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LA TORTUE ROUGE

9
Somptueux

À travers l’histoire d’un naufragé sur une île déserte tropicale peuplée de tortues, de crabes et d’oiseaux, La Tortue rouge raconte les grandes étapes de la vie d’un être humain. 

Circle of life.

Ployant sous le poids d’écrasantes vagues prêtes à tout emporter sur leur passage, un homme lutte pour sa survie au cœur d’une mer déchaînée avant d’être rejeté, épuisé et désorienté, sur une mystérieuse île déserte. Narrant, dès cette sidérante séquence introductive, la relation tumultueuse existant entre l’homme et la nature, La Tortue Rouge, prix spécial « Un Certain Regard » au dernier festival de Cannes, s’évertue à la reconstruire et à en redéfinir les contours par le prisme d’un conte philosophique et humaniste.

Longuement travaillé et réfléchi avant de bénéficier du soutien précieux des studios Ghibli (collaborant exceptionnellement avec un cinéaste étranger) et de Pascale Ferran (co-scénariste), le somptueux premier film de Michaël Dudok de Wit (après, notamment, deux courts très remarqués, Le Moine et le Poisson, césarisé en 1996, et Père et Fille) se vit comme un périple aux confins de la simplicité et de la grâce. Dans la finesse de son trait, la fluidité du récit, l’universalité de son propos et son admirable gestion de l’émotion, La Tortue Rouge provoque une délicate sensation d’inédit, un moment suspendu privilégiant l’essentiel à l’artificiel.

Loin des films d’animation saturés par les contraintes inhérentes au divertissement, Michaël Dudok de Wit s’engouffre dans la brèche ouverte par Hayao Miyazaki, celle regorgeant d’une rêverie, d’un émerveillement et d’une lucidité permanents. Ici, les retournements de situations ubuesques, les happy-ends forcés ou l’avalanche de bons sentiments sont définitivement relégués aux oubliettes afin de laisser toute la place à un imaginaire sans limites. Entre utilisation du numérique et technique traditionnelle au fusain, le réalisateur s’emploie à y faire renaître un cinéma capable de sacrifier les mots pour se recentrer sur son unique puissance visuelle.

Vaste symbole de la solitude du naufragé, La Tortue Rouge saisit, à la fois, l’inéluctabilité du destin mais aussi l’éphémérité et la fragilité des instants de bonheur quotidiens. En métaphorisant l’acharnement, puis le renoncement et l’abandon de soi, le film questionne les liens familiaux, le fardeau des remords et l’évolution d’une vie, parfois fantasmée ou, au contraire, ancrée dans une réalité douloureuse. Baigné d’un lyrisme qui crève le cœur et d’une confiance absolue en son spectateur, il confirme avant tout le talent brut d’un artiste méticuleux, s’approchant au plus près de la perfection grâce à des choix toujours nourris par un désir de cinéma émouvant.

La fiche

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LA TORTUE ROUGE
Réalisé par Michael Dudok de Wit
France, Belgique – Animation
Sortie : 29 Juin 2016
Durée : 80 min




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тном ряиPhilippe Villien Auteurs de commentaires récents
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Philippe Villien
Invité
Merci pour cette juste critique. Nous avons vu ce soir ce film avec notre fille de sept ans et elle a pleuré à la fin, sans retenue. C’était beau.
Thomas Périllon
Administrateur
Ooooh ! C’est formidable. Votre fille a certainement beaucoup de sensibilité et d’empathie. Votre commentaire nous touche vraiment. Quoi de plus beau que de l’émotion pure devant une fable d’une telle splendeur.