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AN EVENING SONG (FOR THREE VOICES)

1939, quelque part dans le Midwest américain : Barbara Fowler, ancienne enfant prodige de la littérature et son mari, Richard, auteur de romans pulp, s’installent à la campagne, où ils se retrouvent pris dans un triangle amoureux avec leur servante profondément religieuse, dans cet examen envoûtant d’un monde voué à disparaître.

Critique du film

Second film de Graham Swon, An Evening Song (For Three Voices) a été réalisé en 2023, soit cinq ans après son premier long-métrage The World Is Full of Secrets. Graham Swon nous livre ici une sorte de huis clos assez fascinant, qui déploie des images oniriques et poétiques, et dont les dialogues ou les monologues incessants viennent contribuer à hypnotiser les spectateurs, les envoûter, les enivrer.

Un couple formé d’une écrivaine reconnue et talentueuse et d’un auteur de romans populaires s’installe dans une vieille maison du Midwest américain. Nous sommes en 1939, l’Amérique n’est pas encore entrée en guerre et tout pourrait sembler paisible. Barbara et Richard ont recours aux services d’une domestique pour s’occuper de la demeure : Martha, une jeune femme qui vit dans la pauvreté avec sa mère. Martha est dévouée, très pieuse et travailleuse.

Mais on apprend que des animaux des fermes voisines ont été attaqués par une créature ressemblant à un homme très velu, une sorte de loup-garou. Alors que les alentours vivent au rythme de cette angoisse face à ce danger surnaturel, Richard, qui entame laborieusement la rédaction d’un nouveau livre, semble beaucoup s’intéresser à Martha et paraît troublé par cette jeune femme, au visage et au corps marqués par des sortes de brûlures.

An evening song (for three voices)

An Evening Song (For Three Voices) tire sa réussite finale d’une très belle écriture, d’une originalité formelle certaine, mais aussi de son trio d’interprètes, tous très justes. Visuellement, on a ici une œuvre à l’esthétique recherchée et d’une grande délicatesse. Le matériel utilisé pour filmer a été spécialement mis au point par Graham Swon et son directeur de la photographie : il s’agissait de coupler un appareil photo grand format 4×5 avec une caméra numérique, fixée à l’arrière de l’appareil pour enregistrer les images directement sur l’écran de mise au point en verre dépoli.

Cela donne lieu à une esthétique à la fois rétro et évanescente, renforçant le côté rêve éveillé du film, ou l’aspect de souvenirs enfouis qui remontent à la surface. Les fondus enchaînés et les surimpressions sont très nombreux et déroulent avec fluidité un flot d’images, accompagné des voix des acteurs, qui livrent un texte d’une grande beauté, et de la partition de Rachel Evans, contribuant à nous emmener dans cet univers presque irréel.

Une grande part de mystère plane sur An Evening Song (For Three Voices). Plusieurs éléments resteront inexpliqués : les stigmates que porte Martha, l’origine des attaques dans les fermes. Ce fameux loup-garou ne serait-il pas plutôt la matérialisation symbolique d’une frustration qui finit par exploser, d’un désir inassouvi, d’une angoisse face à la vie ? Barbara n’écrit plus, elle paraît froide et hautaine. Richard n’aime pas ce qu’il écrit lui-même. Quant à Martha, son comportement commence à changer.

L’histoire se concentre sur le monde intérieur des personnages, et à aucun moment cela ne pose problème, tant le film parvient à nous embarquer dans ce voyage sensoriel et introspectif. An Evening Song (For Three Voices) fait partie de ces œuvres à part, qui ne cherchent pas la facilité, mais tracent un chemin original et singulier.

Bande-annonce

8 avril 2026 – De Graham Swon