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GLORIA MUNDI

Daniel sort de prison où il était incarcéré depuis de longues années et retourne à Marseille. Sylvie, son ex-femme, l’a prévenu qu’il était grand-père : leur fille Mathilda vient de donner naissance à une petite Gloria. Le temps a passé, chacun a fait ou refait sa vie… En venant à la rencontre du bébé, Daniel découvre une famille recomposée qui lutte par tous les moyens pour rester debout. Quand un coup du sort fait voler en éclat ce fragile équilibre, Daniel, qui n’a plus rien à perdre, va tout tenter pour les aider.

Critique du film

Le nouveau film de Robert Guédiguian brasse beaucoup des thèmes habituels du metteur-en-scène (la solidarité, le sacrifice, les inégalités sociales et les coups durs de la vie) mais le fait avec une plus grande maîtrise et une plus grande nuance dans sa manière de dessiner ses personnages et de les faire évoluer dans cette histoire poignante. Il dépeint aussi avec une grande acuité les problèmes de notre époque (concurrence sauvage entre Uber et taxis, prolifération des boutiques d’occasions où les personnes en situation précaires se font honteusement arnaquer et sont méprisées) et les travers de l’être humain, intemporels car profondément ancrés comme la cupidité, la veulerie ou l’arrivisme.

Tout le monde a ses raisons

Au scénario, Robert Guédiguian retrouve Serge Valletti qui lui avait déjà écrit Au fil d’Ariane en 2014 et La Villa en 2017. Cette collaboration donne naissance à ce qui est sûrement le plus beau film de Robert Guédiguian, le plus abouti, émouvant par l’humanité de ses personnages, jamais surjouée ni artificielle. L’interprétation est remarquable, qu’il s’agisse des interprètes « historiques » de Guédiguian (Ariane Ascaride, magnifique, qui a remporté le prix d’interprétation à Venise, Jean-Pierre Darroussin, vraiment touchant et Gérard Meylan, au jeu très intériorisé et toujours très juste) ou de ceux qu’on voit depuis quelques années : Robinson Stévenin, Anaïs Demoustier, Grégoire Leprince-Ringuet sans oublier Lola Naymark, ces deux derniers dans des rôles difficiles, ingrats mais défendus avec conviction, car comme dit un personnage de La Règle du jeu : «  Ce qui est terrible sur cette Terre, c’est que tout le monde a ses raisons ».

Comme dans Lady Jane, il faudra bien à un moment casser le cercle vicieux de la fatalité. Cela passe souvent par le renoncement ou le sacrifice. Par l’amour ou la douceur, qui est souvent la vraie force. Comme celui de Ken Loach, le cinéma de Robert Guédiguian est essentiel car il nous permet d’espérer et de continuer à vivre, avec le goût de la dignité et du partage, sans naïveté, sans mièvrerie. Sans jamais occulter la dureté de l’existence et des revers de fortune. Sans refuser d’admettre qu’on perdra peut-être mais que le combat et la façon dont on le mène valent mieux qu’une victoire vulgaire ou aux détriments de ses semblables.

Bande-annonce

27 novembre – De Robert Guédiguian avec Ariane Ascaride, Anaïs Demoustier