WAKEFIELD | Bryan Cranston fait sa crise de la quarantaine

Qui ?

Et s’il était temps de faire redescendre de son piédestal Bryan Cranston pour mieux l’y replacer ? Que les sourcils froncés se détendent de suite. Loin de nous l’idée de taper sur l’excellent acteur canadien, dont les rôles cultes dans les séries Malcolm et Breaking Bad ont fini d’asseoir la renommée internationale et un prestige de talent. Au cinéma, la filmographie du bonhomme est sujette à plus de modération. Si l’on ne peut lui soustraire de bonnes prestations dans ArgoDrive ou La Défense Lincoln, il lui manque encore le grand rôle abouti dans un grand film pour lui faire passer un pallier encore supplémentaire. The Infiltrator était supposé être ce saut de l’ange du haut de la colline. Il n’a abouti qu’à une bombe bruyante dans une piscine municipale.

On est exigeants avec Cranston, parce qu’on sait l’acteur capable de très grandes performances. L’annonce de Wakefield, accompagnée des trailers qui vont avec, tendent à relancer l’idée du film clef pour le Canadien. Second long-métrage de la scénariste Robin Swicord après Lettre Ouverte à Jane Austen, celle qui a gratté pour L’étrange histoire de Benjamin Button et Mémoires d’une Geisha invite également Jennifer Garner et Beverly D’Angelo dans une nouvelle plongée au cœur de la middle class états-unienne et de ses hantises.

Quoi ?

Quelque part entre American Beauty et Photo ObsessionWakefield met en scène Bryan Cranston en Howard Wakefield, avocat et père d’une petite famille modèle de banlieue résidentielle. Victime d’une violente dépression, aussi soudaine que sourde dans son déclenchement, le voilà quittant sa famille pour vivre en ermite… dans le grenier de sa propre maison. D’une petite fenêtre, il regarde sa femme (Jennifer Garner) et ses enfants réagir à sa disparition, comme on imagine parfois la réaction de ses proches à ses hypothétiques funérailles. À mesure que son sort grandit en proportion, il en commente les conséquences.

Quand ?

Filmé en seulement 20 jours, Wakefield a déjà sa date de sortie aux US fixée au 19 mai 2017. Sans distributeur connu en France, le film n’est pour l’instant disponible sur sur filmoTV.

Pourquoi ?

Pas de doute à la vue des premières images de la bande annonce : Wakefield pèse de tout son poids sur les épaules de Bryan Cranston, au moins autant que ses doutes et son impuissance pèsent sur la vie de son alter ego. Son amertume passive-agressive, violence en off sur les douces notes du Clair De Lune de Debussy, annonce la mainmise de la vision de son personnage sur les événements mis en scène. Évidemment, impossible de ne pas songer, ne serait-ce qu’en un éclair, dans un parallèle entre son autre grande crise de la quarantaine : Walter White dans Breaking Bad.

Wakefield propose toutefois un éclairage différent : celui de la passivité absolue plutôt que de l’action. Soit la conséquence logique d’une vie effacée, sacrifiée sur l’autel des pressions sociales et du jugement des pairs. Robin Swicord, l’air de rien, entrouvre une brèche dans laquelle peu se sont engouffrés avec brio ses 20 dernières années : l’analyse et la chirurgie à vif de la classe moyenne outre-Atlantique, rendue cynique par les crises et étrangement silencieuse depuis la prise de pouvoir de Donald Trump. Enjeu d’acteurs sur la forme, enjeu potentiellement politique sur le fond : on prend, n’en déplaise aux critiques mitigées de The Guardian et Indiewire.




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