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SKYFALL

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Sagement élégant

Lorsque la dernière mission de Bond tourne mal, plusieurs agents infiltrés se retrouvent exposés dans le monde entier. Le MI6 est attaqué, et M est obligée de relocaliser l’Agence. Ces événements ébranlent son autorité, et elle est remise en cause par Mallory, le nouveau président de l’ISC, le comité chargé du renseignement et de la sécurité. Le MI6 est à présent sous le coup d’une double menace, intérieure et extérieure. Il ne reste à M qu’un seul allié de confiance vers qui se tourner : Bond. Plus que jamais, 007 va devoir agir dans l’ombre. Avec l’aide d’Eve, un agent de terrain, il se lance sur la piste du mystérieux Silva, dont il doit identifier coûte que coûte l’objectif secret et mortel…

Hier soir est sorti sur les écrans le 23e volet des aventures de James Bond, SKYFALL. Le plus célèbre espion britannique du monde, inventé par Ian Flemming, fait en effet son retour après plusieurs années d’absence. Il revient sur son 31 avec l’un des plus grands réalisateurs du monde aux manettes : Sam Mendes (American Beauty, Les Sentiers de la perdition, Les noces rebelles…). Pour la première fois, 007 s’offre donc un metteur en scène de génie, un artiste accompagné de son équipe de techniciens orfèvres. Que vaut ce nouveau et très attendu volet ? Parvient-il à surpasser Casino Royale ? Non. 

En effet, si Martin Campbell avait dépoussiéré la saga avec Casino Royale, Sam Mendes a laissé s’accumuler la poussière. Certains y verront un hommage pour le 50e anniversaire de James Bond et apprécieront les très nombreux clins d’oeil lancés par le réalisateur britannique. On ressent de façon évidente l’amour de Mendes pour l’espion de sa Majesté. Il se régale et se joue du mythe de 007 en le ramenant sur les terres de son passé, en lui faisant frôler la mort, en menaçant celle qui représente un peu une Mère de substitution pour lui. « Bond meurt pour renaître » ai-je lu quelque part. C’est un peu ça et sa renaissance ne me plait guère. Pendant des années, je me suis désintéressé de l’univers de Bond, lassé par les gadgets, les Bond girls fades et sans intérêt, les grosses explosions, les échanges de coups de feux incessants… Casino Royale avait su rafraîchir la saga en apportant quelque chose de nouveau. Skyfall revient en arrière et nous offre un film-hommage très référentiel, comme une jolie carte postale adressée à tous les fans du héros de Ian Flemming. On s’attendrait presque à voir débarquer Sean Connery pour un caméo dans la dernière partie ! Dernier gros point qui fâche : le scénario. Paresseux et minimaliste, l’intrigue de ce 23e Bond tient sur trois pages à tout casser : un ancien agent devenu rebelle décide de se venger de M qui l’a (selon lui) abandonné il y a quelques années lors d’une mission d’infiltration périlleuse. Ce méchant vilain est interprété par Javier Bardem, affublé d’une tignasse blonde assez ringarde. On regrettera sa faible présence à l’écran même si son personnage – qui s’inspire terriblement du Joker de Nolan – n’avait peut-être pas grand chose de plus intéressant à raconter. Face à lui, Daniel Craig occupe le personnage avec sa présence habituelle et son cynisme encore plus affûté. Son James Bond a quelque chose de (super)héroïque (très Bruce Wayne) dans ses postures, dans son histoire personnelle (orphelin, endeuillé par la disparition de celle qu’il a aimé, propriétaire d’un vieux manoir laissé aux mains d’un ancien employé) et dans sa résurrection. Pas grand chose à dire au sujet des deux Bond girls qui n’ont pas dû trop se fouler pour apprendre leurs textes : Marlohe essaie en vain d’apporter un peu de classe à son personnage qui ne fera pas long feu et Harris sert de bouche trou en début et fin de film, comme deux tranches de pain de mie venant entourer une garniture sympathique mais pas spécialement inoubliable. 

La déception est donc présente mais elle doit être relativisée. Si le film s’étire parfois inutilement en longueur et qu’il peine à installer la tension chez le spectateur, il est en revanche une réussite complète au niveau visuel. Plastiquement très soigné et mis en scène avec élégance, Skyfall démontre qu’un gros budget peut aussi servir à soigner la réalisation et la direction artistique. La photographie de Roger Deakins est sublime – les séquences à l’étranger notamment, Hong-Kong, Macau, Ecosse – en jouant sur les éclairages et les couleurs. La première scène du film vient d’ailleurs illustrer le propos de M (« He comes from the shadow ») avec un 007 dont on ne distingue à peine la silhouette avant de le voir avancer dans la pénombre d’un couloir puis de n’apercevoir que son regard (cf image ci-dessus). L’introduction du film est d’une éblouissante maîtrise, offrant une montée en puissance et en spectacle remarquable jusqu’à l’arrivée du générique amenée avec beaucoup de subtilité. Les premières notes de la chanson d’Adele nous donnerait presque des frissons accompagnées de ces images aquatiques d’une incroyable beauté. Pendant les deux heures qui suivent, ce sera un peu les montagnes russes avec quelques fulgurances appréciables – toute la séquence du bunker du MI6 au tribunal – jusqu’à un épilogue shakespearien un brin longuet mais photographiquement superbe. 

Si l’on saluera la volonté de Sam Mendes d’apporter une touche de classe indéniable à la saga et à la résurrection de son héros en impliquant ses collaborateurs habituels (Deakins à la photo, Newman à la musique) et en débauchant quelques techniciens de Chris Nolan pour les effets spéciaux, on regrettera que son volet manque d’ambition scénaristique – la faute à un script maintes fois retouché n’offrant au final qu’une intrigue minimaliste rarement enthousiasmante et handicapée par ses invraisemblances. Skyfall n’en reste pas moins un Bond de référence. 

SAM MENDES | USA /UK | 143 MIN | 26 OCTOBRE 2012 | DANIEL CRAIG, JAVIER BARDEM, J. DENCH, R. FIENNES

Retrouvez les photos du tapis rouge de l’avant-première parisienne de Skyfall.




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WilyrahPhil SinéffredSquizzzmymp Auteurs de commentaires récents
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FabR
Invité
FabR
Je suis tout à fait d’accord avec ce que tu dis. Je serais un peu plus indulgent avec Harris, qui a son importance dans l’action est n’est pas si transparente…
Flow
Invité
Il me tarde de le voir celui-ci !!!!!
Ah et au fait tu as gagné le concours Dark Shadows!!!!! Bravo!!!!!
Envoie-moi par mail ton nom, ton prénom et ton adresse demain au plus tard. Merci.1
selenie
Invité
Clairement dans le top 5… La remise à plat des origines est une idée particulièrement judicieuse… 3/4
Moskau
Invité

Content de lire ta critique. Assez d’accord dans l’ensemble, c’est vrai qu’à y réfléchir le scénario n’est pas le point fort du film, mais techniquement c’est une grande réussite. Et puis le final est plutôt étonnant (pour un OO7). Le méchant est quand même réussi, mais s’il renvoie à d’autres méchants de la saga. Pas mal d’éléments font aussi penser au Dark Knight de Nolan finalement : un héros orphelin (qui pose au-dessus de sa ville comme un gardien de l’ombre), un manoir (qui brûle en plus), un méchant qui se laisse capturer pour mieux s’évader… On pense à Nolan… Lire la suite »

mymp
Invité
Une réussite pour ma part, longtemps qu’un James Bond ne m’avait autant enthousiasmé. Bond, comme décrit par Fleming dans les romans, EST orphelin : assez avec cette putain de comparaison avec Nolan qu’on lit partout, c’est lourd 🙂 Le film existe d’abord entièrement pour lui avec brio, et puis avant le Joker, il y a eu d’autres méchants tout aussi machiavéliques, faut arrêter ça aussi. A croire que TDK est devenue l’unique référence du cinéma mondial… C’est triste d’entendre et de lire ça quand on est cinéphile…
Squizzz
Invité
Après avoir lu ta critique, je me demande si je vais écrire la mienne, car elle sera sensiblement la même. Je comprends que pour les 50 ans de Bond, on veuille rendre hommage à toutes ces années, mais revenir aux origines tout en essayant de conserver une certaine modernité donne au final un film très confus. On se console effectivement avec la beauté plastique de l’ensemble (la scène dans l’immeuble de Shanghai est juste un bijou) et avec la renaissance de personnages appelés à durer, qui laisse présager quelque chose de bien pour la suite.
mymp
Invité

Effectivement, Mendes l’a dit, mais d’une façon un peu maladroite, limite comme s’il se sentait obligé de dire ça pour vendre le film, alors que concrètement, quand tu regardes Skyfall, tu ne penses jamais à TDK (moi en tout cas). Et puis quoi ensuite ? Dès qu’il y aura un film soit un peu sombre et torturé, soit avec un orphelin comme héros, soit avec un méchant génial (oublions donc, avant le Joker et puisqu’apparemment il est devenu la norme, Blofeld, Hannibal Lecter, John Doe, Catherine Tramell, Max Cady, Keyzer Söze…), soit les trois à la fois, ce sera là,… Lire la suite »

ffred
Invité
Ben moi j’ai pensé au Nolan tout le temps…
Phil Siné
Invité
parfaitement d’accord avec toi ! le scénario est piteux et les scènes d’action sont soignées… c’est peu de choses tout de même, heureusement que la promo permet de conditionner les gens pour aller le voir sans se poser de questions… 😉
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[…] embauchant à nouveau le scénariste Peter Morgan (The Queen, The Damned United, mais aussi de Skyfall le dernier Bond) après le réussi Frost/Nixon, il est capable de livrer un film plutôt prenant et […]
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[…] Après Skyfall, qui nous en avait mis plein les mirettes grâce à la la mise en scène puissante de Sam Mendes et au travail d’orfèvre de son équipe technique, ce Spectre donne sacrément envie.  […]