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LOVE ON TRIAL

Jeune idole de la pop en pleine ascension, Mai commet l’irréparable : tomber amoureuse, malgré l’interdiction formelle inscrite dans son contrat. Lorsque sa relation éclate au grand jour, Mai est traînée par sa propre agence devant la justice. Confrontés à une machine implacable, les deux amants décident de se battre pour défendre leur droit le plus universel : celui d’aimer.

Critique du film

Présenté en première mondiale à Cannes en mai 2025 et récemment dans toute la France à l’occasion des Saisons Hanabi, Love on Trial de Kōji Fukada saisit par sa précision chirurgicale. Le réalisateur du Soupir des vagues et Love Life plonge dans les rouages d’un système destructeur : celui de l’industrie des idoles japonaises, qui transforme de jeunes femmes en marchandises aseptisées, corvéables à merci, privées des droit les plus élémentaires, la liberté d’être et celle d’aimer.

L’intrigue, inspirée de deux procès réels au Japon, suit Mai (Kyōko Saitō, elle-même ancienne idole), jeune chanteuse du groupe Happy Fanfare poursuivie en justice par sa propre agence pour avoir enfreint la clause de « pureté » inscrite dans son contrat. Sa faute ? Être tombée amoureuse. Ce qui pourrait n’être qu’un drame romantique devient, sous la caméra de Fukada, une dissection implacable d’un système qui marchandise les corps et les existences, réduisant ces adolescentes à des fantasmes accessibles pour un public essentiellement masculin.

Dans un plan-séquence glacial lors d’un concert, Fukada opère un contre-champ révélateur sur le public — un parterre d’hommes, souvent âgés, parfois inquiétants dans leur dévotion. Cette image, brève mais éloquente, résume un des vices de ce phénomène : ces jeunes filles ne sont pas des artistes, mais des objets de désir, des poupées vivantes exposées à une forme de prédation structurelle. Le cinéaste refuse le sensationnalisme pour mieux exposer la banalité du système, des sourires forcés et des poignées de main chronométrées dans des box individuels à la fatigue accumulée et aux sacrifices imposés.

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Machine à fantasmes

Le film résonne d’une actualité tragique. En 2018, Honoka Ōmoto, membre du groupe Enoha Girls, s’est suicidée à 16 ans, sa famille alléguant que le décès avait été causé par le harcèlement et le surmenage au travail. En 2013, la vidéo de Minami Minegishi, membre d’AKB48, le crâne rasé, implorant le pardon pour avoir passé une nuit chez un homme, avait choqué le monde entier. Plus récemment, le scandale Johnny Kitagawa a révélé l’ampleur des abus sexuels sur de jeunes garçons dans l’industrie des boys bands. Ces drames ne sont pas des accidents isolés, ils sont les symptômes d’un système qui broie.

Accompagné du directeur de la photographie Hidetoshi Shinomiya (Drive My Car), Fukada filme Mai emprisonnée dans des cadres étouffants, aseptisés, sans issue. Les plans fixes sur la salle d’audience traduisent cette claustrophobie d’une existence sous contrôle total. Là où d’autres auraient versé dans le mélodrame, le réalisateur maintient une retenue formelle qui rend la violence encore plus perceptible — celle d’un ordre patriarcal qui exige des jeunes filles qu’elles renoncent à leur humanité pour devenir des icônes virginales.

Si l’on pourra regretter une certaine dispersion narrative et un traitement parfois trop elliptique des motivations des personnages secondaires, Love on Trial n’en demeure pas moins un geste politique et féministe nouveau dans le cinéma de Fukada. Le film pose frontalement la question : jusqu’où peut aller l’exploitation au nom du divertissement ? En montrant comment ces « idoles » — terme qui dit déjà tout de la déshumanisation en jeu — sont dépossédées de leur corps, de leurs émotions et de leur libre arbitre, il signe un réquisitoire contre une industrie qui fait du sacrifice féminin sa matière première.

Bande-annonce

25 mars 2026 – De Kôji Fukada