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TU DORS NICOLE

7
Frais et sensible

Profitant de la maison familiale en l’absence de ses parents, Nicole passe paisiblement l’été de ses 22 ans en compagnie de sa meilleure amie Véronique. Alors que leurs vacances s’annoncent sans surprise, le frère aîné de Nicole débarque avec son groupe de musique pour enregistrer un album. Leur présence envahissante vient rapidement ébranler la relation entre les deux amies. L’été prend alors une autre tournure, marqué par la canicule, l’insomnie grandissante de Nicole. Tu dors Nicole observe avec humour le début de l’âge adulte et son lot de possibles.

Lafleur de l’âge.

Au loin, le clapotis de l’eau qui s’écoule et le chant joyeux des oiseaux annoncent les prémices d’un été exaltant au sein d’un cadre idyllique. Mais, sitôt le premier plan apparu, cet exotisme de façade s’évanouit et il ne reste bientôt plus que pour seul cadre celui d’un tableau mimant une luxuriante cascade. En contrechamp, Nicole (la révélation Julianne Côté) observe ce spectacle, plongée dans une insomnie qui n’en finit pas, attendant patiemment l’aube qui la délivrera.

Passé (injustement) inaperçu lors de sa présentation à la dernière Quinzaine des réalisateurs, Tu dors Nicole, nouveau long-métrage de Stéphane Lafleur, évoque, avec beaucoup de fraîcheur et de sensibilité, cet âge des possibles où le temps libre devient une malédiction, entraînant des personnages en quête d’eux-mêmes dans une inlassable spirale d’ennui. Nicole et sa meilleure amie Véronique ont beau rêver d’ailleurs, leurs projets se réduisent comme une peau de chagrin, à un désir de fuir pour recommencer du « beau rien » au cœur d’une Islande rêvée mais jamais envisagée sérieusement.

Alors que le cinéaste québécois aurait pu se contenter d’une chronique inoffensive sur la difficulté de devenir adulte, il se débarrasse, au contraire, de toute réflexion psychologisante en préférant teinter son long-métrage d’une ambiance délicieusement surréaliste. Recréant, par l’intermédiaire d’un élégant noir et blanc, le puzzle d’un été qui tourne à l’orage, Stéphane Lafleur filme son héroïne comme un fantôme errant dans les rues de la procrastination et de la lassitude. À tâtons, Nicole avance dans une ville où les parents se sont évaporés aux premières lueurs des beaux jours, ne laissant à leur progéniture qu’une illusoire et encombrante liberté.

Côtoyant l’excitation de la première carte de crédit, les douloureuses trahisons amicales et amoureuses forment l’itinéraire d’un film profondément original qui compense la légèreté de son scénario par une délicatesse de tous les instants (une fausse couche révélée dans une scène symbolique, une relation frère/sœur qui se passe de commentaires). À mi-chemin entre les univers hautement décalés de Jim Jarmusch et Wes Anderson, Stéphane Lafleur y dévoile, par petites touches, un monde tendrement onirique, aussi fantaisiste que déroutant, venant confirmer, une fois de plus, la créativité et la singularité du cinéma québécois contemporain.

La fiche

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TU DORS NICOLE
Réalisé par Stéphane Lafleur
Avec Julianne Côté, Catherine St-Laurent, Marc-André Grondin…
Canada – Drame
Sortie en salle : 18 Mars 2015
Durée : 93 min




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