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UNE VIE | Brizé divise la rédac

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Clivant

Normandie, 1819. A peine sortie du couvent où elle a fait ses études, Jeanne Le Perthuis des Vauds, jeune femme trop protégée et encore pleine des rêves de l’enfance, se marie avec Julien de Lamare. Très vite, il se révèle pingre, brutal et volage. Les illusions de Jeanne commencent alors peu à peu à s’envoler. 

Une vie n’a pas fait l’unanimité…

Les Bleus enthousiastes :

L’adaptation cinématographique d’un roman (ici « Une vie » de Guy de Maupassant) est toujours un challenge et encore plus quand il s’agit de raconter toute une existence en deux heures, l’art de l’ellipse étant bien plus complexe au cinéma qu’en littérature. Stéphane Brizé le manie avec une maestria exceptionnelle, sa narration et son montage étant d’une justesse et d’une fluidité rare. Une vie se livre ainsi au fil de tableaux d’instants volés, des plus intenses ou plus banals. Fort d’une mise en scène et d’une photographie magnifiques et surtout de la prestation magnétisante et bouleversante de Judith Chemla, le film s’emplit progressivement d’une poésie spleenétique qui finit par envahir également le spectateur qui ressort de la salle le coeur serré. 9/10 – Fabien G. 

Film après film, Stéphane Brizé s’impose doucement mais sûrement comme un cinéaste important dans le paysage français, capable de passer aisément d’un drame pudique (Quelques heures de printemps) à un film social d’une dignité exemplaire (La Loi du Marché). Dans Une Vie, périlleuse adaptation du classique de Maupassant, il confirme son attrait pour des personnages en pleine tornade existentielle, luttant éperdument jusqu’à l’accalmie tant espérée. Alors que cette transposition aurait pu être rangée sur l’étagère des tentatives poussiéreuses, Stéphane Brizé trouve la juste mesure et l’art de l’ellipse pour embrasser complètement le destin de cette femme trahie par la vie. Entretenant une étroite parenté avec le sublime Wuthering Heights d’Andrea Arnold, Une Vie lui emprunte son sens du cadre et le lyrisme délicat d’un long-métrage aux éclairs de rage. En fleur fanée de désespoir, l’éblouissante Judith Chemla y délivre une composition impressionnante, au diapason d’un film qui enterre l’académisme avec une modernité suffisamment rare pour être saluée. 7/10 – Céline B. 

Les Bleus (un peu) moins enthousiastes :

Stéphane Brizé offre une relecture d’un classique de la littérature française – et familier de générations de collégiens et lycéens – en évitant tout académisme. Dans cette adaptation, il n’y a rien d’amidonné, au contraire, le réalisateur semble avoir voulu faire ressurgir toute la modernité chez Maupassant. Les acteurs ont beau être vêtus de costumes d’époque, leur diction et leurs physiques restent éminemment contemporains. Incités à improviser à partir d’un cadre donné, ils restent dans la spontanéité, mettant le film à l’abri de tout cadre trop corseté. Assumant pleinement son parti pris, Stéphane Brizé a éclaté la chronologie au montage, faisant s’entrechoquer instants heureux et moments tragiques, passé et présent. Certaines séquences s’étirent plus qu’il n’aurait fallu et les effets de vieillissement des comédiens ne sont pas toujours très bien gérés, il n’empêche, ce film persiste dans la mémoire. C’est là la preuve de sa singularité. 5/10 – Fabien R. 

Vidant le roman de toute sa substance pour n’en tirer qu’un drame au naturalisme étriqué et trop elliptique, Brizé zappe les grands moments de l’histoire mais s’attarde sur les plus insignifiants (on y arrose beaucoup ses plantes). Judith Chemla est, en revanche, excellente, aussi crédible en jeune femme de 17 ans qu’en mère éplorée de 45, mais elle ne peut malheureusement pas sauver le film à elle toute seule. Le style de Brizé est ici beaucoup trop froid et austère pour générer la moindre émotion, là où Quelques heures de printemps et La Loi du Marché étaient bouleversants. Le récit, trop distancier, ne s’attache à rien ni personne, principalement à cause d’énormes ellipses qui empêchent de s’intéresser à qui que ce soit. Et puisque le rapprochement a été fait, on est bien loin de la fièvre et de la sensualité que pouvait dégager le Wuthering Heights de Andrea Arnold. 4/10 – Florent D. 

La fiche

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-UNE VIE
Réalisé par Stéphane Brizé 
Avec  Judith Chemla, Jean-Pierre Darroussin, Yolande Moreau… 
France – Drame
Sortie : 23 novembre 2016
Durée : 119 min




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