featured_Kings

KINGS | Pourquoi on continue de croire en Deniz Gamze Ergüven

 1992, dans un quartier populaire de Los Angeles. Millie s’occupe de sa famille et d’enfants qu’elle accueille en attendant leur adoption. Avec amour, elle s’efforce de leur apporter des valeurs et un minimum de confort dans un quotidien parfois difficile. A la télévision, le procès Rodney King bat son plein. Lorsque les émeutes éclatent, Millie va tout faire pour protéger les siens et le fragile équilibre de sa famille.
 

C’est toujours un peu triste d’être déçu par un film que l’on attendait depuis plusieurs mois. Parce qu’après Mustang, on guettait forcément ce nouveau col à franchir, ce fameux « film de la confirmation », réputé ardu. Cette deuxième étape devient d’autant plus périlleuse quand il faut traverser l’Atlantique et gérer une production hollywoodienne. Bon nombre de cinéastes européens s’y sont cassés les dents. Malheureusement, il semblerait que ce premier coup d’essai de la jeune réalisatrice franco-turque confirme cette tendance.

En effet, son Kings enterré puis déterré suite à l’enthousiasme de Halle Berry – rencontrée par la réalisatrice durant sa campagne Oscars pour Mustang – ne tient pas ses belles promesses. C’est même, il faut l’admettre, une déception déconcertante. Si le long-métrage possède quelques étincelles intermittentes, avec un potentiel émotionnel évident, la structure du film le rend aussi décousu qu’incertain avec un sentiment d’inachevé troublant. Si les jeunes comédiens sont en roue libre, avec cette même liberté de jeu que la bande de filles de Mustang, les acteurs chevronnés que sont Berry et Craig paraissent un peu rigides. Et la mayonnaise de ce classique récit de mère-courage peine à prendre.

Bien sûr, Kings reste chargé d’histoire jusque dans son titre quasi-éponyme (en référence à Rodney King) et n’est pas dépourvu d’instants forts. Le shooting dramatique dans l’épicerie, en début de film, ne manque pas d’interpeler dans un contexte social où les bavures raciales sont légion. Deniz Gamze Ergüven illustre plutôt bien l’hystérie et le chaos qu’entrainent la colère de l’injustice. Mais c’est au niveau de la dramaturgie que le film manque de consistance pour marquer durablement.

Il appartient alors de regarder devant et de garder espoir alors que de nouveaux horizons se profilent. Son troisième film, The lifeboat avec Anne Hathaway, est déjà annoncé, chargeant dans sa cale de nouveaux espoirs. Parce que lorsque l’on a été autant touché par le regard d’une artiste, on sait qu’il ne faut parfois pas grand chose pour que la magie opère à nouveau. Parce qu’avec son regard atypique ne manquant ni d’audace ni de sensibilité, la cinéaste saura rebondir de plus belle. Parce qu’au lieu de chercher le confort, Deniz a su prendre un risque et concrétiser ce projet de longue date. Certains ne paient pas, mais la réussite finit toujours par sourire aux audacieux.




Il n'y a aucun commentaire

Ajoutez le vôtre