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LA VIE D’ADÈLE : CHAP. 1 & 2

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Chef d'oeuvre

A 15 ans, Adèle ne se pose pas de question : une fille, ça sort avec des garçons. Sa vie bascule le jour où elle rencontre Emma, une jeune femme aux cheveux bleus, qui lui fait découvrir le désir et lui permettra de s’affirmer en tant que femme et adulte. Face au regard des autres Adèle grandit, se cherche, se perd, se trouve…

Depuis sa présentation à Cannes où il était en compétition et dont il est reparti avec la consécration suprême, la Palme d’Or, tout le monde s’accorde pour dire que La vie d’Adèle est le film de l’année voire de la décennie. Devant tant de critiques dithyrambiques et un enthousiasme quasi-unanime, la méfiance est de rigueur. 

Palme et enthousiasme légitimes ?

C’est donc vigilant que l’on découvre cette fameuse Palme à l’occasion de l’avant-première organisée dans le cadre du Festival Paris Cinéma. Dès les premières séquences, comme pour le très bon Suzanne qui suit lui aussi le destin d’une jeune femme sur plusieurs années, le train démarre et le scepticisme s’évapore devant tant de justesse et de sensibilité. La jeune Adèle Exarchopoulos crève littéralement l’écran dans ce rôle principal que lui offre Kechiche. Il la filme avec une passion dévorante, ne comptant pas ses gros plans d’une beauté et d’une poésie sidérantes. Le spectateur, lui, se prend très vite d’affection pour cette gamine, pas encore adulte, qui essaie de se construire un chemin sur les bancs du lycée. 

Amour naissant

Puis elle croise la route d’Emma, étudiante lesbienne et affirmée en quatrième année aux Beaux Arts. Avec sa chevelure bleue et sa prestance, elle tombe sous le charme d’Adèle. Cette dernière, elle, est rongée d’admiration pour cette femme déjà affirmée. Cette passion naissante est filmée avec beaucoup de finesse par le réalisateur franco-tunisien avec au passage de superbes moments de grâce où quelques regards, quelques sourires ou quelques mots suffisent à retranscrire parfaitement le trouble palpitant de ces deux jeunes femmes qui tombent amoureuses. L’éclosion d’un amour a rarement été aussi bien mise en image. 

Sentiment amoureux

Car il est bien question d’amour. Celui avec un grand A. Kechiche ne cherche pas à faire de sa Vie d’Adèle un film militant, en plein contexte délicat autour du mariage pour tous. Il raconte une tranche de vie au coeur des émois de son personnage croquant l’existence à pleines dents. À l’image du personnage d’Emma, celui-ci peint une fresque de trois heures sur le sentiment amoureux avec une justesse épatante. Son Adèle se donne complètement à la passion, celle qui consume l’âme et le corps. Les scènes de sexe sont explicites, réalistes, frontales et non simulées. Il montre l’amour tel qu’il est, entre ces deux femmes qui semblent parfois fusionner et ne faire qu’une malgré leurs énormes différences (d’âge, d’éducation, de situation sociale, de champs professionnels…).  

Différences…

C’est justement cette différence, qui n’était juste là que latente, qui commencera à se faire sentir au milieu du film et qui viendra insinuer le doute et le sentiment de solitude, souvent compagnons ingrats et pernicieux d’une relation amoureuse. C’est après deux heures de film que celui-ci bascule. Abdellatif Kechiche évoque alors les difficultés du couple adulte et c’est là que l’interprétation forcée de Léa Seydoux pose momentanément souci alors que la dimension lumineuse de son personnage disparait. Adèle Exarchopoulos, de son côté, reste toujours incroyablement dans le ton, tranchant encore davantage avec sa partenaire à l’écran. Mais cette réserve n’est que détail sur un film fleuve d’une intensité rare. Lorsque le fondu au noir final arrive, le livre parait trop lourd à refermer alors que la jeune fille devenue femme s’éloigne de dos. La Vie d’Adèle. L’Amour. La Vie. Adèle. Trois mots. Trois heures, sublimes et inoubliables. 

 




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[…] de grande qualité (Le Passé qui déjà sorti mais bientôt Michael Kohlhaas, Suzanne, Juliette et La vie d’Adèle arriveront) marquant l’émergence ou la confirmation d’auteurs et cinéastes de talent, […]
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[…] que de votre temps. Et comme ce dernier est précieux en cette semaine chargée, privilégiez les (très) bons films en […]
Squizzz
Invité

« Abdellatif Kechiche paraît plus mal à l’aise pour évoquer les difficultés du couple et de la vie d’adulte », content de lire ça. J’ai l’impression que, devant la grâce qui se dégage du 1er chapitre, les critiques occultent le second, qui est quand même nettement en deçà. L’ellipse entre les 2 chapitres est, pour moi, trop abrupte (il y a des choses non terminées dans la 1e partie, notamment un élément de la BD important qui a été supprimé), et je trouve que le début de la 2e partie manque de crédibilité (Adèle découvre les amis d’Emma alors que ça fait… Read more »

selenie
Invité
Kechiche signe un film démonstratif voir prétentieux. Outre ses deux actrices sublimes de justesse et touchantes sa mise en scène est beaucoup trop voyeuriste, des scènes de sexe trop longues mais aussi le diner de famille, lam anif… etc… Des longueurs qui n’ont pas de nécessité pour la dramaturgie ou la compréhension… Mais Kechiche signe aussi un très beau film, il y a une certaine déception… 2/4
Chonchon
Invité
Jusqu’à présent, j’ai tout adoré de Kechiche, je suis donc très impatiente de découvrir ce film. Cependant… 3 heures pour une histoire d’amour « ordinaire », ça me semble un peu long. A voir… pour pouvoir en juger.
copa738
Invité
D’accord de A jusqu’à Z avec ta critique, j’ai aussi trouvé l’ellipse de la partie 3 un peu trop brutale, qui met sous silence des choses que j’aurai aimé savoir (l’assomption de l’homosexualité avec les parents, les amis, etc).
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[…] (Les profs, Les gamins, La stratégie de la poussette…) mais de très beaux dramas (Suzanne, La vie d’Adèle, Juliette, Michael Kohlhaas, Le Passé…). Gibraltar confirme cette tendance avec un polar […]
Christophe LEFEVRE
Invité

Difficile d’exprimer toutes les émotions qu’à fait naître en moi ce film. Il me faudrait le revoir, prendre le temps d’en analyser chaque scène. D’un strict point de vue technique, cinématographique, j’ai été très sensible au montage très maîtrisé d’Abdellatif Kechiche. Rien à voir avec la pseudo-virtuosité de quantité de productions actuelles, devant lesquelles de trop nombreux cinéphiles s’extasient aujourd’hui à tort (films de Fincher, de Nolan, par exemple). Pour moi, le montage est l’élément essentiel de l’œuvre cinématographique. C’est sans doute pour cela que j’admire autant Orson Welles. Le montage est comme le battement du cœur du film, il… Read more »

dasola
Invité
Bonjour Wilyrah, c’est un bon film mais ce n’est pas un coup de coeur. En revanche, la BD est magnifique. Bonne journée.
тном ряи
Invité
Bonjour Dasola,

J’ai lu une bonne partie de la BD et je dois t’avouer qu’au final je préfère le film (alors que je pensais rejoindre ton avis).

Bonne fin de semaine.

Nos Meillerus films
Invité
Un bon film, sans être une référence. Osé tout de même il faut l’avouer, mais bien pensé
Marcozeblog
Invité
Houlala, je l’ai enfin vu ce film. Il a énormément de qualités comme ces plans au plus près d’Adèle et de ses émotions. J’ai aimé, mais il à mes yeux, il est loin d’être parfait. Le scénario étiré sur une longue période empêche d’exploiter plein de choses …
tinalakiller
Invité

Objectivement, dans l’ensemble, je trouve que c’est bel et bien un bon film, et en effet, Adèle Exarchopoulos est incroyable (j’ai également bien aimé Seydoux, mais bon, sa partenaire survole à côté d’elle). Par contre, j’ai quand même trouvé l’ensemble assez long (oui, j’ai regardé à plusieurs reprises ma montre), les ellipses trop brutales et les scènes de sexe trop longues, trop bestiales, pas assez sensuelles, limite malsaines (le -12 ans me parait trop léger par rapport au contenu d’ailleurs) et surtout il y en a trop (la première ça passe, la troisième je me suis limite pris un fou… Read more »

Christophe
Invité

UNE PALME D’OR ET DES CONTROVERSES Ce n’est certes pas l’aspect le plus important, ni le plus intéressant de La vie d’Adèle. Les polémiques qui ont accompagné la sortie de ce film ont toute¬fois occupé une telle place dans les médias qu’il est impossible de les ignorer. D’autant que nom¬bre de critiques négatives y ont trouvé la matière de leur analyse et une forme de légitimité, alors même que leurs auteurs n’avaient, parfois (sou¬vent ?), pas vu cette œuvre… Un tyran aux commandes ? Il y eut d’abord les plaintes d’un certain nombre de techniciens du film, relayées le 23… Read more »

Christophe
Invité
Bon, j’ai un peu rempli ta boite de commentaires 🙂
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[…] . 1 / La vie d’Adèle […]
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[…] du Festival de Cannes avec une Palme d’Or unanime et légitime, La vie d’Adèle devrait vraisemblablement récolté également le César du meilleur film. Probablement l’un […]
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[…] Trois heures sublimes et mémorables, pour une Palme d’Or plus que légitime. – Le Bleu du Miroir.fr […]
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[…] du moins, elle était supposée le faire. En oubliant complètement (ou presque) de récompenser l’un des plus beaux films français de la décennie, les votants de l’Académie se sont embarrassés devant le monde entier. Retour sur cette […]
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[…] plus de dix ans. Influencée par certains auteurs l’ayant dirigée, marquée par le fabuleux La vie d’Adèle (auquel Respire fut régulièrement comparé lors de sa présentation cannoise) mais surtout par […]
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[…] de l’Académie n’est pas sans rappeler le sort réservé à l’extraordinaire La Vie d’Adèle l’an passé, seulement reparti avec un prix d’interprétation pour Adèle Exarchopoulos […]