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PEACE TO US IN OUR DREAMS

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Sensoriel flottant

Une journée d’été. Un homme, sa compagne actuelle et sa fille arrivent dans leur maison de campagne pour le week-end. Depuis la mort de sa mère, la fille de 16 ans vit désormais avec son père qui ne s’occupe pas beaucoup d’elle. Il est fatigué de sa routine quotidienne au travail et ne sait pas où trouver la force pour continuer. Sa femme, une violoniste, a perdu la joie de vivre. Elle est perdue entre la musique, l’amour et sa carrière. Même si l’homme et la femme s’aiment, leur relation est tendue et sur le point de s’effondrer.

Quête de paix.

Avec son neuvième film, Peace to us in our dreams, Sharunas Bartas nous propose de suivre, pendant 1h47, les rares occupations d’un veuf déprimé, de sa fille et de sa compagne violoniste alcoolique, durant leur petit week-end dans la maison de campagne, où il sera plus question de fuite que de retrouvailles. Une parenthèse propice à l’expression des angoisses et tourments de ces individus.

Bartas – interprète du père par ailleurs – les filme dans une économie de moyens qui pourrait apporter toute sensation de mouvement, afin de mieux montrer la colère qui sommeille en eux et qui ne peut se traduire que par la tristesse. Tristesse communicative, qui se transforme vite en un ennui poli face à cet univers où les personnages s’expriment à travers des dialogues terriblement sentencieux. À un moment un personnage se dit « J’ai l’impression qu’il va se passer quelque chose », et l’on en vient à espérer avec lui. Mais c’est peut-être là l’intérêt du film, subir ce vide avec eux, nous traîner dans leur malheur qui les pèse, fait de retenue et de silence. Il souligne de ce fait parfaitement la puissance de la parole, et lorsque le père parle il est d’une sagesse précieuse. Mais c’est aussi cette impossibilité à communiquer entre les protagonistes, créatrice de tensions, qui déplaira à certains.

Mais à ces réflexions verbales sur la vie et la mort on préférera le regard du réalisateur sur les paysages qui l’entourent qu’il filme comme des êtres humains, au plus près d’eux. Alors on passe le temps à contempler leur beauté confondante, le réalisateur s’y attardant longuement comme s’il s’agissait de photos, mises en scène de façon onirique par laquelle on se laisse bercer tout le long du film, les yeux papillonnants.

La relation difficile à cerner qu’il entretient avec sa conjointe est une autre frustration du film. Mais l’homme se remet de la mort de sa femme, et c’est là que la réalité rejoint la fiction et que l’on s’interroge sur le degré autobiographique du film. Le fantôme de sa défunte muse, l’actrice Katarina Golubeva, hante véritablement le long-métrage et apparaît sur les photos de famille puis dans le film en Super 8, révélant alors toute la puissance d’évocation du cinéma.

Sharunas Bartas offre avec Peace to us in our dreams un film conforme à son cinéma, mais sans réelles surprises cette fois, nous amenant à regretter le côté dépouillé de ses précédents films. Dire qu’il est plus bavard qu’à son habitude risquera d’en décourager bon nombre à découvrir ses précédents films. Pour les plus téméraires, adeptes de paysages intemporels, ils pourront toujours se baigner dans la beauté contemplative de ce film sensoriel, d’un réalisateur qui continue de creuser son sillon singulier, et excelle dans l’art de filmer l’indicible.

La fiche

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LES CHANSONS QUE MES FRÈRES M’ONT APPRISES
Réalisé par Sharunas Bartas
Avec Sharunas Bartas, Lora Kmieliauskaite, Ina Marija Bartaité…
France, Lituanie – Drame
Sortie en salle : 10 Février 2016
Durée : 102 min




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