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LES JOUEUSES

L’équipe féminine de L’Olympique Lyonnais s’est imposée au fil des années comme une des meilleures équipes de football au monde. D’entraînements en compétitions, de doutes en victoires, ce film plonge pour la première fois au coeur du quotidien de ces joueuses d’exception. Une invitation à porter un nouveau regard sur la place faite aux femmes dans le sport : un univers où les valeurs de respect et d’ouverture seront les piliers de l’évolution vers l’égalité. 

Critique du film

Un an après Beau joueur de Delphine Gleize, c’est à nouveau une femme cinéaste qui s’intéresse au quotidien d’une équipe de sport professionnel. Les deux films sont à la fois communs dans leur approche, privilégiant la vie du groupe aux lumières du stade et opposés dans leur sujet. D’un côté, une équipe de rugby masculine suivie le temps d’une saison sportivement catastrophique, de l’autre une équipe de football féminine qui collectionne les trophées. Stéphanie Gillard a accompagné les filles de l’Olympique Lyonnais durant la saison 2018-2019. Le résultat est un beau film qui tient du portrait de groupe et de la success story tout en portant un regard sociologique, vu de l’intérieur, sur la percée du football féminin dans la société.

Respect !

Avec 14 titres hexagonaux et 6 titres européens, l’Olympique Lyonnais affiche le plus beau palmarès du football féminin. Le club n’a cessé de se structurer depuis sa création en 2004, étape par étape. Arrivé au sommet, il attire depuis une dizaine d’années les meilleures joueuses.

Le choix du très haut niveau est intéressant en cela qu’il expose le quotidien sans stress ni paillettes de ces femmes qui aspirent davantage au respect qu’à la gloire (et la reconnaissance financière qui l’accompagne). Le discours le plus fort vient de la galloise Jessica Fishlock, lors d’une conversation en séance de massage avec Ada Hegerberg (premier Ballon d’Or féminin de l’histoire) : les joueuses sont en quête de respect, au regard de leurs performances. L’égalité de traitement (médiatique, financier) passe avant tout par l’obtention d’une véritable considération. La star norvégienne accorde depuis longtemps discours et actes, se mettant notamment en marge de sa sélection nationale pour protester contre le manque d’investissement de la fédération. 

Le film met le doigt de manière subtile sur la question de l’égalité. Il relaie les revendications des joueuses, mais pour juste qu’elles soient, milite aussi pour un juste milieu. En filmant les joueuses à hauteur de femme, accessibles, s’amusant de leur relatif anonymat (scène très drôle dans une boutique de sport), entourées d’une ferveur respectueuse, la réalisatrice suggère que l’égalité serait tout aussi appréciée si la baudruche du football masculin se dégonflait un peu. La montée en puissance du foot féminin devrait se garder de vouloir copier la foire aux égos qu’est devenu son pendant masculin.  

Les joueuses documentaire

Renard, le phare

Privilège du temps, Stéphanie Gillard a su se faire oublier pour capter moments forts et moments faibles de la vie du groupe. Deux personnalités, peu à peu, se dégagent. La première c’est Wendie Renard, capitaine de l’équipe mais bien plus encore. Arrivée à Lyon en 2006, la martiniquaise a  considérablement aidé le club à grandir. Elle sait que son statut exige l’exemplarité et s’en accommode avec un professionnalisme sans faille. On la voit discuter avec les jeunes, leur apporter sa confiance et leur faire profiter de son expérience. Elle distille de précieux conseils, autant dans le savoir être que dans le savoir faire. Première à faire la fête, première à recadrer les choses quand il le faut, sa place dans le groupe est immense.

La seconde personnalité qui se détache, c’est celle de Selma Bacha, toute jeune arrière latérale dont la fraîcheur et la spontanéité semblent aimanter la caméra. Personnalité extravertie et attachante, issue du centre de formation, elle représente l’avenir souriant du club. La conversation des deux joueuses, à la fin d’une séance d’entraînement est un des très beaux moments du film.

L’important, c’est les trois points…

Si le film se concentre essentiellement sur les coulisses, il restitue aussi quelques belles actions de jeu, donnant une idée de l’intensité des matches et de la haute maîtrise technique des protagonistes. 

Les Joueuses arrive au bon moment dans l’histoire du football féminin. Il capte ce temps où les meilleures joueuses du monde s’occupent encore elles-mêmes des lessives (scène hallucinante) et commencent à adopter les travers de leurs homologues masculins (le commentaire d’après match, le discours prémâché, la sempiternelle communication, l’accumulation de phrases toutes faites où seul le ton varie selon le degré de fatigue). 

Stéphanie Gillard dont on avait déjà aimé The Ride en 2018 réussit, dans un contexte radicalement différent, un nouveau portrait de groupe, plus léger mais subtilement politique, auquel elle apporte le même soin (très belle photographie réalisée avec la complicité de Jean-Marc Bouzou). 

Bande-annonce

9 septembre 2020 – Réalisé par Stéphanie Gillard