LA FEMME À ABATTRE
Le procureur Martin Ferguson dispose d’un témoin clé dans la lutte qu’il mène contre une importante organisation criminelle. Mais celui-ci se tue accidentellement à quelques heures du procès. Les enquêteurs n’ont alors que peu de temps pour trouver la preuve qui empêchera le principal inculpé de ressortir libre du tribunal.
Critique du film
Tourné en 1951, La Femme à abattre appartient à la quintessence du film noir américain de l’âge d’or d’Hollywood et est resté célèbre à plus d’un titre. D’abord en raison du doute qui entoure son véritable réalisateur. En effet, Bretaigne Windust, crédité comme metteur en scène au générique, aurait été remplacé par Raoul Walsh en cours de tournage. Les versions divergent : certains évoquent des problèmes de santé ayant contraint Windust à se retirer, d’autres avancent que Jack Warner, le producteur, aurait décidé de le remplacer après avoir visionné des rushes jugés insatisfaisants.
Au-delà de cette question de paternité réelle ou supposée — somme toute peu exceptionnelle à Hollywood — l’importance de La Femme à abattre tient à des éléments bien moins anecdotiques. La force du film réside à la fois dans sa construction — un récit nourri de flash-back — et dans le réalisme avec lequel est dépeinte une organisation criminelle inspirée de l’affaire Murder Inc., alliance des mafias juive et italo-américaine chargée d’éliminer concurrents, témoins gênants et indicateurs. Rappelons également que c’est avec La Femme à abattre que, pour la première fois au cinéma, un meurtre commandité est explicitement désigné comme un « contrat ».

Le début du film s’avère stupéfiant de maîtrise et d’efficacité. Joseph Rico (Ted de Corsia), témoin essentiel dans l’enquête menée par le procureur Ferguson (Humphrey Bogart), est escorté vers le palais de justice. Le déploiement policier, la peur panique qui s’empare de Rico, la fébrilité des différents protagonistes : tout est rendu avec une précision remarquable grâce à une science du montage et de la mise en scène qui fait immédiatement sentir les dangers encourus par ceux qui menacent cette organisation tentaculaire. Ces premières minutes posent les fondations d’un grand film noir des années 1950, décrivant un monde hostile et révélant une vérité profondément inquiétante. Très vite, on comprend que l’on assiste à un moment majeur de cinéma. Les flash-back viennent ensuite détailler les rouages de cette industrie du meurtre : le recrutement des exécutants, la loi du silence, les codes et les mécanismes internes.
L’interprétation, très homogène, réunit autour de Humphrey Bogart et de Ted de Corsia des acteurs marquants comme Zero Mostel, Everett Sloane et Roy Roberts. Le réalisme des dialogues et des situations renforce l’âpreté de ce film relativement court (87 minutes), qui évite les temps morts tout en offrant une description précise et implacable du fonctionnement de l’organisation criminelle. Mené de main de maître et plastiquement superbe, La Femme à abattre maintient un suspense constant à travers cette course contre la montre visant à empêcher la libération d’un criminel faute de témoin capital.






