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SUICIDE SQUAD | Quand c’est trop…

Des critiques US trop violentes ?

De fortes rafales océaniques avaient porté à nos oreilles de terrifiants échos et à nos narines la désagréable odeur de l’étron universel. Sans surprise – à moins d’être aveugle et sourd, la bande-annonce ressemblait tout de même à un sacré présage – le très matraqué markété Suicide Squad serait une catastrophe artistique, d’après les reporters US. Certaines fans outre-atlantique n’ont pas apprécié – au point de lancer une pétition pour faire fermer la plateforme Rotten Tomatoes recensant près de 65% de critiques négatives ! Notons qu’un sort aussi virulent avait été réservé au calamiteux Batman V Superman, à juste titre. La DC Comics avait-elle pondu un nouveau déchet industriel ? Pour le vérifier, il fallait se rendre en salle lors des avant-premières de veille de sortie ou ce mercredi 3 Août, jour de sortie, car le distributeur (la Warner) avait prétexté une « crainte du piratage » pour ne pas le montrer à la presse hexagonale. Craignait-il un accueil similaire à celui reçu par le navet de Snyder ? 

Trop d’attente suscitée ?

Depuis sa sortie, le film se fait violemment attaqué sur les réseaux sociaux et les premières critiques françaises n’y vont pas de main morte. Le film le mérite-t-il ? Clairement, oui. Avec un budget de 175M$, une campagne promotionnelle gigantesque et un pitch prometteur (sur le papier), l’attente était inévitable. Le retour de bâton est donc justifié tant ce Suicide Squad est un désastre. Absolument rien ne va dans le film de David Ayer, qu’il conviendrait de montrer dans les écoles de cinéma comme référence du « tout ce qu’il ne faut plus faire en 2016 ». Montage calamiteux, narration inexistante, Lorsque l’on cherche à construire un monument, on soigne les fondations avant de s’occuper de sa finition tape à l’oeil. Ce Suicide Squad est bâti sur du sable mouvant sans aucun maître d’oeuvre à sa tête. 

Trop pour si peu

Tout a été fait pour teaser autour du nouveau Joker de Jared Leto, des premières photos de tournage sur les réseaux sociaux aux nombreuses images promotionnelles le mettant en scène. Comment ne pas être surpris, et déçu, de constater qu’il n’apparaît finalement qu’une dizaine de minutes au bas mot et que sa prestation s’avère complètement grotesque ? Très sûr de lui et dominé par sa fierté de succéder à l’inoubliable prestation d’Heath Ledger, l’acteur oscarisé pour Dallas Buyers Club cherche l’épate mais se vautre lamentablement. Une dentition qui brille, quelques tatouages (dont le fameux « Damaged » sur son front) et un air perpétuellement ahuri ne suffisent pas à composer un Joker machiavélique et imprévisible. Tout juste un vieux Marylin Manson de pacotille. Sa girlfriend, Harley Quinn, ne s’en sort pas vraiment mieux et devrait bientôt prétendre logiquement à une nomination aux Razzie Awards. 

Quand c’est trop, c’est trop pas cool

Comme l’essentiel de tout ce qui fait le cinéma est aux abonnés absents dans Suicide squad, il fallait maintenir l’illusion. Celle du Joker ne tient pas longtemps. C’est donc sur l’emballage que tout reposait. En confiant les clés du visuel aux directeurs artistiques de Desigual, l’objectif était certainement de garnir un peu plus les salles d’attente des ophtalmologistes. Chaque spectateur ressortant de la salle sans faire une crise d’épilepsie peut se sentir encore plus héroïque que les protagonistes cabotins qu’il vient de supporter pendant plus de deux heures. Du Rimmel et des néons fluo pour maquiller la bêtise, la misogynie et la médiocrité. Musicalement, la BO rassemble tous les titres « à la cool » de films tous bien meilleurs que celui-ci pour en faire un jukebox géant usant qui ne manque pas de lorgner vers Les gardiens de la galaxie. La pathologique envie des studios de concurrencer Marvel suinte de trop nombreuses séquences. Mais comme Deadpool, ce Suicide Squad est aussi inoffensif qu’un jeune chaton estropié. Jamais le film n’ose s’engouffrer dans la violence décomplexée. Il est tout aussi calibré et grand public que ses prédécesseurs. Rien n’est « cool » ou « trash » dans ce déchet artistique qui confirme que le genre est en train d’atteindre un point de non-retour. 

Trop, c’est trop. 

Ces dernières années, la production et l’exploitation de films de super-héros a explosé. Avec l’avénement de la filiale de Disney, Marvel (et son MCU), et celle de Warner en charge de DC Comics (et son DCEU), l’avenir leur semble assuré sur les écrans avec un programme pratiquement établi jusqu’au 22e siècle. Mais ce business-plan gigantesque prend-il en compte l’envie et les attentes du public ? À force de le gaver de ce genre de productions interchangeables et torchées à la truelle, l’indigestion ne tardera pas et les gadins commerciaux non plus. Avec Man of Steel, Avengers 2, Batman V Superman, Les 4 fantastiques, les Amazing Spider-man, les Wolverine, le public a été généreusement servi en daubes insipides ces dernières années. C’est évident, nous sommes bel et bien en plein Ère de l’étron. Mais le mécontentement gronde et les studios n’en font qu’à leur tête… Pendant ce temps, les super-héros prennent en otage les salles de cinéma. 

Ces productions mercantiles bon marché et bas du front ont-elles besoin qu’on ne leur prête davantage d’attention tant que de véritables auteurs n’ont pas toute l’amplitude nécessaire à proposer de grands divertissements honorables et ludiques ? Ce cinéma-là est malade, laissons le mourir à petit feu à défaut de pouvoir l’euthanasier. 




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Mathias Poujol-Rostтном ряиMoskau Auteurs de commentaires récents
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Moskau
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J’aurais vraiment du mal à ne pas être d’accord sur la déception que constitue Suicide Squad. David Ayer semble satisfait (en tout cas, il ne veut se fâcher avec personne) du montage et du résultat final. Le pire, c’est que le film fonctionne plutôt bien aux box-office et qu’une suite est tout sauf improbable…
Mathias Poujol-Rost
Invité
Il y a aussi un sacré problème de misogynie…

Les rares femmes sont soit sexualisée (Quinn), méchante (Waller), stéréotypée (Katana), sorcière, enfant ou morte (épouse de Flag) !