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T2 TRAINSPOTTING | 5 raisons de se refaire un fix avec Danny Boyle

“J’ai récemment vu Premier Contact. J’ai adoré. J’adore tout ce que fait Denis Villeneuve”. Plus besoin d’en faire des caisses à citer de nouveau les merveilles de sa filmographie : Danny Boyle vient de redonner la preuve, si besoin en était, de son bon goût.

Dans un bar parisien, le cinéaste mancunien profite de son passage à Paris pour échanger avec quelques scribouillards passionnés, dont Le Bleu Du Miroir. Avec un peu moins de trois-quarts d’heure à son compteur, Danny est un homme pressé mais souriant. S’il bénéficiera très certainement d’un degré de coolitude bien supérieur au nôtre au micro de Yann Barthès et de son Quotidien, le réalisateur est direct et plein de bonhomie. Alors on écoute avec attention : sous d’épais verres de bigleux se cache une paire d’yeux qui n’a jamais semblé plus affûtée.

Alors que T2 Trainspotting trépigne de sortir sur les écrans des cinémas français, le 1er mars, voilà donc 5 raisons d’aller voir la suite des aventures de Renton, Spud, Sick Boy et Begbie inspirées de Boyle himself.

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1. Parce que c’est le temps de l’amour…

… le temps des copains, et de l’aventure-euh. On pourrait copier/coller le reste des paroles de la chanson de Françoise Hardy pour faire du signe, mais on n’est pas comme ça. À 60 piges, Danny Boyle semble plus réfléchi et distancié que jamais. C’est peu dire que le coeur de la réussite de T2 Trainspotting réside dans ces deux mots-clefs. Le film est d’abord l’occasion de grandes retrouvailles, celles de Danny Boyle et Ewan McGregor, embrouillés depuis La Plage (2002) pour une sombre histoire de promesse de casting, finalement attribué à DiCaprio. Passons les anecdotes de tabloïd et les sombres revanches, le duo se retrouve et s’aime enfin, après avoir été aussi inséparables qu’une seringue et une petite cuillère. Un sexagénaire qui retrouve son amour de jeunesse : beau comme dans un film de John Madden.

De là à chercher des parallèles entre les retrouvailles de Sick Boy et de ses petits potes qu’il a laissés dans les sacs de couchage miteux d’un appartement aux murs décrépis, il n’y a qu’un pas. Franchi à la limite de la conscience, selon Boyle.

Il y a peut être une part autobiographique dans T2 Trainspotting. Le film parle d’opportunités et de trahisons, sans cesse. C’est ce que nous avons vécu Ewan et moi – même si une grande partie de ce qui s’est passé est sûrement de ma faute. Il y a eu une fracture entre lui et moi, nous ne nous sommes plus parlés pendant des années.

L’histoire ne dit pas si Boyle a tout de même laissé une partie de son cachet de La Plage à Ewan Bremner dans un casier de gare. Au final, pas de regrets pour McGregor : c’était quand même un film bien pété.

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2. Parce qu’il voulait faire chier James Cameron

Toi qui trouves – à raison, grands Dieux – que Alien 2 est le plus mauvais de la série, malgré les récentes tentatives de scepticisme de Cameron, celle-là est pour toi. Parce qu’il est un homme doué d’un minimum de goût (n’écoutez pas l’abjecte critique française à son égard), Danny Boyle a immédiatement et catégoriquement refusé la sortie en salles de son film sous un horripilant et mercantile Trainspotting 2. Il a même pensé à un titre complètement différent, The Least Unfamiliar, qu’on traduit littéralement par Le moins non-familier. Une double-négation qui va comme un gant à l’atmosphère de Trainspotting, mais qui ne ressemble stylistiquement à rien, autant se l’avouer.

Alors, Boyle opte pour T2. Court, direct, évocateur pour ceux qui veulent, aguicheur pour ceux qui ignorent. Sauf qu’avec son Terminator 2, James Cameron s’est approprié l’abréviation. Lueur d’espoir : T2 n’est pas juridiquement bloqué.

Les personnages et leur côté punk auraient adoré l’idée de faire chier un autre artiste, en l’occurrence, James Cameron. On avait le droit d’utiliser T2, mais pour des raisons marketing, les producteurs ont poussé pour que le titre officiel soit T2 : Trainspotting. Peut être à raison, puisqu’en parcourant YouTube, je suis tombé sur des mash-ups entre les images de Terminator 2, et la voix-off de McGregor du premier Trainspotting. J’adore ces idées là !

Avant de tranquillement se confondre en laudatifs sur James Cameron et son oeuvre. Tu nous la fais pas, à nous, Danny. Émoticône clin d’œil. 

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3. Parce que 20 ans, l’âge de raison

Techniquement, 21 ans, soit l’âge de biture, mais passons. Une double-décennie d’attente à contempler comment les rails de l’indifférence d’une génération bercée aux contre-cultures s’est lentement glissée, comme toutes les autres, dans le train des crédits, des héritages, des grands écrans TV et des assurances-vie.

Ils sont un peu comme nous, Danny Boyle et Irvine Welsh, l’auteur du roman original. Sauf que vu qu’ils sont à charge de représenter tout ce petit monde et ces petites idées, et qu’on leur intime fortement de bien le faire, qui plus est, ils prennent leurs responsabilités au sérieux. Dans ces temps de surproduction et de franchisation à tout va, le protocole a de quoi ravir.

Cela fait plusieurs années qu’on pense à écrire une suite à Trainspotting. Dans les années après la sortie de l’original, j’ai rédigé quelques brouillons. Ils marchaient bien, l’univers était là, mais on ressentait l’aspect copié/collé. C’est l’un des plus grands risques lorsqu’on tourne une suite : la tentation est grande de reprendre les éléments qui marchent, et d’ajouter juste une nouvelle couche de peinture. On ne voulait pas s’adresser uniquement à ceux qui s’étaient attachés aux personnages de l’original : on voulait créer un film qui se suffise en soi, qui ait son propre mot à dire. Qui soit indépendant.

Un film peut-il être fondamentalement je-men-foutiste, clamer son rejet viscéral du monde, et ramper parallèlement pour contribuer à sa représentation ? Vous avez 4 heures.

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4. Parce que Danny, Danny Cool

Avant de faire des pubs abruties en forme de concours à qui sera le plus enfoiré entre l’enfoiré de cadre de banque qui se ratatine face à l’enfoiré de classe moyenne parvenu prêt à voter Le Pen pour préserver la valeur de ses acquisitions foncières, le CIC n’avait pas foncièrement tort : le monde bouge. Danny le punk aussi. L’Anglais primé aux Oscars réalise une prouesse que tant d’autres artistes ne peuvent que fantasmer : il évolue au même rythme que ses œuvres.

Il est là, le secret du Boyle inclassable, capable de réaliser des thrillers noirs, du feel-good hollywoodien, du SF, du zombie et du biopic intelligent dans la même carrière. Et tant pis pour les avortons difformes et accidents industriels. Quitte à se plaindre, autant le faire pour un cinéaste qui prend des risques, plutôt que pour un de ces talents Vine qui cherchent la boucle parfaite pour la répéter en loops indigestes.

Un des thèmes-clefs de T2 : Trainspotting, c’est le temps qui passe. C’est un exercice terrible, un exercice que les hommes gèrent beaucoup moins bien que les femmes, par exemple. Dans T2, les femmes sont en arrière-plan. Elles ne disent pas grand chose, mais ce sont elles qui font tout le boulot. Ce sont elles qui éduquent les gamins. Ce sont elles qui évitent qu’ils ressemblent à leurs idiots de pères. Ce sont elles qui font que le monde continue de tourner. Ce que j’ai découvert, avec le temps, c’est que le monde fonctionne de manière cyclique. Le meilleur exemple, ce sont les relations très fortes entre grands-parents et petits-enfants. Les liens, les idées sautent parfois une génération.

C’est tellement beau que j’en n’ai même pas la force de trouver une vanne pour faire la transition.

choose life

5. Parce que Choose (Lust For) Life, nom de Dieu

“Shine Bright Like A Diamond”, chantait la (bar)barde, en bon hymne contemporain à la glorification du moi et à la starification Instagramesque. C’est non. Sûrement pas. L’Ecosse, c’est plutôt « Born Slippy » d’Underworld. Un pays bien trop conscient de ses bourrelets, de ses veines violacées et de ses vergetures pour être un pays fier et encore moins photogénique. On ne voit pas pourquoi les personnages de ses films le seraient. Alors que Trainspotting se distinguait sa violence et son nihilisme de surface, c’est bien une grise mélancolie qui s’abat sur T2 Trainspotting. N’attendez pas de vos héros qu’ils renfilent cape et super-pouvoirs. Ce quatuor là n’a jamais été foutu de sauver qui que ce soit – et surtout pas eux-mêmes.

Le cinéma, et d’autant plus le cinéma contemporain, a une tendance certaine à glorifier tous ceux qu’il filme. Je prends l’exemple de Moi, Daniel Blake de Ken Loach. On nous montre un type sous-qualifié, vieux, moche, chômeur. Et pourtant, à l’écran, il scintille. Non pas qu’il y ait un quelconque mal à cela, mais c’est précisément ce que je voulais éviter avec T2 Trainspotting. Tous, de Renton à Spud en passant par Begbie, n’ont plus de voix dans ce monde. C’est la raison pour laquelle il n’y a plus la voix-off iconique de Trainspotting dans T2. Tout simplement parce que Rent Boy n’a plus la force de dire quoi que ce soit.

Que les sceptiques se rassurent : Danny parle pour eux. Leurs environnements parlent pour eux. Un comble pour ces grandes gueules qui récitaient leur mantra pervers “Choose Life” au son de l’iguane Iggy Pop. T2 Trainspotting est la promesse d’un regard à contre-temps sur un monde qui aime se dépeindre en harmonique orchestrale foutraque, mais qui n’est qu’un 4/4 de pop aux 4 mêmes sempiternels accords. Choose Life. Quel slogan superbe. Quel slogan à la con.




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