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LOGAN | Marvel a fait de moi un Super-Vilain.

Il y avait tant à faire sur ce Logan. Son titre de « meilleur des X-Men » est un poids aussi lourd à porter qu’incubateur d’espoir. À l’échelle des spin-off, constitués de X-Men Origins : Wolverine et Wolverine : Le combat de l’immortel, pas de quoi frémir. Jusqu’ici, les épisodes spéciaux sur Wolverine se contentaient d’estocades contre des vagues d’ennemis qui agrémentaient une quête d’identité un peu bidon. À l’échelle de l’ensemble des X-Men, cependant, la lutte est un peu plus équitable. Des sous-franchises de Marvel et DC, les aventures de Charles Xavier, Magneto et consorts ressortent du lot, notamment par des castings iconiques et une tendance réjouissante au clin d’oeil historique et social.

On nous présente ainsi Logan comme le plus abouti des films estampillés X-Men, un road movie sans artifices, avec Wolverine meurtri, plaies béantes, physiques et psychologiques. Après méfiance et distance, si mois de marketing et de hashtags bienveillants ont raison de notre circonspection. La faille s’ouvre au sein de notre ADN de rageux, et on se met à joindre avec bonheur le camp des enthousiastes. Et puis, au moment d’entrer dans la salle, un doute. Du même acabit que le trac antérieur au lever de rideau. On se prend à fixer l’écran laiteux du cinéma avec une appréhension quasi-touchante. Mais l’essentiel est là : on se lance devant Logan avec espoir, et non avec la défiance habituelle des Marvel. Petite victoire.

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I hope mutants love their children too

Évidemment saoul comme deux ronds de flan, c’est nauséeux et bien mal en point que Wolverine se présente en Logan. Acculé dans une station service mal fréquentée, l’introduction balance directement par dessus l’épaule tout espoir d’un chemin de croix damné pour se complaire dans une scène d’action gratuite et (un peu) graphique. Après 17 ans de franchise, faut-il encore s’évertuer à présenter Logan comme immortel en lui faisant encaisser des bastos ? Toutes les générations ont intériorisé le personnage et ses enjeux, et les plus jeunes ne sont clairement pas la cible de ce Logan là. On prie alors pour que la scène de combat, évidemment expédiée, ne soit qu’un prétexte pour mieux abandonner les mauvaises habitudes. À ce moment là, la foi est encore sauve.

Logan brille un instant. Sans être aussi absolu que le dernier Bonnello, on prend plaisir à voir ce chauffeur de limousine reconverti errer sans but ni gadgets, sans dialogue ni costume en latex. Le méchant fait une première apparition délicate, tout en verve. Quelques bons points qui s’accumulent, malgré l’incapacité chronique de James Mangold, à la réalisation, à prendre la mesure de ses extérieurs. À resserrer ses plans sur Wolverine, le spectateur gagne en proximité avec son héros, mais perd la mise en contexte de la distance entre Logan et le monde qui l’entoure.

C’est d’autant plus dommage que le poids politique et social a souvent tenu, à des échelles qualitatives et quantitatives fluctuantes mais notables, une place de choix dans l’univers de X-Men. Alors que Logan est peut être la plus belle opportunité de faire briller le propos, Mangold s’oublie totalement et relègue au second plan tout contexte sociétal. Certes, on voit bien un mur trumpesque par ci, une exploitation ethnique par là, une défiance raciale au fond. Mais dès lors qu’il est question d’aborder frontalement ces problématiques, le script panique et envoie, au choix :

  • Une horde de sbires anonymes à zigouiller. Classique, intemporel, tout plein de sang et têtes coupées pour justifier que cette fois, on ne plaisante pas, on est PG-13. En prime, les râles du vioc. On se croirait dans RED.

  • Une ancienne figure de la maison, en l’occurrence Charles Xavier, où Patrick Stewart est plus que jamais en roue libre. Ah ah.

  • Un méchant tout pérave qu’on appellera Docteur Nazi (Richard E. Grant), parce que quand on manque autant de charisme ou de valeur narrative, on ne mérite pas la mention de son nom diégétique.

  • Un autre méchant tout pérave qu’on appellera Détective Narcos (Boyd Holbrook), pour les mêmes raisons que citées précédemment, même si le côté lâche devant le fait accompli, un peu plus assumé, aurait eu quelque chose de jouissif.

Et puis il y a la petite Laura (Dafne Keen). La petite X-25* a beau être muette, elle contraste face à ce gros balourd de Logan par son hyperactivité en combat, mais surtout par de grands yeux qui expériencent le monde comme un chat qui découvre les pelotes de laine. On ne chérit rien tant que Logan assume pleinement son road-movie. Quelques éclairs fugaces éclairent la salle sur un jeu de regard, un grognement, une attitude maladroite. Et là encore, le film, le réalisateur, la production, le script, on ne sait plus, perd ses moyens. Il hyperventile. Mon Dieu, ne serait-on pas en train de prendre un risque ? Pas de combats, pas de fan service, pas de référence à un antagoniste ou un adjuvant de la franchise, pas de contusions, pas de sang. Les pneus crissent, la limousine s’arrête et se gare, littéralement, en quête d’une cause à défendre, d’un combat à mener, dans son sens premier, physique, avec de la chevrotine et des poings dans la gueule. Il y avait pourtant tant de pistes intérieures à explorer.

Logan est un addict. Un drogué. Un shooté qui ne sait pas se passer des attentes de son public, et qui ne sait jamais s’en dissocier – et encore moins s’en surélever. Il a besoin de son fix de convention. Il a besoin, dans la grande tradition de Marvel, d’expliciter jusqu’à la convulsion ses enjeux, de préparer grossièrement ses noeuds scénaristiques à grands coups de dialogues hébétés et d’inserts grotesques. Au passage, on aurait également pu mentionner Stephen Merchant en Caliban, mais dans le grand drame de sa vie, son rôle est encore insignifiant dans une grosse production. Canalise ta colère, ta lose et tes romances déchirantes dans un reboot de Hello Ladies, Stephen.

*Ce n’est sûrement pas le bon chiffre, mais franchement, j’ai pas eu la pêche d’aller vérifier. Mais je suis presque sûr que c’est entre 20 et 30. Dans le doute, j’ai fait la moyenne.
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Vers un spin-off consacré à X-23 ?

Dieu est mort. Ah.

Tous ces éléments accumulés, et le désagréable picotement devient une plaque urticante. À jouer avec nos nerfs et à multiplier les poutres apparentes, on finit par penser, agir et réfléchir comme l’ancien X-Men. Comme un vieux con. Aigri. Suffisant. Atrabilaire. Cynique. S’en suit un dernier tiers de film absolument irréel. La pellicule est presque passive face à cette désorientation innommable. Il y a effectivement quelque chose de l’ordre du pouvoir surhumain qui se déclenche. Il fait souffler une tornade dans l’ego.

Le spectateur entre dans une espèce de double réalité, où il peste contre tout ce qu’on lui présente. Dans le même temps, comme si Charles Xavier faisait son oeuvre en arrêtant le temps, il se détache de lui même et se regarde avec horreur devenir cette petite larve pestiférée contre un produit qu’il fustige pourtant à longueur de journée. Qu’il s’est promis de ne plus jamais regarder. Qu’il se regarde regarder encore une fois, avec un mélange d’empathie et de légère honte.

Il s’est encore fait berner par les loups de la comm’, lui qui clame pourtant en connaître les rouages par coeur. Tu parles. Il s’observe, non sans dédain, juger de haut ces pauvres diables qui adulent leur idole, popcorn à la main et hygiène douteuse sous le bras. C’est ce ton condescendant, cette petite manie d’attacher un stéréotype abruti sur le seul regard d’une mèche grasse, d’un vitrage de lunettes en cul-de-bouteille ou d’un excès de sébum qui le fait grassement glousser. Et c’est ce gloussement qui le débecte.

Peu importe ce qui se passe à l’écran désormais. Il traque sa proie, renifle chaque plan pour anticiper ses mouvements d’humeur qu’il réduit à un automatisme bidon. À chaque esclaffe, à chaque appréhension, la nouvelle preuve de l’achèvement de sa prophétie auto-réalisatrice. Tous des bêtes, à se faire dévorer par cet affreux crocodile de film aux dents acérées, et à retourner sagement s’abreuver au lac alors que la flotte a encore un goût de sang. Tous des cons, en suivant la métaphore filée.

Peu à peu, la haine l’envahit. Ce don, cet espoir, cette folle potentialité qui est en lui est travaillée, puis polie, puis poncée, jusqu’à faire du calcaire des possibles un marbre froid et implacable dont la texture se répète à l’infini. Il tremble. Les scientifiques en blouses blanches lui injectent de force leur sérum générique. Les producteurs en costumes noirs lui assènent les mêmes images sur les mêmes structures, encore et encore.

Chaque seconde de réalité n’est plus que prétexte à chaos, rabaissement, haine, violence et destruction. L’ego dévore tout sur son passage, jusqu’à ce que la distance raisonnable du « il » devienne l’appétit gargantuesque du « je ». Qu’ils me haïssent tous si ça leur chante, ils sont aussi mortels que moi. Je me déteste cent fois autant que je déteste ce film et ceux qui y trouvent un quelconque attrait. Je déteste cette critique en forme de rumination perverse, égocentrique crachat qui n’apporte rien au débat, prête à s’auto-détruire, défiance vaine et faible sur mille angles. Je déteste ce cynisme désemparé. Je déteste par dessus tout que ce cynisme soit désormais le seul carburant de mes pensées. Je déteste qu’un film puisse avoir cet effet là sur moi.

Marvel a fait de moi un Super-Vilain.




Il y a 2 commentaires

Ajoutez le vôtre
  1. Lorenzo
    Ce n est pas Marvel qui est à l origine du film mais la fox comme pour pour toutes les productions de l univers x men dont elle a aquis les droits. Marvel n a par ailleurs aucun droit de regard. Donc ce serait plutôt la Fox à fait de moi un super vilain.
    Sinon je suis surpris par votre degré d exigence. Vous attendiez vous à un film d auteur? Il s agit avant tout d un blockbuster. Le scenario va a l essentiel et il n y a jamais un travail d écriture particulièrement exigeant dans ce type de production. On est dans le plaisir simple voir la régression. Je constate néanmoins que cela suscite chez vous de grandes réflexions assez remarquable sur le plan de la forme mais qui me dépasse quelque peu au regard du sujet traité.
    Ps: un logan dans l esprit du septième sceau de Bergman ça aurait pu le faire également
    • Robin Souriau
      Alors, pour répondre :

      1/ factuel, mais néanmoins vrai !
      2/ L’origine de la frustration, de forme comme de fond, de ce billet d’humeur sur Logan est née en partie justement d’une attente. Si Logan nous avait été vendu comme n’importe quel autre Marvel (Fox ou Disney confondus), j’aurais écrit 2 paragraphes comme quoi c’est bouerf un peu nul avec deux trois plans sympas, et basta. C’est moins le film en lui-même qui m’a énervé, mais plutôt le fait de m’être fait pigeonner comme un bleu (ah ah) par un service comm’. Je me suis senti con en sortant du film, et quand on se sent con, on écrit comme un con.
      3 – PS/ C’est exactement mon attente pour Infinity War. On verra.


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