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LA PETITE BANDE

La petite bande, c’est Cat, Fouad, Antoine et Sami, quatre collégiens de 12 ans. Par fierté et provocation, ils s’embarquent dans un projet fou : faire sauter l’usine qui pollue leur rivière depuis des années. Mais dans le groupe fraîchement formé les désaccords sont fréquents et les votes à égalité paralysent constamment l’action. Pour se départager, ils décident alors de faire rentrer dans leur petite bande, Aimé, un gamin rejeté et solitaire. Aussi excités qu’affolés par l’ampleur de leur mission, les cinq complices vont apprendre à vivre et à se battre ensemble dans cette aventure drôle et incertaine qui va totalement les dépasser.

Critique du film

Quatre ans après En liberté !, Pierre Salvadori signe une réjouissante comédie dans laquelle il précipite un quintet de mômes dans une aventure qui les dépasse, au milieu des paysages merveilleux d’une Corse préservée de tout cliché. Rires, émotion, rythme et conscience de la force du collectif sont au rendez-vous. Séance idéale pour une sortie ciné en famille cet été.

On reconnaît un auteur à sa capacité à décliner, d’un film à l’autre, au gré des univers traversés, ses marottes et tropismes. Pierre Salvadori dessine, depuis 30 ans, une galerie de personnages attachants par leur maladresse, nourris de leurs faiblesses, prêts à tout pour croiser l’amour, inventer l’amitié, retrouver confiance. On se souvient de l’hilarant duo des Apprentis (1995), lamentables escrocs à la petite semaine, des doux déprimés Louis (Après vous, 2003) et Antoine (Dans la cour, 2014) et de leurs interprètes respectifs François Cluzet, Guillaume Depardieu, José Garcia, et Gustave Kervern – qui ont tous trouvé chez le cinéaste une note originale à faire vibrer. Chez Salvadori, la vie ne va pas de soi, on se raccroche à des bouées, les personnages sont des béquilles entre eux, l’instinct de survie épuisant le vertige du gouffre.

Pour son 10e long métrage, le cinéaste déplace son cortège de laissés pour compte. Les adultes s’effacent derrière les enfants, et la campagne se substitue à la ville. Cette campagne c’est celle où Salvadori a grandi, libre et insouciant. Dans ce faux conte écologique, vraie comédie d’aventure et d’apprentissage, il imagine la rivière de son enfance polluée par une usine et confie à un club des cinq où chacun à ses raisons, le soin de redresser les torts. Tout commence dans la cour d’école où mollir n’est pas de mise. Pour les beaux yeux de Cat, pour l’ivresse du danger, pour la promesse d’un été ensemble, Fouad, Antoine et Sami épousent la cause activiste de la jeune fille et décident de la suivre dans sa folle idée de faire sauter l’usine. Après le temps des bravades vient celui des ennuis, propice à alimenter un scénario de l’escalade, irrémédiable mécanique de la fuite en avant qui va cimenter le groupe autant que multiplier les situations rocambolesques et révéler les motivations de chacun.

La petite bande

Une des très bonnes idées du film est d’en déléguer la narration à un cinquième protagoniste, Aimé, qui observe le groupe comme un Graal à atteindre. L’enfant isolé et brimé deviendra le plus petit dont on a immanquablement besoin. L’usine est évidemment une cible (éprouvante) prétexte, même si on reconnaît que c’est pénible de ne plus pouvoir se baigner dans la rivière. Ce qui plaît à la petite bande c’est le risque, le frisson de l’aventure, la démesure. Ils vont être servis ! Après avoir rempli un bateau pneumatique d’essence (la scène vaut un joli clin d’oeil à Jacques Tati), voilà notre jeune troupe partie à l’assaut de l’usine. Indexé sur les codes du conte, le scénario assimile l’usine à la maison de l’ogre, lui même personnifié par un directeur bientôt kidnappé et objet de tous les outrages (gags à répétition). Salvadori respecte l’esprit de l’enfance sans le caricaturer, il ne gomme pas la cruauté mais loue la vivacité d’esprit et la conscience du collectif.

Salvadori qui n’aime rien tant que les jeux de dissimulation s’en donne à coeur joie. Lettres anonymes, masques (splendide bestiaire), ombres chinoises (en écho à la très belle scène d’Après vous), accents, autant de ficelles apprises dans les jeux de l’enfance ici mobilisés pour préserver les véritables identités (forcément fragiles). On doit à Pierre Gambini la très belle musique originale qui berce le film entre aventure, comédie et robinsonnade. Le film trouve un deuxième souffle quand Aimé est convié à rejoindre la société secrète en mal de démocratie alors que deux blocs s’opposent sur le destin de l’otage. L’éternel vilain petit canard n’en croit pas ses yeux, fini le temps des brimades et de la solitude, voilà qu’on jette sur sa personne des regards de considération ! Le petit ange invité à la table des conseils pourrait bien s’avérer plus retors qu’il n’en a l’air. Aimé, c’est aussi la cerise sur le gâteau côté casting. Le jeune Paul Belhoste est exceptionnel, portant la tragi-comédie comme une évidence, il ne tarde pas à voler la vedette à la bande des quatre, pourtant parfaite. Il faut une sacrée nature comique pour rendre hilarantes les situations les plus vexantes.

La petite bande

Sans rien dévoiler de l’issue du film, Salvadori ne sacrifie à aucune morale, laissant libre le spectateur d’interpréter les dernières images. Avant cela, Cat, Fouad, Sami, Christophe et Aimé auront eu le temps de confesser, chacun leur tour, les motivations premières qui les ont conduit à unifier leurs efforts pour faire cause commune contre le grand méchant pollueur. L’émotion n’est pas forcée mais tout de même un peu convoquée, d’autant que les personnages avaient été, au cours du film, suffisamment bien dessinés pour suggérer leur for intérieur.

Pierre Salvadori signe avec La Petite bande une comédie buissonnière et piquante, intemporelle et moderne. En écrivant et filmant à hauteur d’enfant, il renouvelle son inspiration comique tout en restant fidèle à son goût pour pour les personnages « en quête », en déséquilibre, à travers lesquels il dit si bien la difficulté d’être soi, le courage qu’il faut pour tomber le masque. Une comédie populaire, au sens noble du terme, qui ne devrait pas tarder à devenir un classique du genre. Une rivière dans laquelle se rafraîchir au coeur de l’été et retrouver l’inépuisable tourbillon de l’enfance.

Bande-annonce

20 juillet 2022 – De Pierre Salvadori
avec Paul Belhoste, Mathys Glodion-Gines et Aymé Medeville