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WOMAN AND CHILD

Mahnaz, une infirmière de 45 ans, élève seule ses enfants. Alors qu’elle s’apprête à épouser son petit ami Hamid, son fils Aliyar est renvoyé de l’école. Lorsqu’un un accident tragique vient tout bouleverser, Mahnaz se lance dans une quête de justice pour obtenir réparation…

Critique du film

Après La loi de Téhéran et Leila et ses frères, Saeed Roustaee revient avec Woman and Child, chronique sociale intégralement tournée en Iran et validée par la censure. À l’opposé du cinéma de l’ellipse et du hors champ d’un Jafar Panahi, le film s’inscrit pleinement dans une tradition mélodramatique qui préfère l’explication littérale à la suggestion, l’accumulation d’événements au travail du regard.

Le récit suit Mahnaz, infirmière veuve, mère de deux enfants, dont l’existence bascule après la mort tragique de son fils, tombé d’une fenêtre. Roustaee multiplie alors les pistes narratives : responsabilité de l’école, défaillance familiale, lâcheté masculine, violences systémiques, patriarcat ordinaire. À force de vouloir tout embrasser, le film peine à creuser réellement ses enjeux. Les trajectoires s’enchaînent, se croisent, s’interrompent parfois brutalement, donnant le sentiment d’un scénario saturé, où chaque conflit appelle un nouveau rebondissement plutôt qu’un approfondissement.

Woman and child

Si le film se distingue par un portrait féminin combatif — Mahnaz est sans conteste le personnage le plus consistant — cette modernité affichée se heurte à un paradoxe troublant, celui d’un monde qu’elle traverse où tout semble fonctionner de manière presque idéale (institutions opérationnelles, justice accessible, hôpital efficace). Cette vision étonnamment lisse d’un pays pourtant miné par les dysfonctionnements sociaux affaiblit la portée critique du film, comme si la colère restait cantonnée à la sphère privée, jamais véritablement politique.

La mise en scène, très démonstrative, accentue cette impression de lourdeur. Tout est montré, souligné, expliqué : la douleur, la colère, la vengeance. Le hors champ n’existe presque pas, privant le récit de toute zone de trouble ou de silence. À mesure que le film avance, le mélodrame glisse vers une forme de surenchère émotionnelle, flirtant dangereusement avec le pathos, voire avec les codes du soap-opera.

Woman and child

Reste la prestation remarquable de Parinaz Izadyar, qui parvient à maintenir une forme de tension malgré l’écriture schématique de son personnage. Mais ni son jeu, ni celui du reste du casting ne suffisent à masquer l’impression persistante d’un cinéma plus préoccupé par sa mission sociale que par sa puissance de mise en scène. Là où ses compatriotes Asghar Farhadi et Mohammad Rasoulof parvenaient à faire émerger l’universel à partir de dilemmes moraux précis, Roustaee se perd dans une succession de catastrophes qui finissent par émousser l’émotion.

Si Woman and Child témoigne d’une ambition indéniable, il se heurte aussi à la difficulté persistante à transformer l’indignation en véritable geste de cinéma. Un film qui veut trop dire, trop montrer, et qui, à force d’explications, finit par étouffer ce qu’il aurait pu suggérer.

Bande-annonce

25 février 2026 – De Saeed Roustaee