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SELMA

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Trop scolaire

Selma retrace la lutte historique du Dr Martin Luther King pour garantir le droit de vote à tous les citoyens. Une dangereuse et terrifiante campagne qui s’est achevée par une longue marche, depuis la ville de Selma jusqu’à celle de Montgomery, en Alabama, et qui a conduit le président Jonhson à signer la loi sur le droit de vote en 1965.

Cours d’histoire.

Le cinéma américain adore raconter l’Histoire de son pays et encore plus quand cela prend la forme d’un biopic. On pouvait alors s’étonner que Martin Luther King n’ait encore pas eu les honneurs du grand écran. À vrai dire, le projet Selma traine depuis un bon bout de temps sur le bureau de ses producteurs, qui ont presque mis une décennie à le concrétiser. De nombreux noms de réalisateurs ont été évoqués pour le mettre en scène, en particulier Lee Daniels qui s’est longtemps penché dessus avant de laisser tomber. Sûrement a-t-il eu du flaire en lui préférant, sur un sujet assez similaire, le biopic Le Majordome, qui retraçait assez habilement un demi-siècle de lutte contre la ségrégation raciale, à travers le parcours d’un majordome noir à la Maison Blanche. Selma a donc fini dans les mains d’Ava DuVernay, réalisatrice assez peu connue dans nos contrées.

Quand un film possède déjà un tel passif avant même d’être tourné, on peut craindre le pire. Et le résultat n’est effectivement pas fameux… Si on peut rendre grâce au film de s’être focalisé sur un événement précis du parcours de Martin Luther King plutôt que de retracer toute sa vie, son scénario reste cependant bien coulé dans le moule des biopics historiques américains. Selma raconte donc, de manière très scolaire, comment King mena la lutte pour garantir le droit de vote aux populations noires dans tous les Etats-Unis, notamment en accompagnant une marche symbolique entre les villes de Selma et Montgomery.

Ce scénario qui s’interdit toute digression, même d’ordre émotionnel (hormis une ou deux scènes, loupées, dans l’intimité du couple King), n’est pas aidé par la réalisation académique à outrance d’Ava DuVernay. Certes c’est propre, mais c’est aussi très plat. Même la séquence de la violente répression de la première marche par les forces de l’ordre manque de puissance évocatrice. Choisir l’académisme devant un fait historique peut-être une option (même si elle démontre souvent une timidité par rapport au sujet, comme si faire preuve d’une réelle ambition cinématographique pouvait le parasiter), mais le vrai, le noble académisme n’est pas donné à tout le monde. Ava DuVernay n’est pas Steven Spielberg, n’a pas son œil pour composer des cadres, sa virtuosité de mise en scène et sa capacité à insuffler de la vie dans un film bien calibré. La preuve en est, le seul moment où Selma émeut, c’est lorsqu’apparaissent à l’écran des images d’archives. Par ailleurs, la réalisatrice ne peut pas vraiment compter sur son acteur principal pour porter le film sur ses épaules. David Oyelowo manque de charisme pour interpréter un personnage de la trempe de King. Sa prestation est la plupart du temps assez lisse et a même parfois du mal à tenir la distance face à certains seconds rôles, dont Tom Wilkinson, plutôt convaincant en Président Johnson.

Si la seule ambition de Selma était d’avoir un rôle pédagogique, alors le film a atteint son but. Mais n’est-on pas en droit d’attendre un peu plus du cinéma ? Ou sinon autant rouvrir nos vieux livres d’Histoire…

La fiche

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SELMA
Réalisé par Ava DuVernay
Avec David Oyelowo, Tom Wilkinson, Carmen Ejogo…
Etats-Unis – Biopic, Drame, Historique
Sortie en salle : 11 Mars 2015
Durée : 128 min




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