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UN MONDE FRAGILE ET MERVEILLEUX

Nino et Yasmina tombent amoureux dans la cour de leur école à Beyrouth, et rêvent à leur vie d’adulte, à un monde merveilleux. 20 ans plus tard, ils se retrouvent par accident et c’est à nouveau l’amour fou, magnétique, incandescent. Peut-on construire un avenir, dans un pays fracturé, qu’on tente de quitter mais qui vous retient de façon irrésistible ?

Critique du film

Quand ils avaient 7 ans, Nino et Yasmina ont révélé leur amour l’un à l’autre. Séparés par les aléas de la vie, ils ne se retrouvent qu’une vingtaine d’années plus tard. Le destin les a réunis, les deux âmes sœurs vont enfin pouvoir vivre leur amour paisiblement. Cela aurait pu être l’histoire de ce couple s’ils n’habitaient pas le Liban, pays frappé par une succession de crises politiques, économiques et militaires. Face à leur histoire romanesque — si romanesque qu’on regrette presque que le film n’ait pas bénéficié d’une dérogation pour sortir le jour de la Saint-Valentin — se joue l’histoire bien plus dure et amère du Liban.

Le propos d’Un Monde fragile et merveilleux est résumé dès son introduction. Nino et Yasmina naissent à une minute d’intervalle dans le même hôpital. Leur destin semble scellé dès le premier mouvement de caméra. En un travelling, celle-ci passe des pleurs de l’un à ceux de l’autre. C’est la partie merveilleuse. En toile de fond, derrière elleux, les bombardements provoqués par la guerre civile font rage et arrachent les murs de l’hôpital. C’est la partie fragile.

Un monde fragile et merveilleux

Contrairement à ce que les insertions d’images d’archives au début du film pouvaient laisser présager, Cyril Aris, qui vient pourtant du documentaire, n’entrechoque jamais frontalement l’histoire de son pays avec celle de ses personnages. Les deux s’imbriquent au contraire et se répondent avec fluidité, notamment à travers les dialogues. Le style quasi expressionniste se conjugue paradoxalement à des échanges très naturalistes. Derrière l’évocation des frappes israéliennes — nouvelle réalité du Liban depuis de nombreux mois — il n’y a rien de conceptuel. Aris filme des êtres bien réels qui, aussi romanesque que soit leur histoire, évoluent dans un monde virant au cauchemar.

Épousant de manière très académique les codes de la comédie romantique — un travelling dévoilant les amants marchant sur les capots des voitures, les silhouettes de Nino et Yasmina s’embrassant sous un tunnel — le film puise dans un imaginaire balisé mais parvient à le revitaliser grâce à un décor inédit pour le genre, le Liban. Par moments, derrière ses ressorts comiques, le film semble esquisser un discours sur la charge mentale pesant davantage sur les mères que sur les pères. Mais ce propos est toujours désamorcé, le drame libanais suffit à son auteur comme critique.

Un monde fragile et merveilleux

Présent à l’UGC Ciné Cité Les Halles pour rencontrer en avant-première son public français, Aris a présenté son film comme une lettre d’amour au Liban. Difficile alors de lui reprocher des intentions qu’il n’a jamais eues, tant il semble avoir cherché à ériger un phare dans la nuit plutôt qu’un pamphlet rageur contre une société qui se disloque. Certes, ce parti pris rencontre ses limites : se maintenir à flot dans cet idéalisme légèrement naïf paraît presque à contre-temps d’une époque où l’actualité internationale sidère autant qu’elle accable. Mais passons outre. Un Monde fragile et merveilleux vaut le détour, ne serait-ce que parce qu’il rappelle que l’amour demeure, peut-être, l’ultime île où se réfugier.

Bande-annonce

18 février 2026 – De Cyril Aris