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MOI, TONYA

POUR / CONTRE

En 1994, le milieu sportif est bouleversé en apprenant que Nancy Kerrigan, jeune patineuse artistique promise à un brillant avenir, est sauvagement attaquée. Plus choquant encore, la championne Tonya Harding et ses proches sont soupçonnés d’avoir planifié et mis à exécution l’agression…

Punching-ball.

L’avis plutôt enthousiaste :

Nancy Kerrigan et Tonya Harding. La princesse et la white trash. Deux patineuses. Deux facettes de l’Amérique. Et une affaire qui a défrayé la chronique a quelques semaines des JO 1994, lorsque la première a été violemment agressée et blessée au genou après un entraînement et que l’entourage de la seconde a été mis en cause.

Ce fait divers baignant dans l’absurdité et ses protagonistes naviguant entre mythomanie et bêtise sont dignes d’un scénario des frères Coen. Le réalisateur l’aborde d’ailleurs sur le ton de la farce et c’était sans doute la meilleure chose à faire. Parce qu’avant le climax, il évoque le parcours de Tonya Harding qui a surtout connu la violence. D’une enfance plombée par une mère acariâtre préférant les coups de pression aux gestes de tendresse, à son mariage avec un homme irascible se muant en bourreau domestique. Tonya se prend des coups mais, comme un personnage de cartoon, elle encaisse, rebondit, comme insensible à la douleur. Elle tombe à peine qu’elle se relève, toujours. L’humour désamorce en partie cette violence, permet de la mettre quelque peu à distance, sans jamais l’atténuer.

Moi, Tonya pose son héroïne en femme forte sans la cantonner à un rôle de victime. Il réhabilite cette figure décriée du sport américain et nous fait éprouver une profonde empathie pour cette femme qui s’est toujours vue reprocher d’être qui elle est. Elle n’était pas assez lisse pour une Amérique qui aime les sequins qui brillent et les belles jeunes femmes qui sourient et présentent bien. On n’est pas non plus dans l’hagiographie, et tant mieux. Mais Moi, Tonya apporte de la nuance dans le portrait d’une femme dont une partie de son existence a été gâchée par son entourage qui voulait décider à sa place et que les médias ont quelque peu diabolisée. Vers la fin du film, alors que la polémique s’apaise, un écran de télé diffuse les images de l’arrestation d’O.J Simpson… Un fait divers en chasse un autre, une autre histoire de l’Amérique divisée va commencer. ★★ – Fabien R

Moi, Tonya

L’avis plutôt mitigé :

Ce scandale des années 90, brodé pour faire le bonheur des tabloïds, avec sa confrontation de deux mondes opposant deux visages de l’Amérique, semblait prédestinée à une transposition cinématographique. En s’efforçant de fouiller au-delà des gros titres à buzz de l’époque, ce biopic décalé peine à s’émanciper de la dimension glauque du parcours de Harding. Adoptant le ton du mocking-documentary, Moi, Tonya revient sur le destin de la patineuse détestée à travers de faux témoignages face-caméra pour rassembler les points de vue subjectifs et les différents pans de l’histoire (autour de « l’incident »).

La série d’événements, de l’ascencion à la déchéance, est reconstituée sur un ton tragi-comique parfois amusant mais au final souvent gênant, souligné par une réalisation bruyante et tape-à-l’oeil visant à exacerber ce décalage. Mais il demeure difficile de prendre cette distance face à deux heures d’abus maternels et conjugaux, dont le film ne semble jamais trop savoir quoi faire – laissant un boulevard au cabotinage de ses comédiens. Pire qu’un épisode de Strip-tease, Moi, Tonya donne parfois l’impression de glamouriser ce parcours chaotique avec son humour de situation et sa bande-son mettant péniblement en emphase l’état d’esprit de notre underdog redneck. Une fâcheuse (et paresseuse) manie des studios qui parait encore plus malvenue ici.

Certains pourraient voir dans l’histoire de Moi, Tonya une introduction aux deux décennies de trash culture (dans l’épilogue, un rapide clin d’oeil dans l’écran TV évoque le crime d’O.J. Simpson éclipsant l’affaire Harding) et cette tendance typique à brûler les idoles et plus particulièrement celles issues des minorités et/ou de milieux modestes, faisant de Harding un punching-ball médiatique en or.

L’humour qui trouve sa source dans le cruel, un périlleux parti-pris qui ne paye pas toujours, contrairement à l’exemple récent de la série The end of the f***ing world – récemment arrivée sur Netflix – et devient un territoire risqué pour Gillespie qui s’y embourbe, pensant insuffler de l’énergie à sa dramédie rocambolesque mais manquant trop de perspective pour ne rester qu’en surface d’un déterminisme social assez troublant de condescendance. On pourrait avoir l’impression que Moi, Tonya invite le quidam à rire de « ces prolos idiots » incapables de saisir leur chance. Malgré l’abattage de ses deux actrices principales, et les tentatives manifestes de Craig Gillespie de lorgner vers les Coen et/ou Scorsese, il parait tristement évident que celui-ci reste encore loin de cette trempe de cinéaste. Sa Cendrillon des temps modernes méritait peut-être mieux.  – Thomas P. 

La fiche

MOI, TONYA
Réalisé par Craig Gillespie
Avec Margot Robbie, Allison Janney, Sebastian Stan…
Etats-Unis – Comédie dramatique, biopic
Sortie : 21 février 2018
Durée : 
121 min




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