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SCOTT PILGRIM vs THE WORLD | Carte blanche

Carte blanche est notre rendez-vous pour tous les cinéphiles du web. Régulièrement, Le Bleu du Miroir accueille un invité qui se penche sur un grand classique du cinéma, reconnu ou méconnu. Pour cette vingt-septième occurence, nous avons invité une blogueuse ciné connue pour sa (pop)-culture geek : Océane Zerbini. Répondant à notre invitation, celle dont la plume fait le bonheur de Clone Web et Screen Mania choisit d’évoquer son amour pour Scott Pilgrim VS the world

Carte blanche à… Océane Z.

Lorsqu’on m’a proposé de participer à une Carte Blanche, j’en ai été ravie en même temps que mon anxiété a explosé au plafond. Quel film choisir ? Un classique, un méconnu, un sous-estimé ou un film qui m’a touchée plus personnellement ? Je considère n’importe quelle critique comme un témoignage de ma sensibilité ou de mon hostilité envers un art, une manière de faire. C’est aussi une petite porte ouverte aux lecteurs pour savoir qui je suis, ce qui me touche ou me laisse indifférente. Soit une preuve de vulnérabilité. À ce petit jeu, les années passant, je réalise que quand je veux conseiller à des gens proches de moi ou qui l’ont été une œuvre spécifique pour qu’ils apprennent à me connaître, mon choix se tourne toujours vers Scott Pilgrim. Cela sonne donc comme une évidence pour moi de parler de ce film aujourd’hui.

Génération adulescente

Pour sa première échappée hors de la Cornetto Trilogy, le réalisateur britannique Edgar Wright n’a pas choisi la facilité avec Scott Pilgrim. C’est une adaptation de six tomes écrits par l’excellent Bryan Lee O’Malley, au style oscillant entre jeu vidéo, manga et comic-book. Bourré d’influences geeks et pop, oscillant entre ironie et tendresse pour ses personnages, cette œuvre est un symbole parfait des tourments de cette génération ni adolescente, ni adulte. Ces gens que l’on appelle communément « adulescents », et dont je fais partie, du haut de mes 24 ans fraîchement acquis. C’est une génération suffisamment vieille pour pouvoir revivre son passé, et notamment ses souvenirs les plus douloureux (ruptures amicales ou amoureuses, notamment), en même temps que l’on essaye vainement de se tourner vers un futur pas forcément optimiste. Cette promesse d’un futur nous forçant à cocher les cases obligatoires de la vie d’adulte : avoir un travail, un logement, un compagnon ou une compagne… Entre autres pour ne pas décevoir les parents et autres adultes autour de nous. J’avais 17 ans quand le film est sorti, et c’est la première fois que je voyais un film aussi discuté et attendu, se planter d’une manière aussi cinglante au box-office. Il faut dire qu’adhérer aux intentions esthétiques du film n’est pas facile. Reprenant comme dans les tomes des codes spécifiques à l’univers vidéo-ludique, le film lui-même est construit comme un jeu vidéo où les adversaires se mettent en-travers du chemin du héros, jusqu’à la rencontre avec Gideon, le boss final et ultime ex maléfique de Ramona.

Montage ciselé, combats endiablés, dialogues percutants et BO déjà excellente, collaborée avec entre autres Beck, Frank Black des Pixies et Nigel Godrich de Radiohead : Wright raconte une histoire fantastique avec son efficacité habituelle. Et malgré la sortie de Baby Driver récemment, je pense qu’il n’a techniquement jamais fait mieux. Il semble comme en état de grâce, contournant les difficultés d’adapter six tomes en moins de deux heures avec une facilité déconcertante. On déplore quelques absences de personnages et de sous-intrigues, pourtant importantes, mais rien qui ne nuise à la fluidité ou à la compréhension de l’ensemble. J’en profite d’ailleurs pour vous recommander les romans graphiques de Bryan Lee O’Malley, tous touchants et abordant l’entrée dans l’âge adulte avec sa manière particulière mais si compréhensible. L’héroïne de Scott Pilgrim reste tout de même mon personnage préféré de son panthéon personnel, et pour cause.

Ramona on my mind

Au premier abord, Ramona Flowers reprend tous les tropes de la Manic Pixie Girl. Ce personnage féminin récurrent dans la pop-culture née des cerveaux masculins pour nous faire adhérer à un idéal féminin parfait, que l’on retrouve dans beaucoup de rôles de Zooey Deschanel, notamment. Ramona est mystérieuse, a les cheveux colorés, se balade en roller, possède un placard entier de tisanes et travaillait dans la musique. Bref, c’est une fille parfaite pour Scott, qui va évidemment tomber amoureux d’elle (à sa place, on le comprend, Mary Elisabeth Winstead est superbe dans ce rôle). Alors on peut penser qu’elle est juste un trophée, celui que Scott va gagner à la fin du film, après de multiples combats contre ses ex maléfiques. Mais ce que l’œuvre dénonce, c’est la manière dont une certaine forme de toxicité presqu’entièrement masculine poursuit Ramona et l’empêche d’être heureuse. Ses sept ex, dont une fille, complotent pour l’empêcher d’accéder à une vie saine avec Scott, la priver d’un bonheur avec personne d’autre qu’eux. Une fois passé l’étonnement et le rire devant ces ex ridicules, impossible de ne pas frémir devant Gideon, le pire ex de tous. Joué par l’excellent Jason Schwartzmann, il incarne parfaitement le spectre de cette relation abusive dont Ramona sort non sans mal avec l’aide de ses alliés. Et si elle se révèle au début très passive, se contentant de regarder Scott se débarrasser avec plus ou moins de difficultés de ses ex, elle finit par l’aider et se bat à son tour pour regagner sa liberté. Voir une telle héroïne se rebeller contre ses démons et reprendre son indépendance a été très fort pour moi, et je pense sincèrement qu’elle est le réel personnage principal de l’œuvre, au cheminement tout aussi intéressant que celui de Scott.

Nouvelle personne, mêmes vieilles erreurs

Scott est également à sa manière un personnage principal très intéressant. Sa lâcheté avec la gente féminine et plus globalement ses proches est inexcusable, mais elle n’est que la façade visible d’un iceberg que l’on a tous connu. Il incarne un refus de l’âge adulte auquel il va devoir être confronté qu’il le veuille ou non. Un adulescent, donc, incarné par Michael Cera, choix idéal pour le rôle. Un casting globalement parfait puisqu’outre Winstead et lui, le reste des acteurs, dont certains n’ayant pas encore la notoriété qu’ils ont aujourd’hui, sont tous formidables. Ma préférence allant à Brie Larson, sous les traits de l’ex de Scott, Envy Adams.

Puisque l’on parle d’ex, le thème de l’amour est effectivement très présent dans le film. Relations passées ou à venir, amour ou haine, l’œuvre frappe juste sur nos difficultés (et notamment celles de Scott) à ne pas laisser le passé nous hanter et gâcher nos nouvelles chances de bonheur. Si le film se termine joyeusement, on ne peut s’empêcher d’éprouver une certaine forme de mélancolie. Il y a des chances pour que Scott et Ramona ne soient plus ensemble malgré leur seconde chance, c’est au spectateur de décider quelle fin il veut pour eux.

I’m so sad, I’m so very very sad

Loin d’un happy-end classique, cette incertitude qui caractérise Scott Pilgrim est probablement la raison pour laquelle ce film me touche. Entre immaturité et envie d’un avenir meilleur, loin d’un passé toxique, Scott et Ramona incarnent à eux deux le spectre d’une génération entière, et les préoccupations que nous avons tous eu à vivre dans nos vies. Avec qui allons-nous vivre le reste de nos vies, et où ? Ce qui m’amusait dans le film à 17 ans me touche concrètement aujourd’hui. J’ai l’âge de Scott et je sens que chaque visionnage me parle un peu plus sur mes espoirs, mes peines, mes amours et mon futur. Rares sont les films qui me parlent à ce point, tel un miroir. Car sous ses allures de « film de geek », parcouru de références aux jeux vidéo et à la culture pop, Scott Pilgrim a un cœur en 8-bits gros comme ça.

Océane Z. 




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