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Pierre-Yves Cardinal | Entretien

Pierre-Yves Cardinal est aussi enjoué et décontracté que Francis, le personnage qu’il incarne dans Tom à la ferme le thriller psychologique de Xavier Dolan, est ténébreux et torturé. Un rôle qui a tout pour le mettre en orbite dans la galaxie des acteurs avec lesquels il va falloir compter ces prochaines années. Entretien.

Comment êtes-vous arrivé sur le projet de Tom à la ferme ?
J’allais à un essayage pour une série québécoise et je ne trouvais pas la porte d’entrée. Cela faisait quatre fois que je faisais le tour de l’édifice et je « sacrais », comme on dit chez nous – genre « ostie de calisse, elle est où cette crisse de porte ? »  -, quand j’ai reçu un appel. C’était Xavier Dolan qui m’a dit : « Ecoute, je ne sais pas si t’es libre ce soir, j’aimerais bien te rencontrer, qu’on aille prendre une bière. Si j’étais toi, je dirais oui. » En arrivant au bar, il m’a donné le scénario : « Lis ça, j’aimerais savoir si ça t’intéresserait de jouer le rôle de Francis. On se partagerait les deux rôles principaux… » Je savais que je dirais oui, mais par acquis de conscience, j’ai voulu être professionnel autant qu’il l’était alors j’ai lu le scénario. Évidemment c’est un morceau extraordinaire pour un acteur alors j’ai accepté…

Savez-vous pourquoi Xavier Dolan vous a choisi ?
Il m’avait demandé de faire une capsule [un spot] pour inciter les gens à aller voter. Il m’avait dit, en blaguant, « Fais moi une espèce de douchebag ». Il m’a dit plus tard qu’il s’était alors demandé si je n’étais pas la bonne personne pour jouer ce rôle là. En même temps, le rôle de Francis n’a rien à voir avec ce que j’avais fait ce jour-là sauf qu’il y a un côté à la fois masculin et un peu intellectuellement… (il s’interrompt et sourit) Je veux pas être péjoratif par rapport à mon personnage. Il a un côté rustre, une vulgarité, disons… Mais en même temps, Francis est capable d’être sophistiqué, très doux. C’est un personnage plein de dualité. Il est capable de se retrouver à beaucoup d’endroits opposés.

Beaucoup de journalistes me demandent si Xavier Dolan est un « control freak ». Il peut diriger certains plans avec une grande précision mais, à d’autres moments, il nous dit : « On se fout du texte et on improvise. »

Il est tout et son contraire. La relation entre Tom et Francis aussi, passe de la violence à la douceur, leurs rapports changent constamment… D’ailleurs quand on joue l’opposition avec un acteur qui est aussi le réalisateur et qui a une forte personnalité…
(Il interrompt, sur un ton faussement interrogatif) Ah oui ? (il éclate de rire) Probable…

… Est-facile de jouer la domination face à celui qui vous dirige ?
Ça n’a pas été difficile, c’est ce qui nous est demandé. Quand il m’a demandé d’être violent, plus je l’étais, plus il était content. Il fallait que ça fonctionne à l’écran. Xavier est quelqu’un qui sait ce qu’il veut quand il tourne. Il dirige avec énormément d’aplomb, de précision et de clarté. Il maîtrise superbement bien son plateau, il sait ce qu’il attend de chacun et il est très ouvert aux suggestions. Je dis ça parce qu’il y a beaucoup de journalistes qui me demandent s’il est « control-freak » (obsédé du contrôle). Ce qu’il n’est pas. C’est sûr qu’il est important pour lui de nous envoyer dans une direction très précise, il peut diriger certains plans avec une grande précision mais, à d’autres moments, il est content que l’on amène nos suggestions et d’autres où il nous laisse aller, où il nous dit : « On se fout du texte et on improvise. »

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Xavier Dolan a travaillé sur l’adaptation de la pièce de Michel Marc Bouchard, Lise Roy a repris le rôle qu’elle a joué sur scène, Evelyne Brochu aussi… N’était-ce pas trop compliqué de trouver vos marques ?
J’avais l’appréhension de ne pas être à la hauteur car ils connaissaient leur personnage comme le fond de leur poche. Quand on joue un rôle au théâtre trente-cinq fois, il y a quelque chose qui est installé physiquement, qui habite tout le corps. On franchit un cap où cela devient plus facile d’aller plus loin dans le jeu, donc j’avais peur d’être décalé par rapport à elles. Finalement, je me suis rendu compte que ce n’est pas du tout ce qui se passe dans ces situations-là : quand un autre acteur arrive avec son personnage, il est juste inspirant.

Je ne veux pas être moraliste, mais quand j’entends parler des personnages historiques qui ont été horribles, on a tendance à les mettre dans une case à part, comme des animaux auxquels on ne veut pas s’identifier. Je comprends ça. Mais on devrait se méfier de nous-mêmes un peu plus.

Vous êtes-vous inspiré de personnage de fictions ou de figures existantes pour composer le personnage de Francis ?
Non, Xavier m’a dit : « Pars de toi ». Je pense que je me suis inspiré d’hommes divers que j’ai croisés jusqu’à présent, mais en le faisant, je ne m’en rendais pas compte. Le texte établissait bien le jeu à suivre.

Certaines scènes d’affrontements entre Tom et Francis sont chargées d’érotisme. Etait-ce une direction dans laquelle Xavier Dolan voulait aller ?
On ne s’en est jamais parlé en termes clairs mais, pour moi, c’était évident en lisant le scénario qu’il fallait qu’il y ait cet ingrédient-là. Pour Xavier aussi, je pense qu’il fallait que ce soit là. Pour certaines scènes on ajustait : là, c’est trop, là, pas assez…

Francis a quelque chose de monstrueux mais réussit à apparaître profondément humain, en détresse…
Ses agissements sont impardonnables mais c’est un leurre pour l’être humain de se croire loin de cette noirceur qui les habite. Il faut parvenir à l’identifier pour mieux s’en méfier. C’est ce que Francis n’arrive pas à faire. Il n’est pas capable de gérer ce qu’il vit au niveau émotif, tout devient prétexte à manipulation. Je ne veux pas être moraliste, mais quand j’entends parler des personnages historiques qui ont été horribles, on a tendance à les mettre dans une case à part, comme des animaux auxquels on ne veut pas s’identifier. Je comprends ça. Mais on devrait se méfier de nous-mêmes un peu plus.

Vous avez reçu un prix interprétation, ex-aequo avec Xavier Dolan, au dernier festival de Valenciennes, où Tom à la ferme a aussi obtenu le prix de la critique…
C’était un moment magique. On a présenté le film en ouverture. On a eu une superbe réaction du public, très chaleureuse. A la fin de la projection, les gens venaient nous parler. Je me trouvais très chanceux d’être là. J’ai aussi eu le privilège de me retrouver à la table de Claudia Cardinale. Elle était charmante, très accessible, généreuse. Quand les prix ont été annoncés, j’étais déjà rentré au Canada. J’ai reçu ce prix comme un cadeau inespéré. Je sais que Xavier a été très touché aussi parce qu’il se considère d’abord et avant tout comme un acteur.


La fiche
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TOM A LA FERME
Réalisé par Xavier Dolan
Avec Xavier Dolan, Pierre-Yves Cardinal, Lise Roy, Evelyne Brochu…
Canada – Thriller psychologique
16 avril 2014
Durée : 102 min

Retrouvez la critique du film par FabR.




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