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DOPE

6
Brûlant d'énergie

Malcom fait tout pour survivre dans un quartier chaud de Los Angeles, jonglant entre inscriptions et entretiens pour entrer à l’université. Une invitation à une soirée underground va l’entrainer dans une aventure qui pourrait bien le faire passer du statut de « geek » à celui de mec cool, un « dope », pour finalement être lui-même.

Geek in the woods.

La trame narrative à beau ne pas être très innovante, ce « Geek in the Woods », est lancé à pleine vitesse sur les railles d’un scénario à la fois simple et complètement déjanté. C’est ce qui frappe dés les premières minutes du film, son souffle, brûlant d’une énergie communicative. L’objet cool et hype produit – entre autres – par Forest Whitaker, Sean Combs a.k.a. P. Diddy et Pharrell Williams (qui compose aussi la musique originale, dans le style de son groupe N.E.R.D.), est bien entendu livré dans une enveloppe qui saura séduire les plus jeunes : rythme endiablé, montage clipé de certaines séquences, vannes bien senties. Mais cette forme en général agaçante convient comme rarement à un film ces dernières années. Le film déborde de vie, et les péripéties rocambolesques sont rythmées à un tempo parfait.

Rick Famuyiwa a réussi à capter quelque chose de son époque, et derrière cette ferveur et son scénario qui enchaine les situations hors-normes mais non moins vraisemblables, il n’en oublie pas pour autant le fond. Il offre une palette ample et diversifiée de la communauté noire américaine, comme si peu habituellement, tout en réussissant à ne pas faire de DOPE un film communautaire. Et c’était là le grand défi du film relevé haut la main : n’exclure personne de l’univers qu’il dépeint. L’empathie est immédiate, face à ces personnages que des comédiens impeccables rendent terriblement attachants – et par ailleurs bien plus subtils qu’on ne peut penser au premier abord. Et c’est avec ces clichés, notre perception des individus, que joue le réalisateur. Il arrive intelligemment à lier sa dramaturgie et son propos en détournant les lieux communs. Ainsi, chacun n’est pas figé dans l’image que l’on se fait de lui et la frontière entre bon et mauvais est souvent plus nuancée qu’on ne le pense. « Méfiez-vous des apparences » semble nous dire le réalisateur, on peut bien vite se retrouver sur la pente glissante, et devenir celui de qui on se méfiait. Le crime est toujours à porté de main, il suffit de peu, et Malcolm s’en rend vite compte, et la blague peut vite avoir un mauvais goût.

Le film survient dans un contexte sensible sur le sujet mais le film n’est pas pour autant moralisateur, et Famuyiwa ne souhaite pas naïvement défaire le monde de ses préjugés avec son film. Il faut à l’inverse apprendre à vivre avec, même s’ils nous nuisent souvent, ils peuvent parfois nous sauver la mise. Il faut apprendre à les tirer à notre avantage, et après tout, ne sommes nous pas un mélange de ce que les gens pensent voir de nous, et ce que nous pensons être intimement.

Le film a de multiples choses à dire, et mille façons de le faire, en réussissant à éviter tout misérabilisme. Il remet en cause l’image de cette « virilité de l’homme noir » vue par le cinéma américain. Et devient un point d’entrée à dialoguer sur tous les stéréotypes présents dans la culture populaire.

Mélange des cultures, critique sociale, film d’apprentissage, teen-movie, Dope emprunte à de multiples genres, et est tout ça à la fois. Le film est comme son personnage : difficile à cerner, ne trouvant sa place dans aucune case, mais suffisamment intéressant pour qu’on en espère plus de la sorte. Après Tomorrowland, apprécions ce nouveau film positif qui ne désespère pas de notre société et place ses espoirs dans notre jeunesse fait du bien. Une génération qui ne se contente pas d’observer le monde qui l’entoure, mais se l’approprie et le remodèle à sa façon.

La fiche

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DOPE
Réalisé par Rick Famuyiwa
Avec Shameik Moore, Keith Stanfield, Zoë Kravitz…
Etats-Unis – Comédie, Drame
Sortie en salle : 2015
Durée : 115 min




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