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LES FILLES DU CIEL

Héloïse n’a nulle part où aller. Elle fait la rencontre de Mallorie qui lui propose de l’héberger dans l’appartement qu’elle partage avec deux autres jeunes femmes. Héloïse va trouver là un nouveau foyer et une nouvelle famille. Mais leurs blessures passées menacent l’équilibre fragile entre ces femmes en apparence si solides.

Critique du film

Comédienne découverte sur le petit écran (dans HPI et Terminal), Bérangère McNeese a d’abord fait ses armes derrière la caméra en multipliant les courts métrages, dont Matriochkas, couronné du Magritte 2020. Avec Les filles du ciel, son premier long métrage, l’artiste belgo-américaine prolonge son exploration des corps féminins exposés, surveillés, appropriés, mais aussi des stratégies de survie collective. Présenté en première au festival de Royan, le film s’inscrit dans une veine réaliste qui observe la précarité comme un système d’assignation, particulièrement violent pour les jeunes filles sans protection familiale ni institutionnelle.

Héloïse, adolescente placée, trouve refuge dans une colocation non-mixte tenue par d’autres jeunes femmes elles-mêmes cabossées par des trajectoires de relégation. McNeese filme ce microcosme comme une tentative fragile de réorganisation du monde, un espace où la sororité agit moins comme un idéal que comme une réponse improvisée face à l’abandon social. L’entraide devient une condition de survie, mais charrie aussi ses ambiguïtés — rapports de pouvoir, dépendances affectives, pressions implicites — que le film observe avec une attention parfois plus intuitive que frontalement politique.

Le casting féminin constitue l’un des points d’ancrage les plus solides du film. Héloïse Volle, que McNeese a découverte lors du tournage de Matriochkas et qui lui a valu plusieurs prix d’interprétation en festival, compose ici une protagoniste discrète, presque effacée, dont la retenue dit autant que les éclats. Son jeu intérieur, fait de silences, d’émotions rentrées et d’observations, capte avec une justesse troublante la vulnérabilité d’une adolescente contrainte de grandir trop vite. Face à elle, Shirel Nataf — remarquée dans Ma frère de Lisa Akoka et Romane Guéret — confirme une présence magnétique, incarnant Mallorie, jeune femme contrainte de renoncer à ses propres aspirations pour maintenir un équilibre collectif précaire et subvenir aux besoins de son bébé, qu’elle a eu très jeunec. Yowa-Angélys Tshikaya et Mona Berard complètent ce chœur féminin avec une justesse discrète. Ensemble, elles dessinent une cartographie des rôles imposés aux femmes : soigner, protéger, se taire et encaisser.

Les filles du ciel

La mise en scène, volontairement rugueuse, épouse cette logique d’usure. Corps fatigués, nuits sans repos, espaces clos… La caméra épouse la vulnérabilité sans jamais la fétichiser. Les violences sexistes et sexuelles ne sont pas montrées comme des événements isolés, mais comme un continuum de regards, silences contraints et menaces diffuses — révélateur d’un ordre social qui expose les jeunes filles à une prédation quasi structurelle.

C’est précisément sur ce terrain que le film trouve autant de forces qu’il ne laisse poindre certaines limites. La violence subie par Héloïse — mineure abusée par un animateur adulte de son foyer — reste traitée de manière trop latérale, comme si le récit tardait à nommer pleinement la responsabilité institutionnelle et masculine en jeu, alors même que les abus sur mineur·e·s atteignent un niveau alarmant. De même, la question de la grossesse non-désirée peine à se déployer comme un véritable enjeu d’autonomie corporelle : le droit au choix demeure suspendu, dilué dans un flou narratif qui atténue la portée critique du film sur le contrôle exercé sur les corps féminins.

Ce parti pris de retenue, cohérent avec une écriture de l’implicite, crée une tension féconde mais aussi une frustration. En retardant trop longtemps le regard vers les structures de domination — patriarcales, sociales, institutionnelles — Les filles du ciel se concentre davantage sur les conséquences que sur les mécanismes. Si l’on peut saluer la justesse du portrait collectif et la puissance du jeu d’ensemble, on aurait souhaité que le film assume plus radicalement sa dimension politique. Reste un film habité par une colère sourde, attentif aux liens entre femmes comme ultime rempart face à la violence ordinaire, porté par quatre actrices remarquables dont Héloïse Volle, au centre d’un récit qui fait d’elle le cœur discret mais essentiel de cette communauté en péril.

Bande-annonce

25 mars 2026 – De Bérangère McNeese


Festival du film de société de Royan 2025