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MARGUERITE & JULIEN

8
Melo pop

Julien et Marguerite de Ravalet, fils et fille du seigneur de Tourlaville, s’aiment d’un amour tendre depuis leur enfance. Mais en grandissant, leur tendresse se mue en passion dévorante. Leur aventure scandalise la société qui les pourchasse. Incapables de résister à leurs sentiments, ils doivent fuir…

La fleur bleue au fusil.

C’est l’histoire d’un amour absolu. Et interdit, car Marguerite et Julien sont frère et sœur. Un drame glauque et scabreux ? Non. Valérie Donzelli ne s’appesantit pas sur le tabou de l’inceste et tient les questionnements moraux à l’écart. Sa mise en scène n’est que distanciation, à l’image de ces acteurs figés autour desquels la caméra furète pendant quelques secondes avant qu’ils ne sortent, soudainement, de leur immobilité. Les anachronismes abondent et tissent, eux, la dimension fantaisiste d’une histoire narrée comme un conte. Il y a le prince charmant et la jeune fille séquestrée, le satyre et la marâtre…

La réalisatrice de La Guerre est déclarée – qui injectait de la fiction pure dans un matériau autobiographique – modèle a son gré un fait divers survenu au Moyen Âge. Elle en fait une fable fantastique racontée à des écolières suspendues aux lèvres de la narratrice. L’histoire de Marguerite et Julien s’aventure aussi du côté de la légende urbaine : les rumeurs disent avoir aperçu les deux amants maudits au marché mais les témoignages discordants se révèlent n’être pas plus crédibles que n’importe quelle divagation fantaisiste. Et lorsqu’une série de photos s’immisce dans le montage pour dépeindre une arrestation, c’est un domaine plus journalistique qui est investi. Dans ce dernier cas, en dehors de la crudité des images, il n’est pas question de rechercher le réalisme. Valérie Donzelli (dé)multiplie les artifices et les assume.

> > > Lire aussi : notre entretien avec Valérie Donzelli

Son parti-pris a déconcerté plus d’un festivalier à Cannes. Que le film ait été éreinté sur la Croisette n’est pas une surprise : comment le Grand Palais du cynisme pouvait-il accueillir autrement une œuvre qui n’a que faire du cérébral et avance le cœur en bandoulière ? Marguerite et Julien embrasse pleinement le romantisme et ne s’en excuse pas. Donzelli filme la fleur bleue au fusil : on se serre dans les bras au ralenti, on hurle son désespoir en tombant à genoux, on se murmure des « Toujours »‘ et des « Encore ». Les archétypes du mélodrame, l’esthétique du tragique et la trivialité des telenovelas s’entremêlent sans hiérarchie mais toujours au premier degré. C’est osé, et Valérie Donzelli n’économise pas son culot. Elle n’hésite pas à inviter clavecin et sonorités électro à voisiner dans la BO, ni à faire décoller son héroïne moyenâgeuse en hélico ou à armer d’un appareil Lomo un personnage qui a vécu deux siècles avant l’invention de la photo. Ce méli-mélo temporel n’a rien de gratuit. Ces oxymores esthétiques rappellent constamment une autre contradiction : l’univers décrit clame sa facticité, mais le romantisme qui est à l’œuvre ne peut être circonscrit à une seule époque, ni au seul domaine de la fiction : c’était il y a des siècles, c’était avant-hier, c’est aujourd’hui et ça sera dans cent ans ; tout le temps et jamais.

Tout est parti d’un scénario que Jean Gruault destinait à François Truffaut. Le réalisateur des Quatre cent coups ne l’a jamais tourné, mais Marguerite et Julien est truffé de réminiscences truffaldiennes (l’importance de la voix off, la poésie du lien épistolaire, le paysage maritime rappelant la lande des Deux anglaises et le continent…). Jacques Demy et son Peau d’âne, autre récit d’inceste sous forme de conte, ne sont pas très loin non plus. Valérie Donzelli ne se laisse jamais écraser par ces références. Son film est résolument contemporain et a de quoi rassurer ceux qui fustigent un cinéma français sclérosé. Marguerite et Julien est peut-être parfois bancal. Il boîte, mais il avance, mû par la foi en un cinéma porté par un souffle romanesque et une audace presque kamikaze. En témoigne un épilogue quasi-psychédélique, proche de l’abstraction et poussant le romantisme à son paroxysme. 

Le film envisage l’amour comme une force impalpable, implacable, fulgurante, qui s’affranchit de la morale, dépasse les obstacles et transcende le temps. Une liberté incarnée par l’aphorisme bien connu « Le cœur a ses raisons que la raison ignore ». Il était une fois Marguerite et Julien, un romantisme absolu à la déraison infinie.

La fiche

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MARGUERITE ET JULIEN
Réalisé par Valérie Donzelli
Avec Anaïs Demoustier, Jérémie Elkaïm, Frédéric Pierrot…
France – Drame, Romance
Sortie : 2 Décembre
Durée : 110 min




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