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STORIES WE TELL

Sarah Polley a une famille (presque) normale… Et presque comme toutes les familles, la sienne cache un secret. Quand Sarah le découvre, alors qu’elle est déjà une actrice nominée aux Oscars et une réalisatrice reconnue, elle décide de se lancer à la recherche de la vérité.

Le vrai du faux.

« Stories we tell » – « Les histoires que l’on raconte » – il n’y avait pas de titre plus simple ni plus pertinent pour le troisième film de Sarah Polley. L’histoire qu’elle raconte, c’est d’abord la sienne. En 2007, alors qu’elle est sur le tournage, en tant qu’actrice, de Mr Nobody à Montréal, elle reçoit le coup de fil d’un journaliste. Ce dernier s’apprête à révéler le secret de famille qui la concerne et qu’elle n’a elle-même appris qu’un an plus tôt. La conversation tourne court. La jeune femme est effondrée et ce qui va lui permettre de se relever, c’est de reprendre prise sur les événements. En livrant, à sa manière, ce bout d’intime, de vie privée, que d’autres voudraient narrer à sa place.

À sa façon, c’est-à-dire en faisant témoigner face caméra ses proches, membres de sa famille ou amis, sur ce qu’ils savent ou ont connu de sa mère, Diane Polley, décédée d’un cancer. D’une personne à l’autre, la perception des événements change, les récits se confirment ou se contredisent. L’objectivité absolue est impossible. Tout n’est que subjectivité, mémoire floue ou volatile. C’est cela aussi, les histoires que l’on raconte. Que l’on se raconte.

À ces confidences s’ajoutent des images d’archives, tournées en super 8. Des instantanés d’un quotidien appartenant au passé depuis longtemps, des bouts de vie banals, des moments de bonheur fugace. Vers la fin de Stories We Tell, on découvre qu’une partie de ces petits clips d’antan ne sont pas issues des archives familiales mais a été reconstituée – (ré)inventée – avec des acteurs pour les besoins du film. Sarah Polley ne pouvait faire meilleure démonstration de son propos. Par ce subterfuge, elle pointe la relativité, sinon l’artificialité du souvenir. On en revient alors une nouvelle fois au titre : les histoires que Sarah Polley raconte au public.

La réalisatrice construit son film presque comme un work in progress. Elle montre ses interlocuteurs s’installer avant qu’elle les interviewe, ne cache pas qu’elle a demandé à son père, qui fait office de narrateur, de relire sur un autre ton une phrase du texte qu’elle a écrit, et elle ne fait pas mystère non plus des hésitations qui la traversent au cours de son projet.

Stories We Tell brouille à plusieurs reprises les frontières entre documentaire et fiction. On pense à la citation d’Oscar Wilde : « La vie imite l’art bien davantage que l’art imite la vie. » S’il est question de mensonges dans cette œuvre singulière, la vérité n’en est pas pour autant tenue à distance. Celle du passé n’est plus forcément celle du présent et de toute façon, qu’importe, semble nous dire Sarah Polley, ce qui compte ce n’est pas de saisir l’exactitude mais d’avoir ses certitudes. Et comme les histoires que l’on raconte, chacun peut avoir les siennes.


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