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ANDREI ROUBLEV

La vie et les afflictions de l’iconographe russe Andreï Roublev ayant vécu au XVe siècle.

L’art et la guerre.

Pour ceux qui ne le connaîtraient pas, Andrei Tarkovski est un cinéaste soviétique qui a tourné entre 1963 et 1986 sept films, un documentaire et quelques courts et moyens métrages. Le tout à cheval entre l’URSS et l’Italie. Une filmographie qui peut paraître légère mais où chaque film est d’une densité incroyable ; c’est ce qui rend le cinéma de Tarkovski à la fois attirant mais aussi repoussant, car le spectateur ne peut et ne doit pas rester passif face à un film du russe, sous peine de passer au travers de ce dernier et de s’ennuyer ferme durant parfois plus de trois heures. Mais si le spectateur parvient à se plonger dans la nasse de thèmes et de séquences où le temps peut parfois sembler long, alors il vivra une expérience unique.

Andrei Roublev est un film qui représente parfaitement cet aspect du cinéma tarkovskien. Trois heures durant, Tarkovski met en scène la vie d’Andrei Roublev, un moine et iconographe de la fin du 14e et du début du 15e siècle, qui est engagé par le peintre Théophane le Grec pour travailler dans la cathédrale de l’Annonciation de Moscou. De ce postulat de base, le cinéaste russe décide de parler pêle-mêle de la religion orthodoxe (logique), du pouvoir et de son exercice violent, de l’art, du peuple russe, de l’intolérance, de la guerre et de la quête personnelle d’un jeune artiste qui se construit. L’avalanche de ces thèmes pourrait faire peur et rendre Andrei Roublev indigeste. Pourtant il est fascinant.

Fascinant car Tarkovski se sert de la Russie du 15e siècle pour disséquer l’URSS et l’homme russe contemporain. Fascinant aussi parce que sa mise en scène est proche du sublime, avec cette longue séquence sous la pluie où la liberté d’une communauté est brimée par le Seigneur du coin qui n’a pas apprécié que l’on se moque de lui lors d’un spectacle comique, et que son découpage narratif en tranches de vie lui permet de mettre Andrei face à des situations compliquées et gênantes pour lui et donc de le faire réfléchir face à ses actions ou son inaction. Cette remise en cause perpétuelle est donc non seulement l’occasion pour Tarkovski de réfléchir sur la place de l’art dans la société (une œuvre doit-elle être réservée à une élite ou doit-on y associer le peuple ?) ou de mettre en scène le chaos d’une Russie déchirée entre païens et croyants, entre sectarisme et tolérance, entre le peuple et les pouvoirs, et où le sang finit toujours par couler.

Andrei Roublev hypnotise aussi car il nous met face à notre conscience, nos névroses et nos fantasmes. Quand Andrei voit un groupe de païens nus qui se livre à une cérémonie avec une composante sexuelle, il est à la fois attiré et honteux. On le force à être embrassé puis est libéré par une femme nue ; quelques instants plus tard, il n’a pas un regard pour cette femme qui tente de fuir à la nage face à des soldats qui ont détruit son camp. La scène est terrible car Tarkovski laisse la caméra tourner et se poser sur Roublev. Il y a quelque chose d’écrasant mais aussi de terriblement humain dans ce film, et c’est ce qui fait qu’il fonctionne. Sans forcément mettre en scène beaucoup de dialogues, il raconte énormément de choses. Sans doute trop pour le pouvoir soviétique qui le censure et l’interdit durant deux ans de sortie en URSS à cause du mysticisme et de la violence qui sont omniprésents dans le film.

Mais qu’on ne s’y trompe pas : Andrei Roublev est un chef-d’œuvre qui mérite d’être vu. Mais si vous ne connaissez pas le cinéma de Tarkovski, voyez d’abord L’Enfance d’Ivan pour une entrée en matière plus douce ; si vous accrochez, alors vous pourrez regarder Andrei Roublev. Et le reste de la filmographie du russe par la même occasion.

La fiche

ANDREI ROUBLEV
Réalisé par Andrei Tarkovski
Avec Anatoli Solonitsyne, Tamara Ogorodnikova, Ivan Bykov…
Russie – Drame, biopic, historique
Sortie : 1966
Durée : 205 min




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