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UNIVERSAL MONSTERS | À l’origine des films d’horreur grand public

L’an dernier, Universal annonçait en grande pompe le lancement d’une nouvelle franchise, le Dark Universe, dans la lignée des Marvel Cinematic Universe, Monsterverse et autres. Une différence notable cependant : le Dark Universe, dont le reboot de La Momie constitue le premier maillon, reprend une grande partie des productions Universal des années 1930-40, période faste du studio, qui triomphait au box-office avec son « Universal Monsters ».

De ce foisonnement de films d’horreur, on ne retient en général que le Dracula de Tod Browning et le Frankenstein de James Whale. Et pour cause : ils en furent les plus grands succès. Mais on a tendance à oublier l’univers global dans lequel ils s’inscrivent, qui, quatre-vingt ans avant les nouvelles sagas, mettait déjà en place les bases des universes, et surtout, définissait la figure du monstre dans le cinéma d’horreur grand public.

Carl Laemmle Jr et la mise en place de l’univers

Le projet Universal Monsters a vu le jour aux temps du muet, sur l’impulsion de Carl Laemmle, fondateur d’Universal Pictures. En 1923 sort le premier film de la franchise : Le Bossu de Notre-Dame. Suit deux ans plus tard une nouvelle adaptation d’un roman français : Le Fantôme de l’Opéra. L’ère Laemmle, la première de la franchise, s’étale jusqu’en 1932, et ne compte que six films.

Bien plus prolifique que son père, Carl Laemmle Jr reprend à son compte le projet en 1931 (le dernier film suivi par le paternel, La Maison de la mort, par James Whale, sortira un an plus tard) et infléchit aussitôt la production vers des films à grand spectacle. Dès l’année de sa prise de fonctions, le fils à papa lance les deux films les plus connus de l’univers : Dracula et Frankenstein, tirés cette fois-ci de la littérature anglaise (respectivement Bram Stoker et Mary Shelley).

Le grand succès de ces films confirme l’ambition de Jr. Désormais, Universal Monsters se concentrera sur l’exploitation des personnages qui ont le plus rapporté, au lieu de s’éparpiller dans de rares projets d’adaptations littéraires comme aimait le faire le papa. Se met ainsi en place un vaste système de suites, de reprises et d’échos au sein duquel tournent sans cesse les mêmes réalisateurs, acteurs et techniciens. C’est la naissance du premier universe de l’histoire du cinéma.

Ce dernier se focalise sur six monstres : Dracula, Frankenstein, La Momie (1932), L’Homme invisible (1933), Le Loup-garou (1941) et L’Étrange Créature du Lac Noir (1954). À partir de ces films matriciels découle une série de nouvelles péripéties cinématographiques, dont les titres prêtent à rire tant ils tirent sur la corde du pognon. Évoquons pour Frankenstein, La Fiancée de Frankenstein (1935), Le Fils de Frankenstein (1939) et, lointaine prémonition du futur Godzilla vs Kong, Frankenstein rencontre le loup-garou (1943) ; pour le vampire, La Fille de Dracula (1936), Le Fils de Dracula (1943) ; pour l’homme invisible, La Femme invisible (1940), L’agent invisible contre la Gestapo (1942) (oui oui), etc… On aura compris l’astuce : prenez un personnage emblématique, construisez autour de lui une famille de monstres (la fille, la femme et le fils), faites-le interagir avec l’actualité politique (la Gestapo) ou orchestrez des rencontres intra-univers (Frankenstein vs le loup-garou), et vous obtenez le Universal Monsters.

Néanmoins, les raccords entre films ne fonctionnent pas aussi bien que les universes actuels. Et pour cause : les films à l’origine des franchises s’achèvent sur une fin qui n’envisageait pas de prolongement. C’est pourquoi les innombrables suites, décidées sur le seul critère de l’exploitation commerciale, sentent l’artificiel. Le prologue de La Fiancée de Frankenstein, lui aussi réalisé par James Whale, a de quoi amuser : on découvre Byron, Mary Shelley et son époux devisant tranquillement au coin du feu, jusqu’à ce que l’écrivaine, après un bref résumé de l’épisode précédent, commence à raconter la suite des aventures de sa créature, ce qui lance le film proprement dit. On est loin de l’extrême planification du Marvel Cinematic Universe, dont les fameuses « phases » définissent plusieurs années à l’avance l’ordre et les raccords des productions super-héroïques, et donc créent sciemment des fins ouvertes.

En revanche, la circulation du personnel entre les films est mieux maîtrisée. Circulation d’abord des réalisateurs : après Frankenstein, James Whale tournera L’Homme invisible et La Fiancée de Frankenstein. Plus remarquable, celle des acteurs, en particulier des premiers rôles masculins. Certains alternent les personnages-phares : Boris Karloff pour la trilogie Frankenstein et La Momie et ses suites, Béla Lugosi pour les films sur Dracula, Le Chat noir (1934), Le Corbeau (1935) ainsi que le monstre de Frankenstein dans Frankenstein rencontre le loup-garou. D’autres se concentrent sur les archétypes de personnages secondaires, à l’instar d’Edward Van Sloan, caricature de l’expert ès sciences occultes au lourd accent néerlandais qui déjoue systématiquement les pièges de la créature dans Dracula, Frankenstein et La Momie. Enfin, il faut noter la récurrence des techniciens, et notamment des maquilleurs, tel Jack Pierce, à qui l’on doit les faciès étonnants de Dracula, Frankenstein, La Momie ou encore Le Loup-garou.

Fin de la première partie.

À venir la 2e partie : Après l’expressionnisme allemand : assagir l’horreur



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