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SENSE 8 | Une fin sur grand écran ?

C’est fini. Les plaintes des fans et leurs tweets ponctués de #RenewSense8 auront été vains. Sense 8 n’aura pas de troisième saison. L’argent a eu le dernier mot. « Faire une grande série onéreuse pour un large public, c’est génial. Faire une grande sérié onéreuse pour un public minuscule, c’est compliqué », a expliqué Ted Sarandos, le chef des contenus de Netflix.

La plateforme ne communique jamais sur ses audiences. Comprenons donc que la série des Wachowski n’était pas suivie par les foules. A son supposé marché de niche, il faut ajouter ceux qui, nombreux, ont regardé les épisodes en les téléchargeant illégalement– sans donc, que cela rapporte un dollar à Netflix. Ainsi que ceux, nombreux également, qui se gardaient cette saison 2 sous le coude pour les dévorer durant le début de l’été. 

Sense 8 dans la pop-culture 

Mais en voyant l’indignation en réseau (social) provoquée par l’annulation de la série, on est certain d’une chose : Sense 8 aura indéniablement marqué la pop culture, bien plus que de nombreux shows à succès qui, eux, ont été reconduits pour une énième saison.

Dans une poignée d’années, on se retournera sur cette production en mesurant pleinement sa dimension ambitieuse. Netflix a permis de voir le jour à une série que les traditionnels networks américains n’auraient sans doute jamais osé mettre en chantier.

D’abord parce que, avec des épisodes au coût unitaire avoisinant les 9 millions de dollars et un tournage réparti tout autour du globe, de San Francisco à Reyjkjavijk et de Nairobi à Séoul, bien des chaînes auraient pu y réfléchir à deux fois.

Sense8, une ode à l’amour pluriel

Et ce d’autant plus que Sense 8 s’appuie sur un cast qui incarne parfaitement le mot « diversité ». Noir, blanc, latinos, indienne, asiatique, lesbiennes, gay, hétéro,  trans, cisgenres… la galerie de personnages convoque les identités de genre, les orientations sexuelles et les ethnicités dans toutes leurs variétés, donnant des premiers rôles à des figures généralement habituées à tenir des seconds rôles, voire, à être totalement invisibilisées dans la majorité des fictions.

Cette représentation des minorités revêt mine de rien une dimension politique considérable. Dans l’intrigue, l’Européen hétéro et blanc a la même importance qu’une femme trans américaine ou qu’un chauffeur de bus kényan… Autrement dit, toute une frange de spectateurs et de spectatrices peuvent aisément s’identifier à l’un des personnages principaux, privilège à laquelle sont habitués les hommes hétéros blancs (souvent sans en avoir conscience). Ce point, qui peut sembler futile ou exagéré, ne l’est pas : il n’y a qu’à voir les réactions misogynes inspirées par Wonder Woman à une – espérons le, petite – partie du public masculin, le tollé aux relents racistes suscité par le choix d’une actrice noire pour incarner Hermione dans la pièce Harry Potter et l’Enfant maudit ou encore les cris d’orfraie par ceux qui ne supporteraient pas de voir un James Bond gay à l’écran. Pourtant, par définition, la fiction devrait permettre toutes les libertés et ouvrir les imaginaires.

Toucher l’universel

Mais si Sense 8 s’était limitée à servir de vitrine – toute appréciable et salvatrice soit elle – aux minorités, elle aurait pu paraître finalement vaine. Or, et c’est sans doute ce qui fait que la série a touché tellement de coeurs, elle part des spécificités de chacun pour toucher à l’universel. La diversité dans l’unité – et inversement – c’est ce que proclame le show dans son concept même. Ou comment huit individus qui ne se connaissent pas et n’ont a priori rien en commun,  se découvrent « sensitifs », liés les uns aux autres, capables de communiquer et d’interagir. Des personnages tantôt omniscients, tantôt dotés du don d’ubiquité.

Toujours poussé par sa dynamique de la diversité, Sense 8 ne se cantonne pas à son postulat de science-fiction. En vaquant d’un personnage à l’autre, la série slalome entre les genres. La comédie côtoie le polar et l’on passe en une scène du drame à une ambiance de film d’action. Cette mosaïque de personnages, ce puzzle d’atmosphères et cet assemblage de genres et de sous-genres ont enthousiasmé le temps de deux saisons et d’un épisode spécial de Noël, un public trop petit pour Netflix qui se console en espérant un retour des sœurs Wachowski sur le grand écran. Reste à chacun de ces fans orphelins des « sensitifs », le sentiment d’appartenir à une communauté. Pourquoi aimions nous Netflix ? Parce que c’étaient eux, parce que c’étaient nous.

F. R.

Une fin sur grand écran ?

Alors que Netflix a douché les espoirs des fans mobilisés, la frustration demeure puisque la saison 2 s’est terminée sans offrir de véritable conclusion aux arcs scénaristiques de chacun. Peut-on imaginer Netflix s’offrir un final de deux heures dans un long-métrage ambitieux, plus coûteux mais plus respectueux de ses abonnés et de sa création ? Serait-ce possible – et souhaitable – de voir les aventures des « Sensates » se terminer sur grand écran ? Donnez nous votre avis. À la rédaction, certains le souhaitent ardemment. Pour des adieux à la hauteur de cette production unique.




Il est 1 commentaire

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  1. Jo V
    Bien sûre qu’il faut une fin ! C’est trop frustrant d’arrêter la série ainsi !! Et la série mérite mieux que d’être juste annuler comme ça….

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