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NINA WU

Nina a quitté sa famille et sa ville de province depuis 8 ans, pour s’installer à Taipei dans l’espoir de faire une carrière d’actrice. Elle n’a jusque là tourné que quelques courts-métrages et des publicités. Elle complète ses revenus en animant un programme en live-stream. Son agent, Mark, insiste pour qu’elle auditionne pour le rôle principal d’un film d’espionnage se passant dans les années 60.

Critique du film

La présence très ténue de films d’extrême orient cette année dans les sélections cannoises, rend chaque film originaire de cette zone du monde un rendez-vous attendu. Quentin Tarantino lui-même était présent pour la première du film de Midi Z, Nina Wu, qui commençait sous les meilleurs auspices.

Une actrice originaire de province est installée depuis peu à Taipei, la capitale de Taiwan. Elle vivote de petits rôles en émission webcam, cantonnée à l’anonymat presque le plus total, jusqu’à une audition pour un grand rôle dramatique. Le fameux moment qui peut changer la vie d’une actrice et la faire passer au rang de star en devenir. Toute la première partie présente le tournage de ce film, qu’elle a donc décroché, et sa difficulté, notamment à cause d’un metteur en scène qui la pousse dans ses retranchements pour obtenir ce qu’il veut d’elle à l’écran.

D’une vulgarité et d’une violence édifiantes

Ces scènes où Nina lutte pour donner le meilleur d’elle-même sont passionnantes dans ce qu’elles montrent du milieu du cinéma à Taiwan, avec un regard corrosif sur la difficulté du métier d’acteur, précarité de chaque instant. Mais Midi Z ne tient pas très longtemps cette ligne directrice, et peu à peu il perd son film dans des méandres nébuleux d’une confusion presque effrayante. Il développe des intrigues ubuesques et absurdes qui culminent dans des flash-backs sur l’audition de Nina qui se révèlent d’une grande vulgarité et d’une violence édifiante. Le flou est tel que le final est à la limite de l’incompréhensible, jouant sur les perceptions de réalité du personnage, sans que jamais on arrive à percevoir où veut en venir le réalisateur d’origine birmane.

L’identité du personnage de Nina, qui semblait se dessiner dans la première demi-heure, se dissout complètement par la suite, dévoilant de grands problèmes d’écriture. Ce trop-plein de pistes nuit énormément au film qui en devient presque grotesque, utilisant la figure du viol de façon très critiquable, tel une goutte d’eau qui finit de faire déborder un vase bien trop noyé dans un flot de plans irregardables.

Nina Wu est donc un bel échec qui déçoit d’autant plus que son entame était des plus prometteuses avec un personnage féminin complexe et intéressant, révélant une volonté de parler du milieu du cinéma avec un ton acide. Las, il ne reste presque rien de cet effort initial, à part de nombreux regrets.



Bande-annonce

8 janvier 2020 // Un Certain Regard au Festival de Cannes 2019