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TAPE

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Coup d'essai

Alors qu’il se rend à un festival de cinéma, Vince retrouve Johnny, un vieil ami de lycée. Cette rencontre n’est pas vraiment une agréable surprise. En effet, les deux hommes se sont brouillés quand Amy, la petite amie de Vince, a quitté ce dernier pour Johnny. Vince soupçonne par ailleurs ce dernier d’avoir violé Amy. Après une nuit d’affrontement verbal, que Vince enregistre sur cassette, la conversation atteint un seuil critique. Soudain Amy fait son apparition et donne sa version des faits.

Mises au point.

Richard Linklater aime les projets hors du commun. Bien avant A Scanner Darkly et son utilisation de la rotoscopie et un an avant de commencer à tourner ce qui deviendra Boyhood, le réalisateur texan décide en 2001 d’adapter Tapela pièce de théâtre de Stephen Belber du même nom – avec la participation de ce dernier au scénario. Le postulat de départ est simple : dans une chambre de motel, Vince (Ethan Hawke) et Jon (Robert Sean Leonard) se revoient longtemps après le lycée, commencent à discuter du bon vieux temps avant que la conversation ne devienne au fil du temps plus agressive et malsaine. La cause ? Un triangle amoureux avec au coeur de celui-ci Amy (Uma Thurman), qui passa de Vince à Jon et qui aurait affirmé au premier que le second l’aurait violée…

La transition du théâtre au cinéma peut paraitre simple alors qu’il est souvent compliqué de donner du dynamisme à une œuvre figée dans l’espace et le temps – la notion de temps réel étant difficile à reproduire. Linklater et Belber restent fidèles à l’esprit de la pièce, le film se déroule en temps réel avec la chambre comme seul lieu. Le réalisateur essaie de tonifier leurs échanges en multipliant les plans rapides dans la première demi-heure du film, avant de ralentir ce rythme quand l’atmosphère s’alourdit.

Il s’agit d’ailleurs d’un des problèmes de Tape. Si ce rythme, soutenu au début puis plus lent, colle bien à l’ambiance du film – euphorique d’abord, puis de plus en plus empesée – il n’empêche pas l’ennui de s’installer lors des trente premières minutes. Trop de plans pour une discussion banale, une impression de vide et une image assez terne – mais cela est sans doute dû au caméscope qu’utilise Linklater pour filmer, conduisant à une mise en scène pas toujours très heureuse. Était-ce ainsi nécessaire de filmer Ethan Hawke dans l’espace entre le bras et la jambe de Leonard ?

Heureusement, le film décolle progressivement quand Vince commence à dévoiler ses intentions. Ethan Hawke y est pour beaucoup, tour à tour blagueur et inquisiteur, poussant le personnage de Jon dans ses retranchements et ses limites. Face à lui, Robert Sean Leonard manque presque de répondant, que ce soit physiquement ou dans son jeu d’acteur : il manque de nuance et d’ambiguïté pour vraiment provoquer l’empathie ou, au contraire, le rejet. Car c’est bien lui qui est censé être le personnage clivant de la première heure, celui qui est jugé alors que nous sommes volontairement influencés par Hawke, qui a le contrôle de la conversation. Heureusement, l’arrivée d’Uma Thurman, parfaite, permet de rééquilibrer le film dans sa dernière demi-heure.

Ni raté, ni pleinement abouti, Tape s’apparente surtout à un coup d’essai de la part d’un auteur adepte des productions expérimentales. Si les thématiques abordées sont intéressantes – la rancune, le triangle amoureux, le doute ou encore la reconstruction et la manipulation des souvenirs – le tout manque de densité, bien loin d’un The Sunset Limited par exemple. Un film mineur dans la filmographie de Linklater, mais qui vaut tout de même d’être découvert pour les jalons qu’il a posé dans celle-ci, ainsi que pour la performance d’Ethan Hawke, magnétique.

La fiche

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TAPE
Réalisé par Richard Linklater
Avec Ethan Hawke, Robert Sean Leonard, Uma Thurman…
Etats-Unis – Thriller, Drame, Comédie
Année : 2001
Durée : 86 min




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