SEND HELP
Seuls rescapés d’un accident d’avion, Linda Liddle et Bradley Preston se retrouvent coincés sur une île déserte. Pour ces deux collègues que tout oppose, l’heure est venue de surmonter les griefs du passé et de travailler ensemble pour tenter de s’en sortir. Sauf qu’en fin de compte, la bataille pour la survie devient une épreuve de force, inquiétante et cruellement drôle, où chacun cherche à jouer au plus fin…
Critique du film
Retour en grande pompe pour Sam Raimi, cinéaste adulé pour les nombreuses pierres qu’il a apportées à l’édifice du cinéma de genre. The Evil Dead, son premier long métrage, puis sa suite et Army of Darkness, l’ont propulsé au début des années 1980, aux côtés de Cronenberg et Carpenter, comme l’un des maîtres de l’horreur aux États-Unis. Vingt ans plus tard, ses adaptations à succès de Spider-Man ont assis sa réputation d’auteur capable de s’approprier une illustre franchise. Depuis Drag Me to Hell (2009), Raimi s’était éloigné de projets portant pleinement sa marque de fabrique, avant de revenir cette année à ses premières amours avec le survival Send Help.
Dans ce Koh-Lanta de l’enfer, il retrouve son bac à sable et ses jouets préférés, à savoir l’artisanat des effets visuels. Aidé ponctuellement par quelques VFX — notamment lors d’une scène de lutte entre un cochon sauvage et le personnage de Linda — Raimi prend un plaisir manifeste à écœurer son public, projetant de véritables hectolitres de faux sang et autres matières organiques répugnantes sur ses comédiens.

Doté d’un scénario inspiré, ridiculisant la figure du « bro » — ce mâle misogyne et arrogant, passant ses journées à jouer au golf et à faire des checks à ses semblables — Send Help propose surtout un regard intéressant sur son personnage féminin, inscrit dans une ère post-girlboss. Linda Liddle n’est ni une femme d’affaires froide et impitoyable, respectée autant que crainte, ni une victime passive écrasée par les pressions du patriarcat, du moins pas totalement. Elle a de l’ambition et la jugeote nécessaire pour parvenir à ses fins. Le fait qu’elle saisisse l’occasion d’inverser les rôles et de reprendre le contrôle sur sa vie — et, par extension, sur son destin — fait d’elle une héroïne crédible et véritablement badass. C’est en cela que se manifeste la modernité de l’écriture : Linda n’est ni idéalisée ni sexualisée à la manière d’une Lara Croft dans la jungle, mais un personnage auquel on peut s’identifier, dans une certaine mesure.
Pour l’interpréter, Sam Raimi ne s’y est pas trompé en refaisant équipe avec Rachel McAdams, déjà présente dans Doctor Strange in the Multiverse of Madness (2022), où elle occupait un rôle secondaire qu’elle endossait avec une telle précision et un tel professionnalisme qu’elle s’est imposée comme une évidence pour incarner Linda. Impressionnante comme à son habitude, l’actrice déploie une palette rare à ce niveau de notoriété, jonglant avec aisance entre les registres dramatique et comique, tout en livrant une performance très physique. Face à elle, Dylan O’Brien ne démérite pas et campe à merveille un jeune homme profondément détestable, à qui l’on en viendrait presque à souhaiter du mal…
Parfait pour se revigorer au cœur de la grisaille hivernale, Send Help s’impose comme un pur divertissement : un thriller jouissif qui implique son public en jouant habilement avec ses nerfs et ses attentes.
Bande-annonce
11 février 2026 – De Sam Raimi






