featured_Vincent-Dedienne-interview

VINCENT DEDIENNE | Entretien

Alors que son spectacle sort en vidéo, nous avons rencontré le très occupé et prodigieux Vincent Dedienne. L’occasion de revenir sur cette belle année 2017, sur les femmes de sa vie et celles qu’il admire tant, d’avoir quelques infos sur ses débuts au cinéma, mais aussi d’évoquer des sujets d’actualité politique et médiatique (la Tchétchénie, Macron, Cyril Hanouna…). Entretien chaleureux et spontané avec l’homme le plus drôle du moment. 

Le Bleu du Miroir : Vous faites l’unanimité dans notre rédaction et, autour de nous, tout le monde semble vous apprécier. Comment gère-t-on une telle explosion de popularité ? 

Vincent Dedienne : (Il rougit). Bien, hyper bien ! C’est pas désagréable du tout ce genre de choses…

Faut-il s’imposer quelques allers-retours à Macon pour se rappeler d’où on vient et garder les pieds sur Terre ?

V. D. : Non, ça va. Cela dit, si je pétais un cable, mes parents me calmeraient direct. Ils me parlent toujours comme avant, rien à changer. Par exemple, lorsque je les ai appelés pour leur annoncer que j’avais reçu le Molière (de l’humour), ils m’ont répondu : « ah, bravo. Dis, t’as appelé ta tante ? ». Ils sont très bons à ce jeu-là ! 

Mais sincèrement, j’ai tellement de travail que même si je voulais devenir junkie et incontrôlable, je ne pourrais pas car je n’aurais pas le temps.

« S’il se passe quelque chose » est certes un spectacle d’humour, mais il contient aussi de beaux moments d’émotion, très intimes. Comment gère-t-on l’équilibre entre l’émotion et le rire ? 

V. D. : C’est un peu du funambulisme. Il faut rester sur ce petit fil très ténu entre la pudeur et l’impudeur. Si l’on est trop pudique, ce n’est pas intéressant, si l’on est trop impudique, c’est gênant. Il faut trouver le bon équilibre et ce fut un travail de recherche en amont lors de l’écriture et du travail de mise en scène. C’était une dimension passionnante. Qu’ajouter, que garder, que retirer, pour que l’alchimie prenne bien.

Il y avait-il des modèles dans le métier, des intouchables que l’on chercherait quelque part à tutoyer dans la qualité ? 

V. D. : Muriel Robin, bien sûr. Palmade et Robin, c’est vraiment un exemple dans l’écriture. L’ensemble de leur oeuvre est brillante. François Rollin, également, qui m’a aidé à travailler. Ce fut une chance de collaborer avec lui. Laurent Laffitte, Valérie Lemercier… Des pointures.

De Marguerite Duras à votre maman, en passant par Annie Girardot, vous évoquez avec tant de beauté et d’impudeur votre amour pour elles… « Toutes les femmes de ta vie » aurait pu être le titre de votre spectacle, si ce n’était pas le titre d’une chanson pop…

V. D. : En moi réunies ! (Il rit) Et c’est vrai que mes deux personnages fictifs sont des femmes. La vieille actrice et le Pôle emploi. C’est marrant, ça fait trois cent fois que je le joue et je ne m’étais pas fait la remarque.

Ce n’est pas un reproche, bien au contraire. Surtout en ce moment… 

V. D. : (Il rit) Non, c’est vrai qu’à part Depardieu et Bacri, je n’ai pas été autant marqué par les acteurs. Je suis passé à côté de Delon, Gabin, Ventura… Ils ne m’ont jamais fasciné autant que les femmes que je mets à l’honneur dans le spectacle.

Pour preuve, vous portez aujourd’hui un sweat-shirt à l’effigie de Catherine Deneuve. 

V. D. : Ce n’était pas calculé, comme quoi ! (Il rit) 

Ces icônes, personnelles, appartiennent majoritairement à une époque révolue. Quelles sont les femmes que vous admirez le plus ces dernières années ? Celles qui ont tout d’une icône ?

V. D. : De Christiane Taubira à Marina Foïs, on a la chance d’avoir de nombreuses femmes très inspirantes. Kristen Stewart est géniale, Ellen Page également…

Des femmes qui osent prendre la parole, défendre la cause féminine. 

V. D. : C’est à dire qu’il y a tout de même un sacré recul à ce niveau… Avec l’affaire Weinstein, on réalise encore plus la nécessité que les femmes s’expriment, qu’elles ne subissent pas l’écrasement de l’homme macho…

Les femmes sont aussi avec vous en coulisses, avec vos trois co-auteures. Comment se passe l’écriture de vos chroniques pour Q comme Kiosque dans Quotidien ? Qui propose les articles, les revues ? 

V. D. : Les jours de chronique, on ne fait rien de la journée. On se retrouve le matin, on épluche la presse, on écrit jusqu’à l’enregistrement de l’émission. C’est un joyeux bordel autour d’une table.

Il n’y pas de recherche de la revue inédite, du titre de presse farfelu ? 

V. D. : En général, cela n’est pas inspirant. C’est trop évident, presque de la posture. Cela ne marche pas du coup.

Qu’on torture et tue des gens pour leur orientation sexuelle, à quelques milliers de kilomètres de chez nous, et qu’un animateur s’amuse à faire des blagues désolantes comme on n’en faisait même pas dans les années 20, le tout devant deux millions de téléspectateurs. Ce n’est pas acceptable !

Où en est le mouvement SOS Tchétchénie, dont vous êtes le parrain ? C’était important pour vous d’avoir ce rôle ? 

V. D. : On m’avait proposé plusieurs fois d’être le parrain d’associations. Mais j’avais gentiment décliné. Je préfère être en retrait, être solidaire et actif dans l’ombre. C’est trop facile d’être dans la lumière. On peut se demander si ce n’est pas calculé dans ce cas…

Un matin de tournée, en me réveillant avec une crève monumentale, j’ouvre Facebook et je vois deux trucs révoltants : les tortures en Tchétchénie et le canular homophobe de Cyril Hanouna.

Cela ne donne pas envie de se lever… 

V. D. : Oui, j’ai failli avaler une plaquette entière de Dafalgan. Ces deux actualités qui se télescopaient, ce n’était pas possible ! Qu’on torture et tue des gens pour leur orientation sexuelle, à quelques milliers de kilomètres de chez nous, et qu’un animateur s’amuse à faire des blagues désolantes comme on n’en faisait même pas dans les années 20, le tout devant deux millions de téléspectateurs. Ce n’est pas acceptable !

Il a récidivé cette semaine… 

V. D. : Il ne peut pas s’en empêcher, il a un problème ce garçon ! (En haussant les sourcils) Au final, on m’a proposé dans la journée d’être le parrain. J’étais tellement en colère que j’ai accepté.

Est-ce que votre implication a permis d’interpeler les pouvoirs publics ? Car nous sommes loin d’avoir mis un terme à ces agissements… 

V. D. : Le président Macron a fait sa petite mise en garde à Vladimir Poutine mais on ne sait pas s’ils en ont reparlé. En revanche, cela a fait un peu bouger les choses auprès de l’ambassadeur de France à Moscou, afin de faciliter l’obtention des visas pour que ceux qui fuient la Tchétchénie pour ces raisons puissent s’exiler en s’exfiltrant par la Russie. Mais cela perdure, et je n’ai pas l’impression qu’Emmanuel Macron s’en inquiète… Il ne répond pas sur ce sujet.

Vous terminez le spectacle en fin d’année, 2017 aura été une année incroyable avec un Molière de l’humour. Que prévoyez-vous pour 2018 ? 

V. D. : Je vais débuter l’année par une pièce de théâtre. Le jeu de l’amour et du hasard de Marivaux. Jusqu’à fin avril. Je me réserve le mois de mai pour faire un burn-out… (il éclate de rire). Je me prendrai quelques vacances pour souffler. Pour la suite, on verra.

Un nouveau spectacle ou une pause temporaire après ce marathon ?

V. D. : Une pause, oui. Ce n’est pas possible d’écrire tout le temps. J’ai besoin de contemplation, de laisser la vie m’atteindre.

Le spectacle a été projeté au cinéma. Avez-vous le projet d’apparaître sur grand écran autrement que de cette façon ? 

V. D. : Oui, ça me démange ! J’ai terminé de tourner un premier film et je suis en train de participer à un autre, qui est en cours de tournage. Cela me plait beaucoup ! Je n’étais pas sûr que le passage du théâtre au cinéma me plairait. Ce n’est pas le même métier, comme dit Deneuve.

Vous n’avez pas été sollicités que pour le registre comique ? 

V. D. : L’un d’eux est une comédie, en effet, avec Jonathan Cohen. L’autre n’en est pas une. Ce sera avec Nicole Garcia, Carmen Maura et Gustave Kervern. Je suis très content de ne pas avoir reçu que des propositions de rôles comiques.

 

Propos recueillis le 30 juillet à Paris et édités par Thomas Périllon pour Le Bleu du Miroir

« S’il se passe quelque chose » est disponible dès aujourd’hui en DVD et blu-ray. Son spectacle sera joué jusqu’à la fin de l’année avec, comme point d’orgue, quelques dates aux Folies Bergères pour boucler 2017 en beauté. Enfin, « Le jeu de l’amour et du hasard » sera débutera le 16 janvier au Théâtre de la Porte Saint-Martin.

Remerciements : Vincent Dedienne, Alain Ichou, Ruq Productions.



Il n'y a aucun commentaire

Ajoutez le vôtre