featured_adoration

ADORATION

Paul, un jeune adolescent de douze ans, vit seul avec sa maman, femme de ménage dans une clinique psychiatrique située au beau milieu des bois. Un jour, il fait la rencontre de Gloria, une nouvelle et jeune patiente de la clinique, persuadée qu’on lui veut le plus grand mal. Paul tombe fou amoureux d’elle, et ensemble, ils s’enfuient loin du monde des adultes…

La critique du film

Dès ses premiers instants, Adoration nous présente un monde marqué par une inconditionnelle fragilité. Elle est symboliquement incarnée par ce petit oiseau blessé au milieu des bois, qui va recevoir l’aide d’un ange protecteur : Paul. Quelle magnifique image que celle d’un enfant prenant soin d’un animal en détresse, cela avec d’autant plus de gentillesse et de bienveillance que l’on croirait se situer dans une sorte d’Eden perdu, dont les enfants garderaient une trace, malheureusement éphémère. 

En effet, le monde des adultes ne donne pas la chance aux enfants de garder cette innocence première, blessés dès leur plus jeune âge par des personnes aux intentions floues. C’est donc tel l’ange Damiel des Ailes du Désir que Paul essaie de soigner ce monde, faisant magiquement parler les oiseaux dans une affection partagée et enfantine. 

Adoration film 2020
C’est également dans les bois que Paul croise la route d’un autre ange : Gloria. Son regard est pourtant différent, comme si cette jeune fille avait déjà connu une vie entière avant de rencontrer son semblable. Une vie marquée par la mort, la souffrance, le mal, autant de concepts auxquels Paul est encore étranger. Son altruisme presque christique se transforme alors en un amour inconditionnel pour Gloria : une Adoration. Cette relation sera désormais le socle d’une tentative de lutte contre l’injustice des adultes et du cosmos, symbolisée par la mort de ce petit oiseau soigné par Paul au début du film.

Le chemin des anges

Dans leur fuite, les deux anges croiseront la route d’êtres fragiles, blessés, chassés malgré eux de cet Eden de l’innocence enfantine, attendant leur tour pour s’envoler de nouveau vers ses vertes contrées. Parmi eux, se trouve le personnage de Benoît Poelvoorde (immense prestation, sans doute son plus beau rôle), laissé seul gardien d’un parc aquatique qui n’existe pas, après le décès de sa compagne. Comme Paul, son regard laisse parfois transparaître une innocente bonté. Mais comme Gloria, nous comprenons que quelque chose a été brisé. En guise d’ultime trace de son adoration passée, ce tatouage d’un oiseau recouvrant son dos, témoignant de cette communion vitale qu’il fait chaque jour avec la nature, afin d’entendre à nouveau, ne serait-ce que pour quelques instants, la voix de sa compagne. On pourrait presque voir une projection de Paul dans plusieurs années, retrouvant ses oiseaux après la fin d’un amour aussi passionnel que dévorant. Son amour inconditionnel le pousse à suivre la folie de Gloria, pour qui la bienveillance n’existe pas au-delà de la pure Adoration. Le reste n’est pour elle que ténèbres, cachées derrière la moindre parcelle du vivant. In fine, Gloria et Paul sont seuls. Ils ne leur restent plus qu’à s’enlacer tendrement, en pleurant leur innocence perdue, baignant dans cette image granuleuse qui a su capter ce savant mariage du Ciel et de l’Enfer.

Tout est beau dans Adoration, car tout communie vers cette quête désespérée de la tendresse. Thomas Gioria et Fantine Harduin sont de magnifiques interprètes, portant dans leur regard une authenticité bouleversante. Le plus beau film de Fabrice du Welz. Un grand film tout court.



Bande-annonce

Etrange festival 2019 // Au cinéma le 22 janvier 2020