la mémoire assassine critique

LA MÉMOIRE ASSASSINE

Efficace

Après un terrible accident, Byung-su est atteint d’une forme de dégénérescence de la mémoire. Il vit tant bien que mal son quotidien grâce à sa fille, Eun-hee. Mais Byung-su est également un ancien tueur en série désormais en traque d’un autre qui sévit actuellement près de chez lui…

Infernal appétit.

Joli titre francisé que ce La Mémoire Assassine, nommé en anglais Memoir Of A Murderer – on n’est évidemment pas loin, au moins sémantiquement parlant, de la petite merveille de Bong Joon-Ho. La référence est évidemment immense. Elle est aussi digérée par Shin-yeon Won. Quasi exorcisée, même, à l’image de ce tout premier plan. Byung-su est hirsute, perdu, dément. Il est vieux. Il sort d’un tunnel dont les ténèbres se perdent à l’infini, quand d’autres, il y a de ça 15 ans, ont refusé d’y laisser entrer leur colère et leur courroux. On a un peu peur ; on a trop vu, et cela fera un point commun entre le cinéma et le football, de beaux potentiels se perdre dans le respect de leur adversaire. Car c’est d’adversaire qu’il s’agit entre La Mémoire Assassine et Memories Of Murder : celle d’un tueur en série qui aura marqué son époque, son pays et qui aura créé mythes et légendes. Heureusement, cette nouvelle plongée au cœur des tueurs en série coréens apporte un angle fondamentalement à lui : suivre un tueur qui ne sait plus qui sont ses victimes.

Le scénario de La Mémoire Assassine est peut être ce qui se fait de plus alléchant. Inspiré d’un roman de Young-ha Kim dont le tronc prend racine en l’imaginaire criminel coréen, Jo-yun Hwang, scénariste du Old Boy de Park Chan-Wook, s’amuse de Byung-su, sexagénaire atteint de crises aiguës d’une sorte de maladie d’Alzheimer traumatique qui se surcouche à un passé terrible. Celui d’un tueur en série à la retraite forcée, infoutu de vivre son quotidien sans renfort de son dictaphone et de multiples notes à lui même, mais dont tout le corps est pris, sans crier gare souvent, de spasmes meurtriers – vieux réflexes d’un Dexter improvisé, choisissant ses victimes selon une conception toute personnelle du jugement et de la culpabilité. Son seul soutien : sa fille, Eun-hee (Seol-Hyun Kim), prise en chasse par un autre tueur en série. Jeune, lui. En pleine possession de ses moyens, comme un alter-ego, un miroir déformé de lui-même. Encore faudrait-il, pour Byung-su, se souvenir de son nom et de son visage sans le risque de tout oublier, et donc, de devoir tout recommencer.

Don’t believe his lies ; kill him

Voilà le spectateur immergé dans un genre de Memento suivi à l’endroit, pas tant dans le montage que dans l’attitude de son personnage principal et d’un rythme à twists permanents. En choisissant l’angle columbesque, les tueurs étant très rapidement identifiés, La Mémoire Assassine renverse le schéma classique du whodunit pour explorer la psyché de son personnage principal. Pari réussi pour cette formidable capacité du cinéma coréen policier à jouer avec les genres, les rythmes et les codes. Prévoir la traditionnelle première heure comique, les flics idiots et la critique de la classe moyenne institutionnalisée. Réussi aussi, grâce à la prestation extraordinaire de Kyung-gu Sol, parfaitement investi dans son rôle, faisant du vide bien plus qu’un simple rien, une véritable absence et une recherche de sens.

Sans être aussi virtuose que celle de ses illustres références, la mise en scène et la photo de La Mémoire Assassine subit surtout quelques sautes d’humeur. Elle sait se sublimer, à l’image d’une triple scène grandiose, purement formellement d’abord, dans l’embranchement monstrueux et progressif de sa signification ensuite, trop liée à la narration pour en faire ici quelconque explicitation. Elle sait se faire oublier, lorsque c’est à l’émotion ou à l’empathie de parler. Mais elle fait parfois tiquer aussi. Dommage que Shin-yeon Won se perde un peu en laissant traîner un propos qui n’est plus à prouver : dans son dernier quart, le spectateur a toutes les cartes en main, connaît l’ordre d’abattage et le jeu de l’adversaire. Tout n’est plus que question de temps, et le temps, il paraît alors un peu longuet, surtout au regard de quelques scènes d’action à la réalisation nettement en-dessous du standard de croisière et d’un rythme bâtard. Au bout du compte, La Mémoire Assassine s’emmêle un peu les pinceaux dans l’exposition de son véritable enjeu, le questionnement de l’empathie, envers soi et envers les autres, mais quelques bambous moins droits que les autres ne sauraient cacher une forêt où il est plus que plaisant et vertigineux de se perdre.

NB : le film a reçu le Prix du Jury au festival du film policier de Beaune.
La fiche
bande annonce la mémoire assassine

LA MÉMOIRE ASSASSINE
Réalisé par Shin-yeon Won
Avec Seol Kyeong-gu, Shin Ki-joon, Nam-Gil Kim..
Corée du Sud – Thriller

Sortie sur e-Cinema.com : 13 avril 2018
Durée : 118 min




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