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BARBAQUE

Dans leur boucherie, Sophie tient la caisse et Vincent découpe “sa“ barbaque tel un orfèvre. Pourtant, leur commerce périclite et leur relation avec… Le lit conjugal est aussi festif qu’un tartare. Une violente attaque végane couronne le tout … C’est le coup de grâce. Mais un événement change le cours des choses: Vincent tue accidentellement un de ses agresseurs. Que faire du corps ?

Critique du film

Ce mercredi 8 septembre, l’Étrange Festival ouvrait ses portes pour sa 27eme édition (jusqu’au 20 septembre au Forum des Images), avec le nouveau film de Fabrice Eboué, Barbaque. Un film de Fabrice Eboué en ouverture de l’Etrange Festival ? Un mariage loin d’être évident à première vue. Le festival parisien n’étant pas spécialement connu pour faire dans le tout-venant et la comédie française grand public. Mais très vite, Barbaque s’applique à lever les interrogations sur sa nature et se révèle totalement dans son élément dans un festival consacré à l’étrange et au déviant. Si l’on n’atteint jamais les sommets subversifs d’un C’est arrivé près de chez vous, le cultissime film belge ayant servi de référence revendiquée par Eboué lors de la présentation de son film, on reste malgré tout dans le haut du panier de la comédie francophone récente.

Avait-on autant rigolé devant une comédie française depuis le Problemos d’Eric Judor sorti il y a 4 ans ? Une nouvelle preuve que l’équation Comédie + Film de genre + Humoriste de talent peut donner un résultat foutrement efficace ! Là où Eric Judor plaçait son histoire dans un contexte d’épidémie mondiale aux airs de fin du monde, Fabrice Eboué choisit lui de plonger dans le genre horrifique tendance serial killers cannibales. Autant dire qu’on est loin de Qu’est-ce qu’on a fait au Bon Dieu !

Réalisateur mais aussi acteur, Fabrice Eboué y campe un artisan boucher consciencieux dont le business tourne au ralenti, confronté aux boucheries industrielles d’une part, et à l’émergence toujours grandissante du mouvement vegan d’autre part. Déjà obligé de subir un gendre lui-même acquis à la cause et donneur de leçon, sa vie bascule lorsque sa boucherie subit l’attaque de ces “terroristes” vegans. Sur le papier, le pitch de départ rappelle dangereusement 100% Bio,  le regrettable téléfilm que le service public nous a fait subir en ce début d’année. Heureusement, Barbaque va rapidement prendre un virage radicale pour laisser la viande avariée de Fabien Onteniente dans son rétroviseur, loin, très loin derrière.

Voulant en découdre avec l’un de ses agresseurs, notre boucher va ainsi voir sa vie morose basculer suite à un (pas si) malheureux accident de la route. Il se retrouve avec le corps de son ennemi sur les bras, et quand on est boucher, la manière de s’en débarrasser vient tout naturellement, quand bien même c’est involontaire. Seulement, pas de bol, la viande de vegan fait un tabac auprès de la clientèle, et sa femme – la savoureuse Marina Foïs – va voir dans cette nouvelle donne l’occasion de relancer les affaires en même temps que de pimenter sa vie de couple… Il va maintenant falloir en trouver davantage !

Vegans vs Viandards

Un couple de bouchers qui fait commerce dans la viande humaine, ce n’est pas inédit sur les écrans. On pense ainsi à la comédie noire danoise Les Bouchers verts d’Anders Thomas Jensen, avec un jeune Mads Mikkelsen qui usait déjà des mêmes méthodes ; ou encore, plus ancien, à un épisode culte des Contes de la crypte (“Qu’est-ce que tu mijotes ?” S04E06 – 1992) qui montrait déjà le décalage entre l’absurdité comique et l’horreur de la situation. Ce n’est donc pas tant l’originalité du sujet qui fait mouche dans Barbaque, puisque comme on vient de le voir, le cannibalisme a déjà été traité à de multiples reprises au cinéma, y compris dans des comédies noires. Non, la force du film, c’est le style et l’humour acide de Fabrice Eboué qui place son récit dans l’air du temps en utilisant le conflit « vegans contre viandards » pour pousser un peu plus loin les curseurs de la provocation.

L’humoriste corrosif devenu réalisateur ne se refuse ainsi pas grand chose, les plans gores s’enchaînent à mesure que les membres se découpent, les points Godwin fusent sans retenue… Ce qui pourrait paraître gratuit participe d’une même énergie et, plus important, s’avère d’une efficacité redoutable. On rit de bon cœur, un peu choqué par le culot de certaines situations, mais surtout emporté par leur efficacité. Plus surprenant, Eboué, dont c’est le quatrième film comme réalisateur, fait preuve d’un réel sens de la mise en scène qu’on ne lui soupçonnait pas, tant dans ses cadres que dans le découpage, qui permet aux gags et aux répliques, même les plus gratinés, de fonctionner. S’il suscitera à coup sûr des débats, notamment du côté des vegans les plus dépourvus de second degré, le film est suffisamment outrancier pour passer au-dessus.

S’il fallait faire quelques reproches au film, tout au plus pourrait-on regretter une faiblesse dans la caractérisation desdits terroristes vegans. Peu charismatiques, et aux comportements parfois peu en adéquation avec leur cause supposée, leur présence tient plus du ressort comique, et leur menace apparaît plus artificielle qu’autre chose. Le film aurait peut-être aussi mérité une exposition un peu plus longue du couple Foïs – Eboué, pour davantage poser le contexte. De même que la fin qui est légèrement expédiée également, mais il n’y a là rien de profondément problématique, et au moins le film ne s’égare pas en route.

Malgré ces détails, Barbaque constitue une ouverture réussie pour l’Étrange Festival, placée sous le signe de l’humour décomplexé. Avec son culot, son ton caustique et volontairement provocateur, et ses images sanglantes, on comprend mieux pourquoi Fabrice Eboué se demandait encore comment TF1, co-producteur du film, ferait pour diffuser un jour le film sur ses antennes. La célèbre ménagère risque en effet d’être un peu secouée dans ses habitudes…


27 octobre 2021 – De Fabrice Eboué, avec Fabrice EbouéMarina FoïsVirginie Hocq