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QUELQUES MINUTES APRES MINUIT

Poignant

Conor O’Malley est un jeune garçon solitaire. Il se réfugie dans ses dessins pour passer outre son statut de paria à l’école, moqué de surcroît par le cancer de sa mère. Une nuit, un immense monstre de feu et de bois toque à sa fenêtre…

Conte du XXIe siècle.

Juan Antonio Bayona nous avait déjà habitués aux atmosphères léchées avec L’Orphelinat. Même constat sur Quelques Minutes Après Minuit (A Monster Calls en VO). Ici, le fantastique ne tire plus vers l’angoisse comme pour son premier film mais plutôt vers une atmosphère pesante, empreinte des traumatismes et des visions déformées de l’enfance. Il faut dire que Conor (Lewis MacDougall), le jeune protagoniste du film, est une cible toute trouvée. Pas vraiment gâté par la vie, sa mère (Felicity Jones) souffre d’un cancer qui s’étend trop rapidement. Aussi mature qu’il soit, le jeune Conor n’a d’autre choix que de se réfugier autant dans ses pensées que chez sa grand mère (Sigourney Weaver). À noter la performance lumineuse et juste de MacDougall, élément indispensable à la bonne tenue du film. Une révélation.

L’introduction du film, lente, révèle par petites touches de subtilités les enjeux des douleurs de ses personnages. Le spectateur, filtré par le biais des perceptions de Conor, vogue avec les déformations de la représentation de son monde. Alors qu’on pouvait les redouter, Quelques Minutes Après Minuit évite avec bonheur les écueils de l’héroïsme de surface des blockbusters young adult. Le film ne tombe pas non plus dans la mièvrerie naïve d’une enfance à douleurs superficielles. Ici, les métaphores et images narratives ne servent pas à émerveiller le spectateur, mais plutôt à confondre de confusion, de frustration et donc de colère son protagoniste.

Amoral n’est pas immoral

Dès lors que l’horloge sonne les 12 coups, le film bascule. Du drame familial, dont Bayona possède une expérience plutôt réussie avec The Impossible, le film vire vers un fantastique qui ramène par le conte à l’enfance. La rupture ne peut pas se manquer : elle est symbolisée par des séquences animées inspirées. Loin d’être infantiles, ces encarts de déconstruction de mythes font voler en éclat les préconceptions saveur Disney des princes et princesses, des héros et des méchants. On touche alors du doigt le coeur de Quelques Minutes Après Minuit : sa portée, tel un conte du XXIe siècle. En se concentrant exclusivement sur son propos, sur le deuil, la colère et l’acceptation, en embrassant la douleur de son sujet, Bayona observe une intégrité à toute épreuve.

Quelques Minutes Après Minuit reprend la forme des histoires des frères Grimm : il parie sur un fond dur et rugueux mais abouti derrière un fard d’imaginaire inquiétant. L’esprit est parfaitement retranscrit dans son contexte contemporain. Les preux chevaliers divorcent et ne reviennent au royaume que pour la garde alternée. L’amour du bon peuple n’a que peu de valeur face à la souffrance personnelle. Les potions-miracle ne fonctionnent pas, parfois. La finalité est aussi brutale qu’intéressante : un conte moderne n’a pas de morale. Il fonctionne comme une causalité. Qu’on l’accepte ou non, le sort en est jeté. Ne reste plus qu’à jouer éternellement avec mensonges et vérité.

Le seul regret qui émane de Quelques Minutes Après Minuit provient de son rythme et de sa mise en scène. Si le montage est impeccable, si certains cadrages intriguent et émerveillent, on ressent comme un entre-deux inconfortable. Jamais complètement enfant, jamais complètement adulte, Bayona est parfois freiné dans sa course par un passage à niveau frustrant, laissant échapper ça et là quelques scènes de pathos superflues, comme un train-train pluvieux qui fait perdre à certains propos leur force émotionnelle. Pour autant, Quelques Minutes Après Minuit reste un film de haute facture, dont les petits défauts ne sauraient éclipser un objet digne de la plus grande curiosité.

La fiche

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QUELQUES MINUTES APRÈS MINUIT
Réalisé par Juan Antonio Bayona
Avec Lewis MacDougall, Sigourney Weaver, Felicity Jones… 
Etats-Unis, Espagne, Canada – Drame, Mélodrame fantastique

Sortie en salle : 4 janvier 2017
Durée : 108 min

 




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