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TIENS-TOI DROITE

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Bouillonnant

Louise, Sam, Lili. Trois femmes qui ne se connaissent pas mais dont la volonté farouche d’évolution va les faire se rencontrer, se rejoindre, se juxtaposer. C’est l’histoire de Louise qui quitte le pressing de famille pour travailler dans une grande entreprise de fabrication de poupée où l’a pistonnée son amant. De Lili, Miss Nouvelle-Calédonie, qui fait la rencontre d’un riche industriel. De Sam, mère de famille nombreuse, qui décide de prendre son indépendance. Il y a la pression de leurs mères, de leurs sœurs, de leurs amies. Il y a leurs hommes qui disparaissent. Il y a leurs filles qui les regardent, les imitent. Et il y a la conception de ce nouveau modèle de poupée, enfin à l’image de la femme. Mais est-ce le modèle qui doit s’adapter à la femme ou l’inverse ?

Femmes des années 2010.

Cette année trois films français, aux têtes d’affiches exclusivement féminines, avaient, chacun à leur manière, des choses à nous dire sur ce qu’est être une femme aujourd’hui. Le réussi Les Gazelles, adaptation du one-woman-show de Camille Chamoux narrait joies et déboires d’une trentenaire qui repart de zéro après avoir quitté son fiancé. Le navrant Sous les jupes des filles prétendait, lui, s’appuyer sur des témoignages réels de femmes pour construire sa galerie de personnages. Il réussissait surtout à apparaître aussi misogyne que misandre.

Pas de cri « girl power ».

Tiens-toi droite prend la relève, sur une partition moins comique que les deux autres long métrages précités – même si le film ne manque pas d’humour. En faisant le choix de l’œuvre chorale, entrecroisant les destinées de trois personnages féminins (en fait, quatre si l’on compte la fillette qui finit par tenir un rôle central dans l’intrigue), Katia Lewkowicz passe au scanner la place des femmes dans la société française. Bouillonnant, le film explore de multiples pistes – peut-être trop et c’est là une de ses limites – qui appellent à la réflexion. Les passages les plus marquants sont ceux où les intentions ne sont pas soulignées, où le constat apparaît de lui-même, où les images disent tout. Par exemple, cette répartition des rôles au supermarché, a priori anodine : une mère de famille, les bras chargés de courses, observe déconfite son mari ravi, les bras occupés à soutenir leurs filles qui lui réclament des bisous avec empressement.

Tiens-toi droite se distingue également des deux autres films par sa conclusion très amère, bien moins simpliste et confortable qu’un cri « girl power ». L’ultime scène, qui a des airs de renoncement, est sans nul doute plus bien plus pertinente qu’un happy-end au regard du travail qu’il reste à faire pour que les mentalités évoluent, pour que les femmes se libèrent réellement des diktats de la mode, de la société patriarcale, des environnements phallocrates et de leur misogynie intériorisée. Le constat est aussi effrayant que salvateur. Il est celui d’une époque où le féminisme est presque devenu un gros mot. Le « presque » étant même de trop.

Le féminisme, ce « gros mot ».

A ce propos, pour en revenir aux Gazelles et à Sous les jupes des filles, il est intéressant de remarquer qu’en interview, les équipes des films prenaient leurs distances avec la notion de féminisme. « Aujourd’hui le mot féministe me semble galvaudé et dépassé, en tout cas dans son acception historique. Ce n’est pas nier son importance – le féminisme a beaucoup compté dans ma formation personnelle – mais dire que l’on est passé à autre chose, qu’il faut désormais considérer certains trucs comme acquis », déclarait Camille Chamoux aux Inrocks. Audrey Fleurot assurait quant à elle la promotion de Sous les jupes des filles en rassurant : «Audrey Dana [la réalisatrice, qui joue aussi dans son long-métrage] l’a très bien dit, ce n’est pas du tout un film féministe » . Entre les lignes, on aurait tendance à comprendre : « Ne vous inquiétez-pas les gars, on ne va pas vous prendre la tête avec nos revendications de bonnes femmes ! »

Katia Lewkowicz, elle, assume clairement la dimension militante du film. L’injonction du titre, Tiens-toi droite (que l’on pourrait compléter par : Ne te fais pas remarquer ! Entre dans le moule ! Fais ce qu’on te dit !), est susceptible d’apparaître, au moment où défile le générique final, comme un appel bienveillant aux spectatrices : « Tiens-toi droite », la tête haute et ne te laisse pas marcher dessus !  

La fiche

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TIENS-TOI DROITE
Réalisé par Katia Lewkowicz
Avec Marina Foïs, Noémie Lvovsky, Laura Smet…
France – Comédie
Sortie en salles : 26 Novembre 2014
Durée : 94 min

Voir l’affiche promotionnelle où nous sommes mentionnés. 

 




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Invité
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Belle conclusion que la fin de l’article. Même si mon appréciation du film est différente: Pour la réalisatrice-scénariste (présente en avp), son histoire, c’est jouer avec les archétypes des clichés de femmes (la mère au foyer, la carriériste, la soit belle et tait toi). Si certains passages sont enlevés, le tout reste au niveau du même flou que dans l’état duquel se trouve ces protagonistes (presque tout les personnages du reste). Scénario et mise en scène sautes du coq à l’âne. Le spectateur peut se trouver largué en même temps devant les trous, plus que des ellipses, d’écriture et autres… Lire la suite »

Clément
Invité
C’est un film vraiment passionnant, il nous apprend beaucoup de chose sur les caractères d’une femme. Katia Lewkowicz a vraiment su montrer la place des femmes dans la société française. C’est tout à fait vrai les femmes doivent savoir garder leur tête haute et ne pas se laisser marcher dessus. Je suis un fervent défenseur de l’égalité des sexes 🙂
FabR
Invité
FabR
Vous n’avez pas tort ! J’ai d’ailleurs noté que cette manière d’explorer trop de pistes est l’une des limites du film. Mais, malgré ces réserves, « Tiens toi droite » éveille en moi une vraie sympathie. La réalisatrice tente des choses, ose, se plante peut être par moments, mais au moins, le résultat n’est pas consensuel. On voit tant de films dont les auteurs semblent ne rien avoir à dire, à raconter ! Là, c’est le contraire… 🙂
FabR
Invité
FabR
Nous sommes deux ! 🙂