The Fits

THE FITS

The Fits est reparti du festival de Deauville 2016 avec le Prix de la critique. Le Bleu du miroir, qui était sur place, a rencontré sa réalisatrice, Anna Rose Holmer, juste après la projection. Une occasion parfaite pour évoquer nos impressions à chaud. D’où l’idée de vous proposer cette critique à plusieurs voix…

Ça remue.

En à peine une heure et quinze minutes, The Fits nous agite les neurones et nous secoue le cerveau. Un peu à l’image des jeunes filles du film qui, l’une après l’autre sont prises de convulsions inexpliquées. Un étrange phénomène dont on cherchera en vain l’élément déclencheur, mais qui, parfois, évoque des mouvements de danse hip-hop (c’est justement à cet art que se frottent les jeunes héroïnes).

138237-jpg-r_1280_720-f_jpg-q_x-xxyxxAnna Rose Holmer : J’ai toujours été fascinée par les cas de contagion et d’hystérie collective et j’ai toujours voulu raconter une histoire à ce sujet. C’est quand j’ai produit un documentaire sur le New York City Ballet (Ballet 422) que j’ai eu l’idée d’approcher ce thème via le film de danse. Quand je vois le film, Toni, c’est moi. J’ai coécrit le scénario avec deux autres femmes : ma monteuse, Saela Davis, et ma productrice, Lisa Kjerulff. Le résultat est une sorte de mélange de nos trois identités à cet âge là. Nous étions introverties, garçon manqué et très proches de nos grands frères. On s’est intéressées à ce moment où l’on se construit en sortant de l’ombre de nos aînés, où l’on se demande vraiment : « Qui suis-je ? ».

Evidemment, la lecture métaphorique s’impose. Il y a dans ces crises « en série » quelque chose qui relève du rite initiatique et ce que raconte le film, c’est ni plus ni moins qu’un récit d’apprentissage.

ARH : C’est le récit d’apprentissage d’une préado. Et c’est important de le signaler car si on avait fait celui d’une jeune femme, il aurait été question de l’éveil sexuel. Or, on voulait vraiment parler de ce moment où on se découvre vraiment soi-même. Plein de films racontent des histoires de garçons au seuil de l’adolescence, mais leur pendant féminin est beaucoup plus rare. La féminité peut être une idée effrayante au début mais, au final, c’est simplement quelque chose de beau. Il faut le ressentir de l’intérieur, si on en est juste spectateur, vu de l’extérieur, c’est potentiellement flippant. Et puis The Fits parle aussi de l’équilibre à trouver entre son identité individuelle et la place que l’on tient au sein du collectif et qui est parfois difficile.

The Fits évoque donc des peurs, des inquiétudes, et finit par diffuser, à la longue une impression d’inquiétante étrangeté – et cela d’autant plus que les dialogues sont rares. Le film se dévoile comme un film de genre lo-fi qui cherche davantage à troubler qu’à effrayer. On serait ainsi tenté de faire la comparaison avec un It Follows

ARH : Je n’ai pas vu It Follows avant de faire le film, mais l’une de nos influences était Morse, qui est un film de genre mais aussi une histoire d’amour. On voulait aussi beaucoup de tension, d’angoisse, bien qu’il n’y ait pas de monstre dans le film, si ce n’est la peur de l’inconnu.

The Fits est une vraie curiosité qui en laissera plus d’un circonspect et qui tire à la ligne, en dépit de sa relativement courte durée. Malgré ces réserves, ce film témoigne d’une vraie audace et a le mérite de se tenir à distance des clichés du cinéma indépendant américain. Avis à celles et ceux qui aiment être intrigués.

Les propos d’Anna Rose Holmer ont été recueillis par Thomas Périllon et Fabien Randanne, en septembre 2016, au Festival de Deauville.

La fiche

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THE FITS
Réalisé par Anna Rose Holmer
Avec Royalty Hightower, Alexis Neblett, Da’Sean Minor… 
Etats-Unis – Drame – Fantastique

Sortie en salle : 11 janvier 2017
Durée : 72 min 

 




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