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TAKEN 2

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Recyclage

Dans Taken, Bryan Mills, ex-agent de la CIA aux compétences si particulières, a réussi à arracher sa fille des mains d’un gang mafieux. Un an plus tard, le chef du clan réclame vengeance. Cette fois-ci, c’est après lui qu’ils en ont.

Suite de Taken réalisé par Pierre Morel et qui avait fait un carton malgré une bande-annonce plus enthousiasmante que le film lui-même, Taken 2 est la suite des mésaventures de Bryan Mills et sa fille. Tel un Jack Bauer fou de rage, il avait traversé l’Atlantique pour arracher sa fille Kim (oui, ils ont poussé la ressemblance jusque là) aux mains de la mafia des balkans qui lui avait prévu un plan de reconversion « tapinage à Bucarest ». Grâce au ciel – et à la gâchette facile de papa – la blondinette avait pu retrouver sa Californie natale pour fricoter avec des jeunes bien coolos. Voilà pour le premier épisode.

Je vais maintenant vous narrer l’exceptionnel et immanquable second volet (en espérant qu’il n’y en ait pas d’autres). Taken 2 débute avec une annonce choc : sa fille a un petit-ami ! Illico-presto, papa Mills utilise son traqueur GPS et localise l’impertinente chez son boyfriend (en position horizontale). Coïtus interrompus. Hymenus intactus. C’est important la virginité de sa fille – même si elle a l’air d’avoir presque la trentaine ! Par la même occasion, papa Mills réconforte maman ex-Mills qui est en période de divorce. Un rapprochement soudain tellement bien géré et AB-SO-LU-MENT pas téléphoné que ça passe comme une lettre à la poste. C’est d’ailleurs le début d’un festival de répliques toutes plus dérangeantes les unes que les autres. Ex : Maman : « notre fille a un petit ami, elle a grandi ». Papa : « -mais elle va bien ? ». Vous en voulez un autre ? Comme Bryan Mills est un homme, un vrai, il ne veut pas évoquer ses sentiments en public :  « Ne parlez pas de mon ex-femme, parlons plutôt de basket-ball ». Côté bad guy, c’est carrément la grande classe avec des taglines carrément flippantes et originales : « Les règles ont changé », « Cet homme est notre ennemi, je n’aurais pas de répit tant que son sang n’aura pas coulé sur nos terres ».

Mais revenons à Bryan et sa famille quasi-recomposée qui décide de le rejoindre à Istanbul pour quelques jours de vacances qui vont tourner au cauchemar après une balade en ferry donnant lieu à un bref cours d’histoire du papa à sa fille scotchée à ses lèvres savantes. Le lendemain, papa et maman vont chiner au bazar laissant leur chérubin faire quelques brasses à l’hôtel (cette sotte se permet d’ailleurs de laisser traîner son Ipad sans vergogne parce que bien entendu un touriste ne vole jamais son prochain). Arrive le moment que tout le monde attend : le baiser. Euh non pardon… l’enlèvement. Comme le scénariste a souhaité surenchérir, il va faire enlever les deux parents en plein Istanbul – mais papa Mills trouvera quand même le temps de prévenir sa fille pour ne pas qu’elle s’inquiète. Les yeux bandés, papa Mills mémorise le trajet et planque son gadget dans sa chaussette – imaginez une boîte de tic-tac qui vous permet d’appeler vos proches quand vous êtes retenus en otage par de vilains gangsters roumains, pratique non ? Le chef de gang débarque et nous sert une longue tirade sur l’importance des liens du sang. C’est tout de même grandiose de permettre à un trafiquant proxénète d’être le garant de la morale et des valeurs familiales ? Quel talent ce scénariste. On aura même droit à un moment de lyrisme, voire même un moment de grâce où notre bad-guy versera sa petite larmichette à la mémoire de son fiston disparu. Quel sans-cœur ce Bryan Mills !

Le barbu s’éclipse et papa Mills peut enfin prévenir sa fille, il lui donne des indications pour le retrouver, lui demande de la jouer profil bas et et de se fondre dans la masse. Ce qu’elle fera en ne payant pas le taxi, en volant des vêtements, en lançant plusieurs grenades pour permettre à son père de la localiser à distance grâce à son ouïe aiguisée… Bryan Mills devient dans ce Taken 2 un mix génial de Jack Bauer (24), Jim Ellisson (The Sentinel) et MacGyver. Très vite, Kim et papa sont réunis et unissent leurs forces pour récupérer maman qui est dans de beaux draps et se vide de son sang. La petite Kim – ayant déjà pourtant raté deux fois son exam de permis – se découvre de soudaines aptitudes de pilotage (GTA style) au volant d’une Mercedes jaune à boîte manuelle. On ressent ensuite que Besson s’est offert son instant-plaisir en défonçant plusieurs voitures de police lors d’une course-poursuite rythmée par les encouragements d’un Papa Mills affichant sa confiance totale en sa progéniture à grands coups de « Come on« … Pendant ce temps, les vilains méchants mafieux s’amusent à taillader maman – qui n’a pourtant pas vraiment peur des outils tranchants, elle qui a du énormément fréquenté les tables chirurgicales californiennes vu son faciès… Après avoir avoir tourné un épisode de D&co ; une heure pour tout changer, Mills tombe la veste en cuir, règle son compte à un roumain en survêt démodé et vide son sac à Papy Mafieux, lui confiant sa terrible fatigue… mais à t’on pensé un instant à celle ressentie par le spectateur devant tant de dialogues ridicules et mécaniques, de rebondissements grotesques et prévisibles, de retrouvailles surjouées et de réconciliations capillotractées ? Que dire de cet épilogue navrant où Papa Mills vit à 300% le créneau de sa fille chérie avant de s’offrir une coupe glacée à la fraise avec le nouveau gendre désormais accueilli avec le sourire ? 

Le moment le plus agréable sera finalement celui de la libération des spectateurs-otages sur le morceau musical qui aura tenté tout l’été de nous faire croire qu’Internet Explorer était redevenu un navigateur moderne et incroyablement tendance. Vous l’aurez compris, ce deuxième volet est un copier-coller non seulement du premier épisode mais également de tout ce qui a marqué le genre récemment sur le grand comme le petit écran (avec des emprunts musicaux à Drive, avec A real hero et le Tick of the clock des Chromatics lors d’une séquence où Kim attend 5 minutes montre en main au volant de sa Mercedes, true story). 

 

OLIVIER MEGATON | FRA | 98 MIN | 3 OCTOBRE 2012 | LIAM NEESON, MAGGIE GRACE, FAMKE JANSSEN



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Le Personnic
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Le Personnic
Je n’aurai su mieux dire .
Flow
Invité
Ah non, ce sont des Albanais pas des Roumains !!!! Pas d’amalgames, c’est très important (va voir sur Youtube la vidéo de Screen Junkies sur le film, c’est énorme).

Tu as du courage d’avoir écrit une si belle critique pour un tel étron (j’ai été plus expéditif^^). Pourquoi s’infligent on de telles merdes ???

Comme dit dans la vidéo que je te conseillais un peu plus haut: « On va vous donner des astuces pour ne pas être enlevé une première, une seconde et par pitié une troisième fois » 😉

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