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SAINT AMOUR

7
Bon millésime

Tous les ans, Bruno fait la route des vins… sans quitter le salon de l’Agriculture ! Mais cette année, son père, Jean, venu y présenter son taureau champion Nabuchodonosor, décide sur un coup de tête de l’emmener faire une vraie route des vins afin de se rapprocher de lui. Et s’ils trinquent au Saint-Amour, ils trinqueront bien vite aussi à l’amour tout court en compagnie de Mike, le jeune chauffeur de taxi embarqué à l’improviste dans cette tournée à hauts risques entre belles cuvées et toutes les femmes rencontrées au cours de leur périple.  

Regarde les hommes pleurer.

Un road-movie avec Depardieu et Poelvoorde dans les vignobles de France, sur le papier, ça laisse imaginer une pochade franchouillarde en forme de foutage de gueule de bois. Mais, à l’écran, ça donne le meilleur film à ce jour du duo Kervern – Delépine. Le trip beuverie n’est qu’un prétexte à une œuvre à fleur de peau, comme le sont les trois personnages principaux – un père et son fils, tous deux agriculteurs, accompagnés d’un chauffeur de taxi parigot. Au cours de leur balade dans les terroirs de l’Hexagone, ils font des rencontres qui les conduisent à baisser les armes et à laisser apparaître leurs failles béantes. Saint Amour caresse la vulnérabilité des hommes en déshabillant en douceur la comédie de la virilité. A l’inverse, les personnages féminins, certes secondaires, ne sont jamais condamnés à la passivité. Les femmes qui jalonnent le parcours du trio masculin sont maîtresses d’elles-mêmes, de leurs désirs, de leurs corps. Les hommes sont les ingénus qui subissent. C’est Les Valseuses à l’envers.

En chemin, Kervern et Delépine n’oublient pas l’humour absurde et poétique qui leur est propre. Parfois, ils commentent au détour d’une scène la France en crise, mais ils concentrent ici essentiellement leurs efforts sur une déclaration d’amour au monde agricole. Jamais ils ne méprisent leurs personnages, mais ils montrent combien les paysans aujourd’hui sont dénigrés. Antidote à la condescendance à l’œuvre dans L’Amour est dans le pré – l’émission de dating prisée par des citadins idéalisant le « retour à la terre » et toujours prompte à rire des manières rustres de certains agriculteurs –, Saint Amour ne fantasme pas la vie bucolique. Mais, dans un épilogue en forme de pied de nez au prétendu archaïsme des péquenauds, il fait de cet univers paysan le berceau de l’avenir. Qu’on se le dise, Kervern et Delépine ne sont pas près de mettre de l’eau dans leur vin.

La fiche

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SAINT AMOUR
Réalisé par Gustave Kervern et Benoît Delépine
Avec Benoît Poelvoorde, Gérard Depardieu, Vincent Lacoste, Céline Salette, Ovidie…
France, Belgique – Comédie, Drame
Sortie : 2 Mars 2016
Durée : 101 min




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тном ряиdasola Auteurs de commentaires récents
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dasola
Invité
Bonjour, j’avoue être moins indulgente à propos de ce film où j’ai trouvé Poelvoorde assez pathétique face à Depardieu plutôt sobre. Seule la séquence avec Houellebecq vaut le détour, elle est hilarante. Du duo Kervern/Delépine, j’avais préféré Louise Michel et Le grand soir. Bonne fin d’après-midi.
Thomas Périllon
Administrateur
Ce n’est pas du grand cinéma mais ce film a du coeur. On lui pardonne donc tous ces défauts, je trouve 🙂 Merci de ton avis, bon WE à toi.