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SILENCE | 3 raisons de voir le nouveau Scorsese

Un film de 161 minutes sur la religion. Sur le papier, ce n’est pas forcément le programme le plus engageant, même si Martin Scorsese est derrière la caméra. Pourtant, Silence restera sans doute comme l’une des œuvres maîtresses du réalisateur. Peut-être que les détracteurs du cinéaste n’y verront qu’un énième pensum, mais ce n’est pas pour autant que les autres doivent s’en détourner sur la simple foi du synopsis. Voici trois bonnes raisons de bloquer trois heures dans son agenda pour découvrir ce film sur grand écran.

1 – Un grand film sur la foi

S’il n’était pas devenu réalisateur, Martin Scorsese aurait peut-être revêtu la soutane. S’il avait envisagé la prêtrise, il a finalement accompli son acte de foi en se consacrant au grand écran. La thématique religieuse traverse plus (La Dernière tentation du Christ, Kundun…) ou moins (Taxi Driver, Gangs of New York…) directement sa filmographie, mais, plus largement, la majorité de ses films sont travaillés par les notions de fautes (de péchés) et de rédemption. Silence aborde frontalement le sujet du catholicisme et se questionne sur la foi. Qu’est-ce que croire ? Un geste – le piétinement d’une icône –  effectué sous la contrainte constitue-t-il un blasphème ? Peut-on être contraint d’abjurer sa foi ? Ces interrogations philosophiques tarauderont sans doute les spectateurs se réclamant d’une religion ou d’une autre, mais peuvent aussi, auprès des athées, être posées en creux : Qu’est-ce que « ne pas croire ?

2 – Un grand film sur l’orgueil

Silence met en scène deux jésuites allant répandre la bonne Parole dans le Japon du XVIIe siècle. Si les héros sont prosélytes, le film, lui, ne l’est pas. Martin Scorsese n’élude pas les méfaits de cette colonisation spirituelle. Car le Père Sebastião Rodrigues et le Père Francisco sont convaincus que leur religion est la seule digne d’être suivie et que l’Evangélisation est nécessaire. Aussi, si l’on frémit à la vue des persécutions et des tortures mortelles dont ont été victimes les hommes d’églises et les convertis au Pays du Soleil Levant, on s’agace aussi de l’orgueil des missionnaires qui s’entêtent à vouloir imposer leur religion à l’ensemble d’un pays majoritairement bouddhiste. Le scénario adopte le point de vue des jésuites portugais et s’y tient. C’est donc à travers leurs yeux et leurs oreilles que l’on voit et entend les actions et justifications des autorités japonaises. Silence n’est en rien manichéen. Au contraire, même malmenés, les missionnaires pèchent par leur arrogance, leur refus du consensus et leur obstination. Ils sont pris au propre piège de leur ethnocentrisme.

3 – Une réussite picturale

Silence est une pure réussite sur le plan formel. Certains plans se réfèrent directement à des chefs d’œuvre du cinéma japonais et à ses maîtres (Kurosawa, Ozu…), et d’autres apparaissent comme des estampes vivantes, animées, à la beauté stupéfiante. Les paysages embrumés, les roches battues par la mer, la végétation aussi réconfortante qu’inquiétante composent autant de motifs qui permettent à Martin Scorsese de se détourner des décors urbains qu’il a si souvent parcourus. La première partie du film est sans doute la plus puissante visuellement. Les images sont littéralement baignées dans l’eau – évident symbole du baptême et de la purification – et de cet élément nait autant de beauté que de dureté – celle des conditions de vie précaires dans une humidité constante, comme si elle tenait lieu de pénitence. Plongez !




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