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ROGUE ONE

Superflu

Dans une période de guerre civile, les populations doivent faire face à la nouvelle arme de l’Empire galactique, l’Étoile de la mort. Cette nouvelle arme fait également office de base militaire, elle est capable d’anéantir des planètes entières. Un groupe de résistants s’unit pour en voler les plans. Agissant pour le compte de l’Alliance rebelle, une jeune femme solitaire est chargée de cette mission, aidée par son coéquipier et par une équipe de mercenaires ainsi que par un ancien droïde impérial.

Triste rébellion.

Il y a deux mois, nous faisions l’inventaire des arguments de méfiance vis à vis de ce spin-off de la célèbre saga Star Wars, tout en avançant quelques légitimes raisons d’y croire. Rogue One avait dans sa besace quelques atouts, à commencer par un casting très séduisant sur le papier (Felicity Jones, Mads Mikkelsen, Donnie Yen, Forest Whitaker, Ben Mendelsohn…) et une volonté (de façade ?) de s’affranchir des deux trilogies dont il est pourtant supposé faire le lien. Mais ce volet à la filiation bâtarde, dispensé du fameux générique déroulant dans son intro, s’avère-t-il suffisamment riche pour masquer son indéniable statut d’opus transitoire et satisfaire tant les aficionados que les spectateurs les plus désinvoltes ?

Face à l’incroyable challenge à relever (relier un point à l’autre en déguisant les motifs pécuniaires), cet hybride de prequel à Star Wars IV peine à trouver son identité malgré de louables intentions. La mise en scène se veut proche de ses nouveaux protagonistes pour une expérience immersive (photographie naturaliste, montage alerte, caméra à l’épaule…). Appréciable mais stérile ? Ce chapitre 3½ manque terriblement d’un souffle épique tandis que sa dimension émotionnelle, jouant paresseusement la carte de la dichotomie foi-résignation, ne risque d’atteindre que les spectateurs les plus mordus. Si Felicity Jones, Mads Mikkelsen et Donnie Yen permettent parfois de sauver la mise lors d’une paire de scènes les mettant en exergue, leurs interactions sont trop brèves pour une impression durable. De plus, lorsque la « leader » se contente de relations superficielles avec ses résistants, il devient difficile de croire en ce soulèvement. Cette figure de proue de la rébellion peine également à convaincre tant le cahier des charges précipite les ellipses, entamant au passage la crédibilité de son intrigue. Le dernier quart du film se contente, lui, d’appliquer la formule du film d’action guerrier, transposée dans le cadre intergalactique. Sans bravoure ni virtuosité, le combat des rebelles face aux soldats de l’arriviste Krennic se veut crépusculaire mais se voit rattrapé par le lobbying de la nostalgie dans un épilogue « cadeau » du plus mauvais effet.

On ne s’en cachait pas. Malgré le scepticisme demeurait un espoir que ce Rogue One s’avère plus profond, plus fouillé humainement que les deux trilogies de Lucas et Le réveil de la Force. Malheureusement, ce pauvre Gareth Edwards, obligé de reprendre plus d’un tiers de sa production, se retrouve « aux commandes » d’un vaisseau bridé beaucoup trop massif et artificiel pour lui. Un drôle de commandant, bien incapable de diriger convenablement ses comédiens, de sonder les thématiques qu’il effleure (l’extrémiste incarné par Whitaker aurait gagné à être approfondi) ou d’explorer l’univers de sa pourtant si profuse galaxie (le nombre de décors pourrait quasiment se compter sur les doigts de la main).

Tristes et pourtant implacables constats : Rogue One ne sera pas l’épisode qui apportera à la série ses lettres de noblesse, conciliant conséquent succès d’estime et engouement populaire, et ce volet « bonus » ne restera rien qu’un produit dérivé sur grand écran, avec son emballage réfléchi et ses quelques ingrédients primaires, laissant une désagréable sensation de contrefaçon jusqu’au costume résolument cheap de l’emblématique empereur obscur. 

La fiche

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ROGUE ONE
« Réalisé » par Gareth Edwards
Avec Felicity Jones, Diego Luna, Ben Mendelsohn, Mads Mikkelsen… 

Etats-Unis – Guerre (des étoiles), Science-fiction
Sortie en salle : 14 décembre 2016
Durée : 133 min 




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