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VOX LUX

Sur une période de quinze ans, l’ascension de Celeste, une star de la pop.

Critique du film

Brady Corbet est une figure qui laisse une forte impression quand on fait sa connaissance. Quiconque a déjà côtoyé les univers de Michael Haneke ou Gregg Araki a pu être effrayé, ému par cette figure meurtrie, traumatisée ou alors tortionnaire. Cette impression de son passage devant la caméra se répète au moment où il devient maître du tournage. Après The Childhood of A Leader, film inédit en France avec Robert Pattinson et Bérenice Béjo sur l’enfance d’un dictateur imaginaire, c’est son second long-métrage qui bénéficia d’une sortie limitée (qui n’aura même pas le droit à une exploitation salles) en France. Vox Lux, portrait d’une diva de la pop incarné par Natalie Portman, nous présente l’impressionnante nonchalance d’un cinéaste affirmé, confiant dans ce qu’il souhaite dire avec malice sur la société du spectacle.

Il faut le signaler : Vox Lux est un film mal-aimable. Mal-aimable dans son assurance à pointer du doigt un sujet qui nous concerne tous : notre rapport aux idoles, aux vedettes, aux icônes artistiques et populaires. Et comment celles-ci nous accoutument à la violence du monde. Le parcours de Céleste, héroïne chaotique interprété par Raffey Cassidy et Natalie Portman, résulte d’un cycle de la violence sans précédent. Victime d’un mass-shooting dans son lycée à l’aube des années 2000, faisant écho aux évènements de Columbine, elle saisira l’opportunité de révéler son talent de chanteuse lors d’un hommage qui fera d’elle une star de plus en plus confirmée. À mesure que sa carrière décolle, la stabilité de Céleste se dégrade au même titre que les évènements tragiques s’accumulent et s’influencent de ce qu’elle a créé (les commanditaires d’un attentat survenant dans le film sur une plage en Europe seront grimés comme Céleste dans son premier clip). En somme, Une étoile serait née au royaume de Lars von Trier.

Est-ce qu’il faut pour autant considérer Brady Corbet comme le meme Internet où l’on verrait le grand-père Simpson en couverture d’un article de presse intitulé Old Man Yells At Cloud ? Pas nécessairement. Le film est dédié au cinéaste Jonathan Demme, auteur reconnu pour Le Silence des Agneaux et Philadelphia mais qui a bâti toute sur une carrière sur une opposition entre une violence graphique et une continuité dans sa mise en scène à s’accorder à l’actualité de la pop-culture. Vox Lux fonctionne avec ce même dynamisme et une connaissance assidu de la pop-culture. Méchant sur son regard de la société, accompagné de la voix démoniaque de Willem Dafoe, Corbet se montre pourtant aussi tendre envers le personnage de Céleste et de sa fille ; tout comme il reproduit aisément ce qu’il se fait aujourd’hui dans la pop – en s’aidant notamment d’une collaboration avec la chanteuse Sia. On pourrait supposer que Corbet connaît la culture pop musicale comme pour mieux connaître son ennemi. Il n’en est rien. Il exprime, avec l’outrance de sa mise en scène, une relation-amour haine passionnante envers cette industrie. La bande-son de Scott Walker résonne et continue, d’ailleurs de nous hanter.

Inclassable, marquant, Vox Lux fonctionne comme un miroir outrancier mais pas si déformant de la réalité dans laquelle nous vivons. L’expérience ne sera pas facile mais il est plaisant d’observer des cinéastes en pleine assurance de ce qu’iels font et peu importe si cela nous plaît ou non. Un parfait double-feature avec le Annette de Leos Carax, sorti cette année.


Diffusé le 27 octobre 2021 sur Ciné+ et disponible ensuite sur MyCanal