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SCARFACE

9
Anxiogène

Chicago, au temps de la prohibition. Un petit malfrat, l’ambitieux Tony Camonte, tue son patron et devient le garde du corps de Lovo, chef du gang rival. Amoureux de Poppy, la petite amie de Lovo, il veille jalousement sur sa soeur Cesca, lui interdisant toute liaison sentimentale. Avec son complice Guido Rinaldo, Tony prend peu à peu le pouvoir au sein du gang de Lovo.

À feu et à sang.

Quand l’on prononce « Scarface », une grande majorité du public pense à la version de Brian De Palma, celle où brille un Al Pacino au sommet de son art et de sa première carrière – avant la traversée du désert qu’il connaitra après la sortie de Revolution. Après tout, le film est très bon et surtout beaucoup plus récent que son ancêtre. Pas de quoi crier au scandale devant un tel amalgame. Sauf que cette situation paraît tout de même assez injuste. Injuste car le Scarface d’Hawks et Rosson est un film de grande qualité. Si celui de De Palma a marqué son époque, il en fut certainement de même en 1932, tant le premier a fait preuve d’innovation dans sa partie technique et de maîtrise dans sa narration.

Tony Camonte est un petit malfrat ambitieux dans le Chicago des années 1920 – le parallèle avec Al Capone est assez évident. Pour monter en grade dans son gang, il organise l’assassinat d’un chef mafieux – avec réussite. Le voici donc garde du corps de son chef, Johnny Lovo, mais Tony veut davantage. Il aspire à contrôler lui-même la ville, et rien ne l’arrêtera dans ses projets sanglants.

La première chose qui frappe et qui prend vraiment le spectateur à la gorge, c’est le rythme du film. Scarface va vite, très vite – le film ne fait qu’une heure trente, et enchaîne les situations pleines de tension, servi par une mise en scène excellente et inspirée. Il n’y a qu’à voir les séquences de courses-poursuites en voiture, avec des prises de vues en temps réel, pour comprendre l’ambition du film dans ce domaine. Hawks et Rosson maîtrisent complètement leurs sujets et font de l’ambition de Tony une vraie fuite en avant anxiogène et tendue de bout en bout.

Ce Scarface est violent, très violent. Certes, le sang y est quasiment absent – surtout si l’on compare au film de 1983 – mais la violence se situe dans les actions destructrices qu’engagent les personnages entre eux, et qui n’épargnent personne. Elle réside aussi dans le non-dit ou le hors-champ, ne montrant qu’un Tony de plus en plus sur un fil tenu. Elle est surtout dans la figure de Tony, homme qui se veut respectable avec sa petite amie, mais qui ne peut s’exprimer que par le meurtre.

Mais le gros point fort du film est sans aucun doute Paul Muni. Déjà formidable dans Je suis un évadé de Mervyn LeRoy, sorti la même année, il crève vraiment l’écran dans le rôle principal de Tony Camonte, tour à tour charmeur, orgueilleux et brutal. Le reste de la distribution n’est pas en reste, notamment Osgood Perkins en Johnny Lovo ou encore Ann Dvorak, qui interprète Francesca Camonte, la femme de Tony.

Vient maintenant la question fatale : quelle version est la meilleure ? Cela paraît bien impossible à déterminer. Le Scarface de 1932 ressemble par bien des aspects à celui de De Palma, mais il en demeure aussi très différent, de par son époque et ses codes. La seule chose à faire reste de pousser le public à s’intéresser à ce film. Car il le mérite largement autant que son remake.

La fiche

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SCARFACE
Réalisé par Howard Hawks
Avec Paul Muni, Ann Dvorak, Karen Morley…
Etats-Unis – Drame, Policier
Sortie en salle : 17 Février 1933 – Reprise : 16 Avril 2014
Durée : 90 min




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