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BILAN | Nos coups de coeur ciné de janvier 2026

Chaque mois, les membres de la rédaction du Bleu du Miroir partagent les films qui ont laissé une empreinte durable sur leur regard : œuvres marquantes, découvertes précieuses, expériences de cinéma qu’il fallait absolument vivre en salle obscure. Retrouvez ci-dessous les coups de cœur de janvier 2026.

Le choix de François-Xavier

L’année ciné est à peine commencée que le film de Mascha Schilinski l’a déjà marquée de son empreinte. Comme souvent, pour les films qui comptent, il y a un mystère. Comment la cinéaste allemande a-t-elle pu restituer une histoire de souffrances et de mort avec une telle grâce ? En s’employant, me semble-t-il, à produire des images qui lui appartiennent. En dépit des influences qui renvoient chacun à ses propres repères (plutôt Campion et Watkins que Haneke en ce qui me concerne), le film emprunte des chemins énigmatiques, dont la puissance d’évocation tient dans un condensé de lucidité et de fatalité. Procédant par fragments, le récit tisse un lien souterrain entre quatre femmes dont le point commun est d’avoir habité la même maison et d’avoir été confrontées à des tourments similaires. D’une étonnante fluidité et d’une stupéfiante beauté, Les Échos du passé place ses personnages dans cet espace flottant, à égale distance du poids de la mort et de l’encombrement de la vie, de la terre et du ciel, du rêve et du cauchemar. Dans le sublime de la vie.

Le choix de Fabien

Hamnet s’inspire de la vie de Shakespeare mais n’est pas un biopic au sens strict du terme (le synopsis ne cite d’ailleurs même pas le nom du dramaturge). Mettant de côté la carrière professionnelle du poète pendant la majeure partie de l’intrigue, le film entend surtout raconter sa vie intime sous la forme d’une chronique familiale dont l’harmonie va s’effriter d’abord par l’absence du mari/père puis suite à la mort d’un enfant. Et c’est alors grâce à la force de l’art, qui permet de dire ce que les mots du quotidien ne peuvent pas, que le couple va trouver sa résilience. Chloe Zaho utilise elle aussi tout le pouvoir de l’art en instillant de la poésie et de la magie pour faire ressortir toute l’émotion de ce drame intime. Le film immanquable de ce début d’année.

Le choix de Théo

Les Échos du passé fait état d’un silence assourdissant, une masse sonore qui pèse et consume tout sur son passage.  Tel un bruit de fond, La mort et la famille cohabitent au sein d’un bourdonnement opaque, l’Histoire tout comme les histoires s’enchaînent ne laissant derrière elles que des fantômes : les spectres de celles à qui l’époque n’a pas rendu justice. Si le long-métrage de Mascha Schilinski a des airs de films d’horreur, l’atroce est ici ancré dans le réel, nul besoin de monstre quand l’homme existe, lui qui est déjà une menace suffisante pour les femmes de tout temps. Les systèmes de domination masculine prennent le pas sur les volontés propres, les premières victimes sont féminines, et nous, spectateurs, ne sommes que des témoins impuissants derrière une caméra qui fait tout pour nous crier notre devoir : ne plus jamais laisser la mort reproduire sa terrible moisson. 

Le choix de Simon

Au-delà des coulisses de la fabrication du pouvoir, théâtre fascinant où les individus ne sont que des pions au service d’une communication et d’une manipulation orchestrée par une minorité sur les masses, Le Mage du Kremlin enthousiasme par sa capacité à raconter l’histoire d’un homme sans âge, Vadim. Ce personnage stendhalien n’aura cessé de grimper l’échelle sociale jusqu’à devenir un des artisans de l’accession au pouvoir de Vladimir Poutine. Vadim, par arrivisme ou revanche, sera prêt à renier son humanité pour ériger un système tellement calibré qu’il finira par lui échapper. La nature inédite du film d’Olivier Assayas n’est pas sa démonstration de la fabrique du pouvoir mais sa captation d’un système qui finira par n’obéir qu’à lui-même, jusqu’à devenir implacable et incontestable. 

Le choix de Grégory

Furcy né libre

Deuxième film d’Abd al MalikFurcy, né libre s’impose avant tout par la force et la nécessité de son sujet. Le film rappelle avec justesse l’importance du combat juridique et humain mené par Furcy pour faire reconnaître sa liberté autant que sa condition humaine, dans une société qui s’est engraissée sur l’injustice et l’inégalité la plus abject. Si le film souffre parfois d’un rythme inégal, ainsi que de choix de mise en scène plus ou moins inspirés, l’ambition du projet reste indéniablement louable. Makita Samba porte le film avec une intensité réelle, donnant chair à un personnage profondément digne et révolté. Certaines séquences marquent durablement, laissant un goût de sang dans la bouche et une colère profonde. Le film participe ainsi à un devoir de mémoire urgent et essentiel, à l’heure où certains médias d’extrême-droite tentent de réécrire l’histoire de l’esclavage et de la colonisation. Furcy, né libre rappelle que le cinéma a aussi un rôle politique et pédagogique. Et que l’esclavage reste un sujet encore trop ignoré, voire minimisé, dans la culture et la société françaises. Il est plus que temps d’y remédier !

Le choix de Victor

Avec cette comédie clôturant le mois de Janvier, Martin Jauvat propose une réjouissante bulle (cocasse quand son personnage principal s’appelle Sprite…), dépeignant avec tendresse et acidité l’absurdité du monde du travail. L’errance de son personnage principal est celle d’une jeunesse un peu paumée dans une société de plus en plus uberisée dans nos moindres faits et gestes. Un public jeune sera d’autant plus conquis par le fait que le film puisse dans une esthétique pop, qui n’est pas sans rappeler celle des comédies politiques de Boots Riley. Servi par un casting impeccable, qui utilise à merveille les dialogues comique (à ce titre, formidable Emmanuelle Bercot en professeure d’auto-école fan des Offspring), Baise-en-ville s’inscrit comme le premier vrai temps fort de la comédie française cette année.

Le choix de Sam

Les échos du passé mérite d’être découvert en salle tant son travail sur la durée, la mémoire et la persistance des corps s’inscrit dans une pensée du cinéma comme espace hanté. Mascha Schilinski ne cherche ni l’identification immédiate ni le confort narratif. Elle creuse, par fragments et superpositions, les strates d’une violence intime et historique qui se transmet moins par le récit que par les sensations, les silences, les regards. Cette radicalité formelle — parfois âpre, souvent dérangeante — engage pleinement les spectateurices, les obligeant à une attention active aux résonances plutôt qu’aux évidences. À l’heure où Hamnet de Chloé Zhao déployait, dans un geste autrement ample mais tout aussi bouleversant, une méditation sur le deuil et la création comme survivance, Les échos du passé s’inscrit dans ce même désir de cinéma : non pas expliquer les blessures, mais leur donner une forme, une présence, et rappeler que certaines images ne se comprennent qu’en étant éprouvées, dans l’obscure d’une salle.