avec Mads MikkelsenNikolaj Lie Kaas