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RON HOWARD | Rencontre

Jeudi 3 décembre, nous avons eu l’opportunité de rencontrer Ron Howard à l’occasion de la sortie de l’épopée maritime Au Cœur de l’Océan le 9 décembre. Morceaux choisis de cette conférence avec le réalisateur d’Apollo 13.

Qu’est-ce qui vous a attiré à la lecture du scénario ? Est-ce l’aventure humaine, les origines de ce roman mythique, l’opportunité de faire un grand film épique ou le challenge cinématographique ?

Ron Howard : Les quatre en fait. C’est la combinaison de toutes ces valeurs qui fait du film quelque chose d’original. Il y a aussi la surprise de cette créature mythique de Moby Dick et de réaliser que c’étaient des évènements réels. Il y avait donc l’élément humain, l’élément épique, mais aussi politique, qui fait que cela nous concerne encore aujourd’hui.

Êtes-vous un grand fan du roman Moby Dick d’Herman Melville ?

R. H. : Non, mais je respecte le roman bien sûr et j’ai vu deux fois le film de John Huston. J’ai toujours été fasciné par les comédies dramatiques qui se déroulent dans l’océan. Il y a quelque chose d’effrayant et de mystérieux. L’océan me fait peur.

Pour quelle(s) raison(s) ? 

R. H. : J’étais ce que l’on appelle un « enfant-star » et lorsque j’avais 8 ans, j’ai joué dans le film Road 66 où je devais sauter dans l’océan. Je savais nager, mais c’était la première fois que je sautais dans un véritable océan. Sous l’eau, j’avais l’impression que ça n’en finissait plus, que c’était éternel. Il n’y avait même plus de bulles, j’étais encore sous l’eau et je voyais tout le bleu de l’océan. Finalement, lorsque je suis remonté à la surface, j’ai crié « papa ! » et heureusement, dans le film, mon personnage en avait effectivement un. J’ai dû refaire la scène et tout s’est bien passé, mais par la suite, il y a eu beaucoup d’excitation autour du lieu de tournage. Et j’ai vu des personnes tirer quelque chose de l’eau. C’était un requin qu’ils sortaient de l’eau ! Il était donc juste à côté de moi. C’est de là que vient ma peur.

Puis j’ai réalisé le film Splash au début des années 80. Le film se passait au milieu de l’océan (et raconte une histoire d’amour entre une sirène incarnée par Daryl Hannah et un maraîcher joué par Tom Hanks – ndlr). J’ai dû apprendre à faire de la plongée sous-marine, car je devais filmer la sirène. C’est cela qui m’a permis de dépasser ma phobie. Depuis, j’ai fait plusieurs films sur l’océan, mais ce n’est pas quelque chose que je n’admire par plaisir.

J’ai compris quelque chose en réalisant Splash et Cocoon. Je voulais réaliser un film qui se passerait entièrement sur l’eau. En 1983 et 1984, j’ai tenté de faire un film sur Greenpeace et le Rainbow Warrior. Tout était planifié et préparé, mais je n’ai pas obtenu les finances nécessaires. Il y a quinze ans, j’ai voulu réaliser une aventure maritime au XIXe siècle adaptée de Jack London, mais le projet était beaucoup trop cher. Il a donc disparu. C’est pour cela que lorsque Chris Hemsworth, sur le tournage de Rush, est venu me proposer le scénario d’Au Cœur de l’Océan, je me suis dit que c’était le moment. J’avais l’expérience, l’acteur pour incarner Owen Chase, puisque la relation avec Chris se passait très bien, et l’histoire réunissait les valeurs de ces films avortés. 

Qu’est-ce qui vous a intéressé dans la personnalité d’Owen Chase ?

Ron Howard : C’est sa transformation qui m’intéressait, le fait qu’il gagne en humilité. C’est une chose très dure pour lui au départ, car c’est un homme extrêmement fier et c’est cela qui le pousse dans tout ce qu’il fait. Mais là, à cause de sa confrontation avec la baleine, il va se sentir tout petit, insignifiant, et cela va rééquilibrer la pensée de cet homme et son attitude.

Qu’avez-vous en commun avec lui ?

R. H. : Je comprends l’ambition, la frustration, et le fait qu’il faille dépasser les préjugés que l’on peut avoir sur vous-même. Enfant, quand j’étais acteur, je rêvais déjà de faire des films et quand j’ai commencé à l’exprimer, on me prenait pour un effronté. Les gens me disaient « Toi, réalisateur ? C’est mignon. À 30-35 ans, tu pourras peut être commencer à le faire« . J’avais alors 18 ans et voulais le faire tout de suite.

Pourquoi ne pas avoir tourné le film en Cinémascope ?

R. H. : À cause de la hauteur des bateaux. On a senti que l’on avait surtout besoin de hauteur dans l’image. Si on avait pu, on l’aurait même fait en 4/3. Mais je ne crois pas que le studio aurait apprécié l’idée ! (rires) C’était vraiment le format le plus adéquat aux types d’images que l’on voulait créer.

La lumière est très importante dans le film. Vous avez travaillé avec Anthony Dod Mantle, qui a collaboré avec des cinéastes tels que Danny Boyle ou Lars von Trier. Pourquoi l’avoir choisi lui précisément ?

R. H. : J’avais travaillé avec Anthony sur Rush et j’avais été très impressionné par son travail et notre collaboration. On était tous les deux totalement en phase. Pour moi, l’aspect graphique doit exprimer l’état émotionnel des personnages. Pour cette histoire, il y avait cet aspect classique de l’histoire, mais je voulais aussi lui donner une touche moderne et esthétique. C’est là qu’Anthony a pensé à mélanger l’ancien et le nouveau sur le plan cinématographique, tout en donnant aux acteurs, la possibilité d’être en relation totale avec la mer et le cachalot. On voulait une sorte d’osmose. Aussi, l’intimisme et l’intensité étaient des choses très importantes pour moi. Et Anthony a une énergie incroyable, il va prendre une caméra, aller dans des recoins inhabituels auxquels on ne penserait pas, pour trouver des angles particuliers et créer une énergie visuelle qui aide énormément.

Dans votre filmographie, vous explorez différentes formes de courage, sous différents angles. Est-ce que c’est quelque-chose que vous recherchez vraiment, et si oui, est-ce qu’il y a d’autres angles que vous aimeriez encore explorer ?

Ron Howard : J’ai toujours été intéressé par la façon dont un personnage peut être testé et challengé par des évènements inhabituels. Certains ont un courage naturel, d’autres non, et vont devoir relever le challenge. C’est une thématique qui m’intéresse. J’aime le fait qu’à travers mes films, on se pose la question de savoir si personnellement, on aurait le courage de faire telle ou telle chose. Je ne sais pas si je suis courageux moi-même, mais j’aime m’inspirer dans ma vie personnelle, des histoires que je peux voir, qu’elles soient fictives ou non, au cinéma ou dans l’actualité. Cela dit, je ne cherche pas à tout prix à injecter ça dans mes histoires, à le fabriquer pour m’en servir. Mais si ça se présente, je vais l’explorer.

Où en est votre projet sur les Beatles ?

R. H. : Maintenant que mes enfants ont grandi, j’ai plus de temps. J’avais déjà fait un documentaire sur Jay-Z qui s’appelle Made in America, et j’y avais pris beaucoup de plaisir. Pendant Rush, les producteurs m’ont parlé de ce projet et je me suis senti comme invité à le faire. J’ai très envie de le réaliser, je vois cela comme une grande odyssée. J’espère être à la hauteur de ce groupe, de leur histoire. Pour l’instant, j’apprends énormément du parcours de ces génies.

Il semblerait que l’on va enfin voir l’adaptation de The Dark Tower (le roman de Stephen King – ndlr) en 2017 mais vous n’allez pas le réaliser. Pourquoi donc ?

Ron Howard : Je n’ai pas vraiment le droit d’en parler mais on a aux commandes, un très bon réalisateur danois (Nikolaj Ancel, réalisateur de l’excellent Royal affair – ndlr) et ça s’annonce prometteur. Si vous êtes un fan comme je le suis, vous allez adorer, je pense.

Propos recueillis et édités par T. Gaucher et N. Rieux pour Le Bleu du Miroir, le 3 Décembre à Paris.

Remerciements : Warner Bros France


Avis en bref – C’est assez, dit la baleine.

Grand conteur aimant mettre en image le courage des hommes face à l’adversité, Ron Howard offre une aventure épique mise en valeur par des séquences intimistes. Malgré quelques effets spéciaux limites en raison des limites budgétaires, l’Essex et son équipage nous embarquent pour une grande aventure. 6/10




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