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MOONRISE KINGDOM

8
Irrésistible

Sur une île au large de la Nouvelle-Angleterre, au cœur de l’été 1965, Suzy et Sam, douze ans, tombent amoureux, concluent un pacte secret et s’enfuient ensemble. Alors que chacun se mobilise pour les retrouver, une violente tempête s’approche des côtes et va bouleverser davantage encore la vie de la communauté.

Après avoir visionné plusieurs oeuvres de la filmographie de Wes Anderson, je restais plutôt sceptique quant à son univers. Rushmore ne m’avait pas vraiment emballé, La famille Tenenbaum contenait de très belles choses qui se noyaient dans un gros fatras agaçant, La vie aquatique ne m’avait absolument pas intéressé et je n’avais même pas pris la peine de me déplacer pour Darjeeling Limited. Tout récemment j’avais pourtant légèrement revu mon jugement, ayant été plutôt charmé par son adaptation de Fantastic Mr Fox. La sortie de son nouveau film, Moonrise Kingdom, allait donc permettre de persévérer dans ce réajustement ou de considérer l’adaptation du bouquin de Dahl comme l’exception.

La bande-annonce était déjà très séduisante… le film l’est encore plus ! Tout ce que vous pouvez apercevoir dans la bande-annonce figure dans ce film : l’énergie, le charme, la magie, l’émotion, l’humour et la beauté. L’énergie, de cette réalisation rythmée et colorée, de cette mise en scène stylisée et géométrique, de ses personnages qui s’agitent comme ils peuvent pour poursuivre leurs idéaux. Le charme, de l’enfance, de l’insouciance, des rêves en couleurs, des années 60, du camping sauvage, des tourne-disques et des paires de jumelles. La magie, de l’amour indéfectible et pur, de l’attachement, de l’aventure, des premiers baisers du bout des lèvres. L’émotion qui nous pince ou nous submerge parfois face aux aléas que l’on rencontre. L’humour, qui naît des situations que Wes Anderson met en place avec son acolyte Roman Coppola au script (est-il le seul de la famille à avoir encore des choses à raconter ?), que ces acteurs aguéris parviennent à apporter à leurs personnages attendrissants dans leur mélancolie et leurs efforts pour être aimés. La beauté, des images, des sentiments, des paysages, des liens qui se font et se défont. Mais il y a aussi d’autres choses tout aussi fortes dans ce Moonrise Kingdom. Il y a la famille. Cette famille que l’on a et qui nous agace bien souvent ou celle que l’on n’a pas et que l’on essaie de se construire.


Il faut bien sûr féliciter les différents protagonistes d’une aussi belle oeuvre – qui n’est pas dénuée d’imperfections mais d’une sincérité absolue -aussi remarquable que terriblement attachante. Le casting pour commencer. Tout le monde est parfait. Chaque rôle, même le plus petit, apporte sa pierre à l’édifice : Bruce Willis, policier romantique solitaire « triste et nigaud », Bill Murray, père déconnecté et loufoque, Edward Norton, apprenti chef de camp au coeur tendre, Frances McNormand, mère dépassée et perdue, mais aussi et surtout les deux jeunes acteurs qui forment un ravissant tandem : Jared Gilman et Kara Hayward. Le premier étonne et détonne avec son assurance, sa diction, ses lunettes un peu trop grandes qui complète son allure d’orphelin brillant et mal-aimé qui ne se laisse pas faire. La seconde épate et envoûte du haut de ses douze-treize ans. Sa présence à l’écran est captivante, sa maturité impressionne. Ensemble, ils forment un duo irrésistible de jeunes amoureux inséparables.

Louons également le travail de l’équipe technique. A sa tête, le chef d’orchestre Wes Anderson qui brille aux manettes mais également à la plume aux côtés de Roman Coppola (évoqué ci-dessus), composant avec son équipe de magnifiques tableaux débordant de vie et de couleurs grâce au boulot formidable à la photographie (Robert D. Yeoman), aux décors (Adam Stockhausen), aux costumes (Kasia Walicka-Maimone) et bien entendu à la musique où la partition d’Alexandre Desplat enchante et envoûte.

Décidément, ce 65e Festival de Cannes commence très fort et a déjà de belles choses à nous offrir. En moins de deux jours, il a déjà vu débarquer sur les écrans deux oeuvres magnifiques dont ce Moonrise Kingdom magique qui a fait l’ouverture en donnant le tempo d’une compétition de haut niveau.

WES ANDERSON | 94 MIN | 16 MAI 2012 | BRUCE WILLIS, EDWARD NORTON, JARED GILMAN, KARA HAYWARD




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Bob Morane
Invité
On a pas du voir le même film 🙂 je me suis ennuyé devant autant de fadeur, de surjoué, de gags à deux balles sur une romance de pré ados qui ne ressemblent à rien… pas nul ni mauvais, juste pas bien, Quant à Darjeeling Limited c’était d’une nullité confondante. Wes fini par me gaver 🙂
Jujulcactus
Invité
Comme toi je suis tombé sous le charme de ce conte surréaliste 🙂
Je ne sais pas trop ce à quoi il pourrait prétendre à Cannes, mais un prix pour sa mise en scène serait amplement mérité, c’est tellement singulier, j’ai vraiment eu l’impression d’être dans un film d’animation parfois…
Mo5kau
Invité
Anderson a au moins le mérite d’avoir un univers bien à lui. Je n’ai pas vu tous ses films, mais j’avais bien aimé La Famille Taunenbaum et adoré The Darjeeling Limited. Ce Moonrise Kingdom s’impose. A voir bientôt donc !
L'accro aux dvd
Invité
Je le trouve un peu en dessous de ce que le texan a pu faire auparavant. Tous les ingrédients d’un bon Wes Anderson sont là mais j’avoue que le point de vue du néo couple d’ados m’a un peu lassé au cours du film. Le casting était pourtant suffisamment massif pour en exploiter la teneur. Dommage.
Au passage le gamin a un faux air de Sean Lennon (fils de) et de l’acteur principal de Submarine sorti l’an dernier. Suis je le seul à voir ça ?
selenie
Invité
Très beau conte nostalgique où les adultes ne sont pas les plus matures. Anderson s’améliore de film en film… 3/4
pierreAfeu
Invité
Tu as eu grand tort de ne pas t’être déplacé pour À bord du Darjeeling limited, qui est à mes yeux le meilleur film de Wes Anderson. Tu y retrouverais tout ce que tu as aimé ici, mais en mieux. Pour ma part, et pour les mêmes raisons, je suis un peu déçu par ce Moonrise kingdom…
Ana
Invité
Ana
Ne place tout de même pas trop d’espoirs dans Darjeeling, en fan absolue (oui oui) et donc totalement non objective de l’univers de Wes Anderson, je trouve tout de même qu’il fait partie des moins bons (même si la palme revient à Bottle Rocket, suivi de près par Rushmore). Si tu n’as pas aimé La Famille Tenenbaum ni La Vie Aquatique, il n’y a aucune raison pour que tu l’apprécies.
(et j’espère vraiment que l’Utopia le diffusera, une fois ce terrible Month Of May terminé)
alex
Invité
Je découvre. Trés joilie présentation et bon choix de films
Bonne continuation
ffred
Invité
Pour moi le moins bon de Wes Anderson. Même si on retrouve bien son univers, j’ai trouvé cela un peu gentillet et clairement pour les enfants…
fredastair
Invité

Jolie et enthousiaste critique (surtout le 2e paragraphe) pour un film que j’ai moi-même beaucoup apprécier, même si je ne fondais pas beaucoup d’espoirs dessus. Je suis le mouvement inverse du tien : j’étais un bon fan de Wes Anderson (« la Famille Tenembaum » m’avait subjugué) jusqu’à « Fantastic Mr Fox », qui m’avait soûlé et où la redite de son univers géométrique se faisait trop sentir. « Moonrise kingdom », à l’inverse, prend un peu l’air et s’offre des séquences d’une innocence et d’une grâce absolue (la plage, of course), bercée par une bande-son magique signée Desplat. Pas beaucoup de surprise, mais un enjouement… Read more »

fredastair
Invité
(et désolé pour les fautes dans le post précédent !)
Phil Siné
Invité
très chouette film en effet, avec d’excellents acteurs ! je confirme… 😉
Platinoch
Invité
Pas du tout accroché ce nouveau Wes Anderson, qui peine tout de même à se renouveler. A trop privilégier la forme que le fond, son film a surtout susciter en moi l’ennui…
neil
Invité
Hallelujah on est enfin d’accord sur un film. Et hallelujah tu aimes enfin un film avec Tilda Swinton. Tu vas voir, tu vas finir par attendre avec impatience la sortie de ses films.
Squizzz
Invité
Effectivement, tu as encore plus revu ton jugement que moi sur Anderson 😉
J’entends tout ce que tu dis et j’ai moi-même trouvé pas mal de qualités au film, mais je trouve que l’univers trop marqué limite quand même les émotions qui ont du mal à être vraies. Et puis il y a peut-être trop de choses de développées au point qu’elles ont du mal à être vraiment approfondies dans ce fouillis.
Mo5kau
Invité
Pas du tout déçu par le dernier film d’Anderson. Aussi plaisant que son Darjeeling Limited !
trackback
[…] nous avoir enchantés avec Moonrise Kingdom, considéré par certains cinéphiles comme la synthèse fantaisiste de son cinéma à hauteur […]
trackback
[…] l’irrésistible tandem formé par Bob Balaban et Bill Murray (déjà à l’affiche de Moonrise Kingdom). Les autres interprètes en revanche cabotinent généreusement (Jean Dujardin en tête…) et […]